RDR et drogues : quand le député Le Fur en fait trop !

Publié par jfl-seronet le 02.04.2013
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Député UMP, Marc Le Fur déteste le mariage pour tous et la réduction des risques en matière d’usage de drogues… quitte à en faire trop. Il a récemment mis en cause l’association Techno + dans une question écrite au gouvernement. Techno + lui a répliqué dans une lettre ouverte.

Celles et ceux qui ont suivi les débats sur le mariage pour tous à l’Assemblée Nationale en février dernier ont pu découvrir le député UMP Marc le Fur et sa façon de s’opposer à ce qu’il considère comme de mauvaises mesures. Interventions aussi répétitives que caricaturales, rarement drôles et souvent désuètes… telle est, assez souvent, sa marque de fabrique, qu’il décline sur d’autres sujets. Outre sa détestation du projet de loi sur le mariage pour tous, Marc Le Fur fait une fixette contre la politique de réduction des risques (RDR) liée aux usages de drogues. Il manifeste cette hostilité via des questions écrites adressées avec une régularité de métronome au gouvernement. Il y a la question N°21057, la 21056 et puis avant la 10316, et encore la 40349. On pourrait y voir un gage de constance, mais pas toujours celui de la bonne foi. Comme le fait remarquer Techno +, une association de RDR dans une récente lettre ouverte au député, l’élu des Côtes-d’Armor ne s’embarrasse pas toujours de précaution pour avancer ses arguments et défendre ses thèses.

Par exemple lorsqu’il pose cette question (N°21056) au ministre du Budget à propos des financements publics à des associations de RDR chez les personnes consommatrices de produits.  Voilà ce que cela donne : "M. Marc Le Fur attire l'attention de M. le ministre délégué auprès du ministre de l'économie et des finances, chargé du budget, sur le financement des associations Asud (auto-support des usagers de drogue) et Techno +. Ces deux structures reçoivent respectivement des financements de 230 000 et 220 000 euros chaque année. Or ces associations propagent des messages qui vont à l'encontre des objectifs poursuivis en matière de lutte contre la toxicomanie. L'association Asud a ainsi pour logo une seringue et évoque dans son journal, "le plaisir que chacun retire d'une prise de drogue". Cette association revendique sans ambiguïté, "l'usage de la drogue comme droit légitime et imprescriptible protégé par la déclaration des droits de l'homme de 1789". Dans son n° 50, cette association, bénéficiaire de subventions publiques, a même publié un test comparatif de 50 produits stupéfiants ! Techno +, dont l'un des anciens dirigeants a fait l'objet d'une condamnation pénale pour provocation à l'usage de stupéfiants, vante également sur son site internet l'usage des produits stupéfiants. Il lui demande de lui indiquer de manière précise et détaillée le montant des subventions publiques attribués à "Asud", "Techno +" (…) les justifications des subventions et les raisons pour lesquelles les messages incitatifs véhiculés par ces associations n'ont pas fait l'objet de sanctions. Il lui demande également de lui indiquer le montant des subventions prévues pour ces associations au titre de l'année 2013. Enfin il lui demande les raisons pour lesquelles l'audit général des associations subventionnées, demandé à la Mildt par l'association non subventionnée "Parents contre la drogue", n'a pas été effectué".

La nature des éléments de cette question écrite a conduit Techno+ à réagir. "Vous participez à travers vos questions écrites depuis quelques temps à la campagne menée par l’association "Parents contre la drogue" à l’encontre de la politique publique de réduction des risques liés aux usages de drogues et plus particulièrement de plusieurs associations dont la notre", écrit l’association. "Que vous ayez choisi d’ignorer les résultats spectaculaires de cette politique (baisse de 90 % des overdoses, prévalence VIH chez les injecteurs passée de 80 % à 3 %, etc.) est votre droit (…) Par contre, nous vous demanderons à l’avenir de vérifier un minimum les questions qu’ils vous transmettent avant de les envoyer au gouvernement. Faites votre travail de député et non un simple copier/coller !

Vous écrivez : "Techno +, dont l'un des anciens dirigeants a fait l'objet d'une condamnation pénale pour provocation à l'usage de stupéfiants, vante également sur son site internet l'usage des produits stupéfiants". Deux mensonges dans une seule phrase, cela commence à faire beaucoup ! La 10ème Chambre de la cour d’appel de Paris, a relaxé Jean-Marc Priez, ancien président de Techno+ de l’ensemble des charges portées à son encontre. Cette victoire judiciaire a été celle de la politique de réduction des risques, entérinée par la loi du 9 août 2004 et son décret référentiel du 14 avril 2005, qui protège les acteurs et les usagers des incriminations d’usage ou d’incitation à l’usage".

Par ailleurs, Techno + explique : "De plus, nous ne vantons pas l’usage des produits stupéfiants. Nous militons pour une politique responsable de protection de la santé des citoyens consommateurs de drogues qui soit respectueuse de leurs droits. Que cela passe par l’arrêt d’une diabolisation dogmatique de ces usages pour réfléchir pragmatiquement aux actions efficaces vous déplait peut-être ? Les dizaines de milliers de contaminations au virus du sida, et de morts, causés directement par la politique prohibitionniste sans qu’elle soit en mesure de limiter la consommation de drogue devraient au moins vous interpeller !

Attaquer des associations dans lesquelles des centaines de bénévoles investissent leurs temps et leurs efforts pour limiter les risques que font courir l’usage de drogues à la société et à la santé des consommateurs ; relayer une campagne haineuse, menée par un groupe d’intérêt n’ayant rien compris au sujet ; faire semblant de croire, après 40 ans d’échec, que la répression peut limiter la consommation de drogue, c’est, peut-être, votre vision de votre rôle de député mais nous tenons à vous rappeler que vous représentez l’ensemble des citoyens français, qu’ils soient ou non usagers de drogues", avance la lettre ouverte de Techno +. "Que des associations défendent les droits d’une partie de ceux-ci ne devraient pas vous faire peur".