Prévention gay, ça crise !

Publié par jfl-seronet le 25.07.2009
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réduction des risquesprévention
Une manifestation d'Act Up-Paris contre l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (INPES), un communiqué de presse de l'association co-signé par le Syndicat national des entreprises gaies mettant en cause cette institution... Un communiqué de Warning en réplique... Une interview de la directrice de l'INPES... Il n'en a pas fallu plus pour que soit réactivé le débat sur la prévention du VIH/sida chez les gays. Alors qui dit quoi ?
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Depuis deux ans, les campagnes de prévention du sida ne cibleraient plus spécifiquement les homosexuels. C'est par cette affirmation que tout démarre le 9 juillet. L'association sort avec le SNEG (Syndicat national des entreprises gaies) un communiqué de presse sous forme de lettre ouverte au ministère de la Santé. Dans cette lettre, Act Up-Paris et le SNEG dénoncent l'attitude de l'INPES et de sa directrice Thanh Le Luong. Les deux associations concluent leur courrier en demandant que "l'hypothèse d'une corrélation positive entre les discours de réduction des risques tenus depuis des années et l'augmentation parallèle des pratiques à risque et des contaminations ne soit plus forclose." Qu'est-ce que cela veut dire en français ? Tout simplement, qu'il serait temps, selon elles, de pouvoir parler ouvertement des cas de transmission chez les gays qui sont imputables directement ou indirectement à la réduction des risques qui ne serait pas la "vraie" prévention. Le lendemain, Act Up-Paris manifeste contre l'Institut national de prévention et d'éducation à la santé (INPES).

Le 14 juillet, l'association Warning sort un communiqué en réponse aux propos des deux associations. Pour Warning : "Le SNEG et Act Up-Paris prennent (...) position contre l'approche de prévention du VIH fondée sur la "réduction des risques" sexuels. Leur lettre à la ministre est une façon de faire pression sur les pouvoirs publics pour imposer leurs opinions qui ne concordent pas avec le récent avis du Conseil national du sida sur l'intérêt du traitement antirétroviral comme outil de prévention..." Warning en profite au passage pour égratigner le SNEG qui "sollicite chaque année des financements auprès de l'INPES pour ses propres actions de prévention" et qui serait aussi "prestataire de service de l'INPES puisqu'il assure la distribution dans les établissements gais des documents de prévention conçus et financés par l'institut." L'association estime qu'il y a là un mélange des genres qui n'est pas tenable.

Le 18 juillet, Thanh Le Luong,  directrice de l'INPES, répond à ses détracteurs. Dans une interview sur le site de Têtu, elle défend le bilan des deux dernières années de son organisme et annonce qu'elle réactive le groupe d'experts de la prévention gay principalement composé de représentants associatifs. "Je me suis engagée à réunir le groupe d'experts homos d'ici la fin du mois, le 30 juillet. Je recevrai alors toutes les associations et Act Up a accepté d'y participer (...) Les associations seront associées à l'élaboration du cahier des charges du prochain appel d'offres, sur les thématiques à aborder pour les campagnes de juin 2010 et de décembre 2010." Warning monte de nouveau au créneau. L'association écrit à son tour à la ministre de la Santé, le 22 juillet. Dans ce courrier, Warning attaque bille en tête Thanh Le Luong d'abord, qui cèderait un peu facilement aux oukases d'Act Up et, de nouveau, le Syndicat national des entreprises gaies. "Est-il acceptable, madame la ministre, qu'un syndicat patronal, le SNEG, qui n'est pas neutre dans sa conception de la prévention, soit prestataire de service de l'INPES, reçoive de l'INPES des subventions pour financer ses campagnes de prévention et siège au "groupe d'experts prévention homo" pour y influencer la politique de l'INPES ?", interroge l'association.

Cette fois, c'est le SNEG qui s'énerve. Dans un long communiqué, le syndicat déroule ses arguments. Il considère "les attaques de Warning à [son] égard comme calomnieuses, manipulatrices et ignorant de façon manifeste la gravité des enjeux de santé qui concerne la communauté LGBT." Le SNEG y explique notamment qu'il ne condamne "nullement un discours de réduction des risques qui pourrait s'adresser à ceux d'entre nous [les gays] qui ont des difficultés à se protéger". Il admet qu'il est "peut être difficile pour le gay lambda de concilier clairement messages de prévention et/ou de réduction des risques (RDR) sur fond de querelles d'associations. Le SNEG est fondamentalement attaché au principe d'individualisation des messages et de l'appropriation par chacun de la prévention." Le SNEG est d'accord pour une politique de réduction des risques qui soit "clairement encadrée, validée scientifiquement et intégrée de manière explicite dans une approche de la santé globale" des gays. Et le syndicat d'enfoncer le clou dans une formule très actupienne : "En l'état actuel des choses, nous ne souhaitons pas que le climat ambiant sur la minimalisation des prises de risque prenne le dessus sur la prévention et ses règles fondamentales, qu'aucune recherche scientifique poussée n'a jusqu'à ce jour pu remettre en cause." Bon, plus clairement, le syndicat explique que "L'ensemble des stratégies de RDR ne doit pas brouiller le discours de base de la prévention au risque que ne s'installe dans l'esprit collectif des fausses croyances qui pourraient porter préjudice à l'ensemble de la communauté".


Voilà où nous sommes pour le moment. Ce n'est pas la première fois qu'une telle passe d'armes se produit. Ce n'est assurément pas la dernière. Mais qu'on ne s'y méprenne pas derrière les chicayas, la méchanceté entre initiés et une certaine dose de mauvaise foi, il y a un débat important : celui de la place de la réduction des risques sexuels dans la prévention gay.

 

De nombreux textes pourront compléter votre information. Les voici :
Communiqué de presse d'Act Up, 10 juillet :
http://www.actupparis.org/spip.php?article3759
Lettre ouverte Act Up et SNEG à Roselyne Bachelot, 9 juillet
http://www.actupparis.org/spip.php?article3758
Communiqué de presse de Warning, 14 juillet :
http://www.thewarning.info/article.php?id_article=0276
Interview de Thanh Le Luong sur Têtu, 18 juillet :
http://www.tetu.com/actualites/sante/prevention-gay-linpes-se-defend-15114
Lettre ouverte de Waring à Roselyne Bachelot, 22 juillet
http://www.thewarning.info/article.php?id_article=0282
Le SNEG répond à Warning, 24 juillet
http://www.sneg.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1494&Itemid=382

Photo : Orwardcom