RDR : Act Up-Paris a enquêté

Publié par jfl-seronet le 21.06.2019
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Alors que le combat pour les droits des usagers-ères de drogues semble patiner en France, Act Up-Paris a publié, mercredi 19 juin, son rapport sur les cinquante années « de trop » contre la drogue, à l’aide de son enquête sur l’accès effectif au matériel de réduction des risques à Paris. Les constats posés, tout comme les résultats, montrent que la France piétine dans la prévention à destination des consommateurs-rices de produits.

Faire un « arrêt sur image ». C’est la volonté d’Act Up-Paris, qui fête ses trente ans cette année, certes, mais aussi les cinquante d’une « guerre  aux usagers-ères de drogues » qui n’a que trop duré à leurs yeux — tout comme à ceux de nombreux-ses chercheurs-euses et activistes du monde entier.

D’emblée, Act Up-Paris souligne les immenses progrès réalisés contre le VIH et les hépatites par l’arrivée du matériel propre et d’autres initiatives de réduction des risques (RDR), comme les salles de consommation à moindre risque (SCMR). Mais malgré tout, l’association rappelle que la prévalence au VIH reste de près de 5 % chez les injecteurs-rices de drogues, et que le nombre de nouvelles contamination au VHC reste douze fois plus élevé chez eux-elles qu’en population générale. À ce titre, les progrès sont louables, mais insuffisants. « Ce relâchement révèle la marginalisation de cette communauté dont l’état de santé importe peu. Soit infantilisés-es, soit criminalisés-es, les usagers-ères de drogues sont relégués-es à un statut de citoyen-ne de seconde zone », dénonce l’association en préambule de son enquête. Plus qu’un simple ralentissement, les auteurs-es évoquent les reculs concernant les politiques de réduction des risques, « paralysées par les aspects sécuritaires et répressifs », en citant l’amende forfaitaire délictuelle pour les personnes consommatrices de stupéfiants, votée en mars dernier.

Stupéfiante enquête

Pour asseoir son point de vue, Act Up-Paris a présenté une enquête menée sur l’accès effectif aux Stéribox (1) (kit destiné à limiter les risques de transmission de pathologies infectieuses chez les usagers-ères de drogues par voie injectable), matériel emblématique de la RDR, dans les officines parisiennes. Tirées au sort en fonction de la densité de la population, 360 pharmacies parisiennes (soit 36,5 % des 987 pharmacies de la capitale) ont été visitées afin de contrôler la disponibilité du Stéribox, mais aussi des jetons qui permettent de récupérer des seringues propres dans les distributeurs prévus à cet effet. Trois questions ont été posés : "Est-il possible d'avoir un Stéribox ? ; À quel prix vendez-vous le Stéribox ? ; Disposez-vous de jetons ?" Et là, on observe qu’à peine la moitié (52 %) dispose effectivement de Stéribox prévus à la vente. Quant aux jetons, seuls 7 % des officines contrôlées en disposaient. « Au total, 48 % des pharmacies testées ne disposent ni de jetons, ni de Stéribox. Et seulement 8 % de l’ensemble proposent les deux dispositifs », déplorent les activistes d’Act Up-Paris. « [Nous] ne pouv[ons] que nous interroger face à ce constat : dans quelle mesure la non-disponibilité de ces deux dispositifs de RDR en officine relève-t-elle davantage d’un manque d’information des pharmaciens-nes que d’une volonté de ces derniers-ères de ne pas en disposer ? » Mais plus que de « mettre à l’amende » les insuffisances d’une corporation, Act Up-Paris déroule également ses recommandations, face à la responsabilité d’une profession, mais aussi de l’État : enquêter sur les réalités d’accès à la RDR pour les usagers-ères de drogues, sensibiliser et former les pharmacies à jouer leur rôle en matière de santé et de prévention, promouvoir tous les outils dans des campagnes d’information grand public, accès à du matériel propre en prison (zone de non-droit totale encore aujourd’hui), ou encore développer l’analyse des produits pour mieux en contrôler la qualité pour les professionnels-les comme les usagers-ères. Avec, en ligne de mire, une fin véritable et définitive de cette guerre contre la drogue, dont l’inefficacité est démontrée et le coût démesuré, et pas seulement en terme de vies. « La chasse aux usagers-ères a l’effet inverse des politiques de réduction des risques mises en place par l’État […]. Le sida est avant tout une épidémie politique. Ces constats amers ne sont pour nous que des rappels que la lutte est loin d’être gagnée et que nous continuerons quoi qu’il arrive à nous battre pour l’émancipation de tous-tes […] seul moyen réel aujourd’hui d’éliminer définitivement l’épidémie de VIH sida et du VHC », concluent, solennels-les, les activistes.

(1) : Ce kit comprend deux seringues à insuline dont le bouchon arrière sert de manche pour le Stericup. Deux Stéricup contenant une cupule, un filtre coton et un tampon sec post injection. Deux ampoules plastiques d’eau pour préparation injectable (PPI), 5 ml, deux tampons d’alcool à 70°. Voir l’étude sur le tampon alcoolisé, un préservatif, un mode d’emploi.