Recul des dépistages tardifs : la performance est-elle à la hauteur ?

Publié par jfl-seronet le 24.06.2014
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L’Etat fait un rapport financier précis de ses dépenses dans tous ses domaines de compétence et missions : un rapport annuel de performance. Il a en va ainsi de la Santé qui a fait l’objet d’un rapport de gestion pour 2013. Ce document présente les crédits prévus et ceux qui ont été consommés, et l’analyse des coûts et des charges. Il revient aussi sur les objectifs que le gouvernement s’était défini, des moyens alloués et des résultats obtenus. Pour 2013, un des objectifs était d’"améliorer l’état de santé de la population et réduire les inégalités territoriales et sociales de santé", parmi les indicateurs retenus pour en juger il y avait la "proportion de découvertes de séropositivité diagnostiquées à un stade sida". Quels sont les résultats ? Le rapport dit tout.

Proportion de découvertes de séropositivité diagnostiquées à un stade sida ? "La baisse continue de cette proportion ne pourra que ralentir à moyen ou long terme, car il existe certainement un taux incompressible en dessous duquel il sera difficile de descendre malgré le développement des stratégies de facilitation du recours au dépistage. Cela reste néanmoins un bon indicateur quant au maintien et à l’efficacité du dispositif de  prévention", explique le rapport.

La nouvelle stratégie portée par le plan "VIH/SIDA et IST 2010-2014" vise à élargir le dépistage à la population générale et à le répéter dans les populations exposées. Dans les années qui ont suivi la publication du plan, on a constaté une augmentation modérée de l’activité de dépistage (+ 5 % entre 2010 et 2012). Il est cependant encore trop tôt pour observer un impact sur l’augmentation du nombre de découvertes de séropositivité à un stade asymptomatique ou sur la baisse du nombre de découvertes à un stade tardif. En effet, une stabilité des découvertes de séropositivité VIH est observée dans tous les groupes, sauf chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH) où le nombre augmente en 2012. L’augmentation du nombre de découvertes observée dans ce groupe s’accompagne d’une plus grande précocité des diagnostics, avec davantage de découvertes aux stades de primo-infection et d’infection asymptomatique. Cette tendance semble être le résultat d’un recours au dépistage plus important dans cette population. L’effort en matière de dépistage depuis fin 2010, notamment par l’utilisation des tests rapides d’orientation diagnostique (TROD), a bénéficié à la population HSH. En 2012, parmi plus de 32 000 TROD réalisés, environ 13 000 l’ont été chez des HSH, et 200 se sont avérés positifs dans ce groupe".

Un focus sur les DOM

"Le choix du sous-indicateur ("Proportion de découvertes de séropositivité à un stade sida dans les DOM") correspond à une véritable préoccupation de santé publique", note le rapport. "C’est, en effet, dans les départements français d’Outre-mer [DOM] que la proportion de découvertes de séropositivité diagnostiquées à un stade sida est la plus élevée (chiffres 2012 : 16 % pour une proportion nationale de 13 %). Par ailleurs, un plan "VIH/SIDA et IST 2010-2014" en direction des populations d’Outre-mer (plan DOM) a été élaboré. Il est complémentaire du plan national et vient confirmer les actions régionales déjà mises en place par les plans régionaux ou locaux. La proportion de découvertes de séropositivité à un stade sida dans les départements d’Outre-mer représente un échantillon très réduit, le moindre événement peut donc être la source de fortes variations. On constate sur cet indicateur des écarts importants sur les chiffres consolidés des années passées ; 2007 : 23 % ; 2008 : 19 % ; 2009 : 19 % ; 2010 : 17 %. Ces variations s’expliquent entre autres par la faible ampleur de l’échantillon. Parallèlement une évaluation qualitative à mi-parcours du plan DOM a été confiée à un prestataire extérieur par la  Direction générale des Outre-mer (DéGéOM) et la Direction générale de la santé (DGS). Elle a montré que le volet DOM du plan a été utilisé par les cinq régions d’Outre-mer et s’est montré globalement pertinent et efficace. Ces régions sont confrontées à des enjeux communs mais présentent une forte disparité sur le VIH/SIDA".

Une forte prévalence dans les DOM

"La prévalence du VIH est supérieure à 1 % dans la population guyanaise. Les DOM se sont appuyés localement sur les Comités de Coordination Régionale de lutte contre le VIH (COREVIH). L’axe relatif à la prévention a été réalisé de manière importante et est conforté par une approche globale de santé sexuelle", détaille le rapport. "L’utilisation des TROD [tests rapides d’orientation diagnostique] a été un exemple innovant de dépistage (notamment auprès des médecins généralistes de Guyane). L’expérimentation de centres de santé sexuelle (par exemple à la Réunion) rejoint cette approche de prévention combinée. D’importants progrès ont été réalisés sur le dispositif de prise en charge médicale et sociale, mais les enjeux restent forts notamment en raison de la forte proportion de migrants parmi les personnes touchées par le VIH. On note une nette amélioration de l’observance et du suivi, une augmentation des dispositifs d’appartements de coordination thérapeutique dans l’ensemble des DOM sauf Mayotte, qui rencontre des difficultés de mise à niveau de l’offre de service".