RDC : une crise humanitaire

Publié par jfl-seronet le 10.08.2012
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Mondeaide internationaleaccès aux traitements
En avril dernier, la presse internationale se faisait l’écho du manque de médicaments contre le sida en République Démocratique du Congo (RDC). Le pays distribue au compte-gouttes les antirétroviraux faute de réserves. Une des explications réside dans la baisse des financements internationaux, dont ceux du Fonds mondial. Militants à ACS/AMO Congo, Henri Mukumbi Masangu et Tabin Tangila Mesu dénoncent ce qui se passe dans leur pays et parlent d’une crise humanitaire.
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"La situation des personnes touchées en République Démocratique du Congo… il faut que les gens la connaissent", lâche Henri Mukumbi Masangu, directeur d’ACS/AMO Congo. Cette situation, elle est dramatique. Lui et Tabin Tangila Mesu, chargé du plaidoyer auprès des responsables politiques pour le compte de l’association, sont venus la présenter à la conférence AFRAVIH de Genève en mars dernier. Elle tient en quelques chiffres. Il y a en RDC un peu plus de 72 millions d’habitants, la prévalence pour le VIH est de 1,3% officiellement (!). "1,25 million de personnes vivent avec le VIH, 350 000 ont besoin d’un traitement antirétroviral et seulement 44 000 personnes y ont accès… Autrement dit, plus de 310 000 personnes dont l’état de santé nécessite pourtant un traitement n’y ont pas accès… et cet écart ne diminue pas", dénonce le directeur d’ACS/AMO Congo. "Il faut que cela réveille l’opinion internationale. A la conférence de Genève, nous avons martelé ces chiffres. Beaucoup de gens étaient surpris de ces chiffres. Nous sommes contents que les gens aient l’information et que chacun en tant qu’humanitaire, que militant dans le monde fasse ce qu’il peut faire là où il est et selon ses responsabilités… pour que cela change", explique Henri Mukumbi Masangu.

Cette situation particulièrement alarmante a plusieurs causes. Le contexte particulier du pays qu’on peut illustrer d’un chiffre. En RDC, 2% des femmes séropositives qui sont enceintes ont accès à un traitement pour éviter la transmission de la mère à l’enfant. En Afrique subsaharienne, on arrive à 50% des femmes séropositives qui bénéficient d’un tel traitement. Autres facteurs, un manque d’investissement du pays dans l’achat de traitements, le désengagement des financeurs internationaux dont le Fonds mondial de lutte contre le sida. "La banque mondiale s’est retirée, le programme UNITAID s’achève fin 2012, le programme américain PEPFAR ne considère pas notre pays comme prioritaire…", rappelle Tabin Tangila Mesu. Le problème s’aggrave encore avec la gestion du gouvernement congolais. Le budget alloué à la prise en charge du VIH est trop faible. Il y a des problèmes de décaissements… Autrement dit, le gouvernement, sans qu’on sache pourquoi, ne débloque qu’une partie des 7% du budget consacrés à la lutte contre le sida. Enfin, alors qu’elle est prévue, la gratuité des soins n’est pas respectée.


"Le mode de financement actuel et l’ensemble des bailleurs mettent en péril la vie de beaucoup de personnes. Des milliers de personnes qui étaient déjà sous traitements et qui ne le seront plus suffisamment et celles qui devaient l’être et qui ne le seront pas… Une des premières choses que nous disons à l’international, c’est qu’il faut qu’on reconnaisse qu’il y a une crise et que cette crise nécessite une mobilisation de tous les acteurs, de tous les partenaires du Sud ou du Nord", explique Henri Mukumbi Masangu.