Québec : évaluation du niveau de risque de transmission du VIH

Publié par René Légaré le 24.08.2014
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Sexualitéindétectabilité

L’Institut national de santé publique du Québec, appuyé par un avis du Ministère de la Santé et des Services sociaux, vient de publier un consensus sur le niveau de risque de transmission du VIH au sein des couples sérodifférents lorsque le ou la partenaire a une charge virale indétectable.

Le 19 juin 2014, l’Institut national de santé publique du Québec, appuyé par un avis du Ministère de la Santé et des Services sociaux, a publié "Consensus d’experts : charge virale et risque de transmission du VIH". Ce consensus stipule qu’à charge virale indétectable et sous certaines conditions, le risque de transmission du VIH au sein des couples sérodifférents, qu’ils soient de même sexe ou non, est réduit à un niveau qualifié de "négligeable ou très faible" pour des activités qui étaient précédemment considérées à risque élevé. Les activités visées par ce consensus sont les relations orales et les relations anales ou vaginales sans condom. Pour s’assurer que le niveau de risque soit "négligeable ou très faible", six conditions doivent être respectées :

1 - Partenaires stables et exclusifs
Le couple doit être formé depuis au moins trois mois. La stabilité et l’exclusivité servent à éliminer l’incertitude d’exposition à d’autres ITSS (infections sexuellement transmissibles) qui, selon les données scientifiques actuelles, augmentent le risque d’infection au VIH. Pour l’instant, le risque de transmission du VIH chez les personnes séropositives qui ne sont pas en couple n’est pas pris en compte, car il n’existe aucune donnée scientifique sur le sujet.

2 - Aucune autre infection transmise sexuellement ou par le sang (ITSS)
Les irritations et lésions offrant des portes d’entrée au virus, la présence d’une ITSS peut avoir un impact sur la charge virale et sur les possibilités de transmettre ou de contracter le VIH. Il est donc clair que l’absence d’ITSS offre la certitude d’un risque négligeable ou très faible de transmission du VIH.

3 - Le partenaire séropositif a une charge virale indétectable sur au moins deux mesures consécutives sur une période de six mois
L’exigence de tests consécutifs sur une période définie sert à s'assurer que la charge virale reste toujours indétectable. S’il y a une virémie intermittente (ou "blip" dans le jargon médical), on remet le compteur des mois d’indétectabilité à zéro à partir de la prochaine mesure indétectable. Entre temps, le port du condom sera probablement recommandé au couple.

4 - Le partenaire séropositif a un taux d’adhérence aux médicaments de 95 % ou plus
95 % est le taux d’adhérence requis pour que le virus ne développe pas de mutations qui entrainent une résistance d’une ou plusieurs molécules du traitement anti-VIH. Cette résistance à une ou plusieurs molécules entraine une augmentation de la charge virale et donc du risque de transmission du VIH. Ce qui veut dire qu’une personne ayant un traitement à une dose par jour ne peut oublier de prendre plus d’une dose par mois ou encore de ne pas la prendre à la même heure chaque jour.

5 - Les deux partenaires ont un suivi médical régulieravec dépistage d’ITSS, mesure de charge virale pour le partenaire séropositif et dépistage du VIH pour le partenaire séronégatif
Cette exigence assure un suivi médical efficace en permettant de détecter très tôt toute ITSS, variation de la charge virale ou transmission du VIH au partenaire séronégatif. Par ailleurs, cette condition permet de responsabiliser chacun des partenaires sur l’importance de préserver son état santé.

6 - Les deux partenaires ont un counseling approprié et régulier qui touche les conditions énumérées précédemment, la réduction des risques, le port du condom et, pour le partenaire séropositif, les aspects légaux et les conséquences possibles de la non-divulgation du statut sérologique à son partenaire
Le counseling sert à offrir aux partenaires des opportunités de s’informer et de valider leur compréhension des éléments nommés dans cette condition. À long terme, ces suivis permettront aussi de communiquer les nouveaux développements scientifiques qui peuvent affecter leur évaluation du risque lors de leurs activités sexuelles. Notons que dans le cas d’un couple qui respecte l’ensemble de ces conditions, il ne peut pas être question de non dévoilement étant donné que la personne séronégative connaît le statut de son partenaire.

Si une seule de ces six conditions n’est pas respectée, il n’est pas possible alors d’assurer que le risque de transmission du VIH reste "négligeable ou très faible". Par ailleurs, ce consensus ne remet pas en question la sécurité du condom, ce dernier étant toujours un outil de prévention très efficace. Cependant, il permet, ce qui est une très grande avancée, aux couples sérodifférents de mettre en place des stratégies de prévention qui conviennent à leur situation, que celles-ci incluent ou non le condom.

Qu’est-ce qu’un risque de transmission "négligeable ou très faible" ?
Selon ce consensus, les activités sexuelles concernées présentent toujours un potentiel de transmission du VIH. Le risque de transmission étant associé à l’échange de liquide organique (sperme, liquide prééjaculatoire, sécrétions vaginales, sang ou lait maternel), la faible quantité de ces liquides ou de virus dans ces liquides ainsi que le médium d’échange semblent permettre de limiter grandement le risque de transmission.


