Prisons : grève du traitement d’un détenu à Liancourt

Publié par jfl-seronet le 14.08.2014
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Mode de vieprisonrupture de soins

Un détenu en grève de bithérapie au centre pénitentiaire de Liancourt : de la modification des repères d'hygiène de vie à la rupture thérapeutique… c’est l’objet d’un communiqué de presse publié, fin juillet par l’Observatoire international des prisons (OIP). Une affaire qui illustre les difficultés et aléas de la prise en charge du VIH et/ou des hépatites en détention.

Incarcéré en 2011, Malo, 47 ans, vit avec le VIH et l'hépatite C depuis 1990. En détention au centre pénitentiaire de Liancourt, il a, selon un communiqué de l’Observatoire international des prisons (OIP, 30 juillet) "cessé de prendre sa bithérapie depuis un mois, afin d'alerter sur les difficultés qu'il rencontre au centre pénitentiaire de Liancourt (Oise), où il a été transféré en février dernier, pour maintenir ses habitudes alimentaires et son hygiène de vie". Selon le communiqué, la suppression du "régime hyper-calorique" et des "compléments alimentaires" qu’il prenait jusqu’alor s"a été la première pierre d'achoppement avec l'équipe médicale de Liancourt. Malo fait valoir que cela "lui a toujours été prescrit dans les précédentes prisons". De son côté, le médecin de l'unité sanitaire de Liancourt estime que "sa maladie ne le justifie pas". L’OIP a pris contact avec un médecin qui a suivi Malo dans un précédent établissement, ce dernier "reconnait que cela n'a rien d'obligatoire", mais il souligne que "les traitements contre le VIH entraînent souvent des troubles de l'appétit". Et le médecin d’indiquer ne pas hésiter à prescrire régime hyper calorique et compléments alimentaires lorsque la personne est en demande, "pour créer ou maintenir le lien thérapeutique, la finalité restant le soin et la bonne observance du traitement". Dans son communiqué, l’OIP explique : "Depuis cette suppression, Malo se plaint d'avoir "du mal à prendre sa bithérapie" et de souffrir de "diarrhées". Il dit ne "pas manger à sa faim", n'ayant pas assez d'argent pour "améliorer la gamelle". Il doit se faire aider pas des codétenus. Selon ses dires, alors que son poids de forme serait 87 kg, Malo ne pèserait aujourd'hui plus que 76 kg. Un problème de poids contesté par le médecin de Liancourt qui reconnait cependant n'avoir pas vérifié dans son dossier médical et ne pas connaître la teneur calorique des repas distribués.

Un arrêt des traitements et une demande de transfert

La situation se complique avec un second conflit opposant la personne en détention et l'équipe médicale. "Malgré la suppression depuis un arrêté de 2011 de la possibilité de se voir apporter des produits d'hygiène au parloir, Malo avait toujours pu obtenir de l'administration que des produits dermatologiques nécessaires lui soient déposés au parloir. A Liancourt, malgré la production en avril 2014 du certificat médical réclamé par la direction, ces derniers ne lui ont jamais été remis", indique l’OIP. "Le médecin responsable de l'unité sanitaire explique qu'"une note de service de l'hôpital impose désormais que toute prescription d'un médecin de l'unité sanitaire de Liancourt soit fournie par la pharmacie de l'hôpital de Creil". Un médecin ne peut donc plus délivrer de certificat médical au détenu pour permettre la remise de produits d'hygiène au parloir". Les raisons de cette procédure : la responsabilité des médecins et la lutte contre l’entrée dans la prison de produits interdits comme les drogues, c’est, selon l’OIP, ce qui lui a été signifié. Cette accumulation a, selon l’OIP, conduit à une "rupture définitive et irréversible du lien thérapeutique", autrement dit Malo n’a plus confiance dans l’équipe médicale de Liancourt.

Résultat ? "Depuis un mois, il refuse la bithérapie et n'accepte plus aucune consultation, malgré les sollicitations régulières de l'équipe médicale. Il met ainsi gravement en péril sa santé, une interruption des soins pouvant entrainer une augmentation de la charge virale voire une résistance du virus au traitement. Le choix du médecin étant impossible en prison, il réclame son transfert vers un autre établissement où il espère pouvoir renouer le dialogue avec une autre équipe médicale".

Référence au rapport Morlat 2013

"Les difficultés rencontrées par Malo, leur impact sur son équilibre et sa capacité à observer un traitement lourd illustrent l'importance des recommandations du rapport Morlat de 2013 sur la prise en charge des personnes vivant avec le VIH", explique l’OIP. Elles insistent sur le fait que "la réussite thérapeutique est en partie dépendante des conditions de vie et de la situation sociale" du patient et que "la prise en charge doit donc aujourd'hui dépasser les seuls aspects biomédicaux pour prendre en compte l'individu dans sa globalité".

Commentaires

Portrait de unepersonne

etre seropositif en detention est juste un enfer, j'ai connu ça lors de mes deux incacerations, le traitement est tres long à etre mis en route, me concernant je suis resté un mois avant d'avoir mon traitement , le SMPR aurait besoin d'une bonne mise à niveau, quant aux medecins du systeme carceral, no comment, pas meme mon chien je leur donnerait à soigner

c'est une HONTE de voir ça dans un pays comme la france !