Prisons : une brochure pour la santé

Publié par jfl-seronet le 14.05.2009
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prisonpréventionhépatite C
Hépatite C (côté bleu), VIH/sida (côté violet), droits à la santé en prison… cette nouvelle brochure destinée aux personnes détenues se veut claire et pratique. Présentation par Sandra Essid, chargée de mission Prisons à AIDES, qui a coordonné ce document.
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Avant de présenter cette brochure, pourrais-tu nous rappeler quelques chiffres concernant le VIH et les hépatites en prisons ?
Tout d'abord, il faut préciser qu'il existe peu de chiffres, qu'il n'y a pas d'études sur les contaminations qui se produisent en prison, mais il y a tout de même quelques données d'enquêtes hélas anciennes. On sait, qu'en 2003, la prévalence du VIH en prison [le taux de personnes touchées] était estimée à 1,04 %. Celle de l'hépatite C était estimée à 4,2 %. Un observatoire en prison de l'hépatite C fait par des hépatologues intervenant en milieu pénitentiaire (le POPHEC) estimait, pour la même année, que le chiffre était plutôt de 7,1 %. En 2003, la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques montrait que la prévalence du VIH en prison est au moins deux fois supérieure à celle du milieu libre et au moins cinq fois supérieure pour l'hépatite C. Enfin, on peut donner un autre chiffre tiré d'une étude de l'Institut de veille sanitaire qui montrait, en 2004, que le fait d'avoir été en prison multipliait le risque d'hépatite B par trois et celui d'hépatite C par dix.

D'où est venue l'idée de cette brochure et par qui a-t-elle été réalisée ?
Cette nouvelle brochure vient à la suite d'un ancien document de AIDES qui traitait du VIH et des hépatites, mais qui s'était avéré trop complexe pour certaines personnes détenues. L'idée, ici, était de rendre ce document plus accessible en misant notamment sur l'illustration pour mieux surmonter l'obstacle de la langue. Nous avons choisi de bien séparer les informations concernant le VIH/sida de celles sur l'hépatite C. Nous avons aussi retenu un petit format, plus discret qui peut facilement se glisser dans une poche. Ce sont des volontaires et des salariés de AIDES qui interviennent en milieu carcéral qui ont travaillé à la conception et à l'écriture de cette brochure qui est un support d'informations et d'échanges entre les gens. Des extraits de témoignages de personnes incarcérées illustrent certaines informations du document. Nous avons été très vigilants au fait que ce document soit en phase avec les réalités de terrain, avec ce que vivent les personnes détenues. Cette brochure est un outil d'informations pas une plaquette de revendications

De quoi parle cette brochure ?
De l'hépatite C, du VIH/sida et plus largement des questions de santé en prison. En fait, le document traite des modes de transmission, des risques courus, des moyens de prévention. Nous donnons pas mal d'infos en matière de réduction des risques. La brochure évoque les situations de la vie quotidienne et les droits à la santé et les droits sociaux en prison. La Justice informe peu sur la santé. Sur certains points, l'information n'était pas toujours  évidente à traiter. Par exemple, on explique que le matériel stérile de consommation de drogues n'est pas disponible en prison, même s'il est évident qu'avec les recommandations officielles qui existent et selon la loi, des seringues propres devraient être distribuées en prisons. Cette brochure n'en rajoute pas, elle se veut pratique. Elle rappelle ce qui existe et reste réaliste. L'objectif n'est pas de placer les personnes détenues dans des situations de frustration. Elles en supportent déjà bien suffisamment. Par ailleurs, ce document a  été relu par des personnes détenues, des médecins d'UCSA (les unités de consultations et de soins ambulatoires) et des professionnels du SPIP (Service pénitentiaire d'insertion et de probation).

Si on comprend bien, selon les textes, les seringues devraient être accessibles en prison aujourd'hui ?
La loi du 18 janvier 1994 a établi le principe de l'équivalence de soins entre milieu libre et milieu clos. Cela veut dire que les mesures de santé publique doivent être appliquées aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur des prisons. La réduction des risques fait aujourd'hui partie des mesures de santé publique. L'Etat l'a reconnue dans la loi du 9 août 2004. Un décret, paru l'année suivante, prévoit d'ailleurs que la réduction des risques passe par la distribution de matériel stérile de consommation de drogues. D'un côté, nous avons des textes qui disent que du matériel propre d'injection peut et doit être distribué parce que c'est une mesure de santé publique et que cette mesure est valable en dehors des prisons, mais aussi dans les prisons. De l'autre, une pratique différente et du matériel qui n'est pas disponible.

Comment peut-on se procurer la brochure ?
Cette brochure est déjà diffusée dans les unités de consultations et de soins ambulatoires (UCSA). On peut aussi la consulter et la télécharger sur le site de AIDES.

Ilustrations : Laurent Marsault

Commentaires

Portrait de micheltlse

Qu'est-ce qui se passe quand un taulard séropo sort de prison avec les difficultés de réinsertion, la galère, etc.?