Commentaires

Portrait de Julien_O6

Voilà exactement les informations dont j'aurais souhaité qu'elles soient comprises et relayées, sinon par les gouvernements, au moins par les organismes de santé et les médias en Europe et dans les autres régions du monde. 

Certes c'est le cas ici sur Seronet et les Aidants font bien leur travail de councelling, mais nous les Français sommes encore frileux quand il s'agit d'évaluer les risques de transmission dans les relations sexuelles entre personnes du même sexe, et y compris chez Aides d'après ma propre experience. 

Espérons que ce consensus soit bientôt adopté par d'autres régions que le Québec, car il ne s'agit pas seulement de relayer une information qui puisse permettre un meilleur épanouissement sexuel au sein des couples sérodifférents, mais aussi de lutter contre la discrimination et la stigmatisation des homosexuels séropositifs en général et de leur permettre à eux aussi de trouver des partenaires séronégatifs pour s'épanouir dans une relation stable. 

Bises,

Julien. 

Portrait de Allegiato

Absolutment d'accord avec toi Julien, car dans mon pays il reste un tabou que les seropos (et surtout les homos) aillent des rapports sexuels. Je vois que la majorite de mes amis seropos ont choisi de s'abstenir. Du sexe sans capote lorsqu'on  est indetectable... Impossible. On m'a condamne seulment pour avoir parlé sur le sujet, même mon medecin.

Aujourd'hui le sida n'est pas un mal cause par un virus... mais par l'ignorance des gens qui pensent que le vih nous rend sales. Et bien qu'il parait etre impossible de changer cette mauvaise impression, je crois que c'est bien possible. Il faudra d'abbord que nous unissons nos voix. 

Un gros calin.

Portrait de skyline

Des précisions par Warning-Montréal : http://thewarning.info/spip.php?article430     

Pourquoi insister encore sur les ITSS ?

Sur ce point, l’avis nous parait trop dépassé. S’il y a quelques années on pouvait penser que les ITSS avaient un impact sur la transmission du VIH dans cette situation où l’un des partenaires est séropositif, c’est nettement moins évident maintenant au regard des études récentes. Prenons l’exemple de l’étude PARTNER où il n’y a pas eu de transmission dans les couples sérodifférents où le partenaire séropositif était traité, même si parfois l’un des partenaires avait une ITSS. De même, l’étude Evarist a montré que les ITSS n’augmentaient pas la charge virale.

Faut-il être en couple ? Et pour les célibataires ?

La réaction à l’avis par Mark Wainberg du Centre de recherche sur le sida fait mouche. Pour lui la nouvelle position de l’INSPQ reste trop prudente. « Je ne vois pas la différence entre une relation stable et une histoire d’un soir, pour ce qui est du risque de transmission du VIH ». Et oui, quand on ne transmet plus, c’est quelque soit la situation, que l’on soit en couple ou pas.

Est-ce fini les aventures en dehors du couple ?

Là aussi, on retrouve encore la même prudence de l’INSPQ, qui réserve son avis aux couples exclusifs et stables. C’est oublier que beaucoup de couples sont ouverts aux aventures extérieures et que pour eux, plutôt que leur faire sous entendre que l’avis n’est pas adapté, plutôt que de limiter l’avis à certains couples, il aurait été plus judicieux de conseiller, qu’en dehors du couple, une méthode de prévention sur le principe de la sécurité négocié soit appliquée (par exemple que le partenaire séronégatif utilise des condoms ou une PrEP ou si besoin prenne un traitement d’urgence après une prise de risque). C’est la même chose que nous voyons en recommandations pour les couples de personnes séronégatives. Nous avons affaire, dans cet avis, à un usage abusif du principe de précaution, déconnecté de la réalité et du vécu des personnes, qui considère encore la personne séropositive sous un angle défavorable.

Cette prise de position officielle reste toutefois une bonne nouvelle. Dorénavant, on pourra s’attendre à ce que les personnes séroconcernées au Québec ne reçoivent plus de messages contradictoires de leurs cliniciens et intervenants communautaires en fonction des croyances de ces derniers sur l’efficacité du traitement anti-VIH en prévention. Il ne faut pas s’arrêter là. Le MSSS doit déployer les efforts nécessaires pour faire connaître les conclusions du rapport et pas seulement dans le milieu VIH. L’ensemble de la population doit en être informé pour lutter contre la sérophobie. WARNING demande donc qu’une campagne d’information soit rapidement développée à l’attention des publics concernés.

Portrait de Julien_O6

L'article de Warning est parfaitement bien fondé et argumenté. C'est un discours avant gardiste qui mériterait d'être diffusé et compris plus largement. Il semble que les instances officielles et les médias français ne soient pas prêts, ni non plus tous les médecins de mon pays.

C'est une constation que je fais d'après ma propre expérience au travers des recommandations que je reçois de la part des médecins spécialisés de l'hôpital l'Archet de des CDAG de la région de Nice, qui s'en tiennent généralement de façon assez stricte aux conclusions du rapport Hirschel publié il y a six ans.

Bises,

Julien.