Restes à charge : qui trinque ?

Publié par jfl-seronet le 11.08.2016
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Chiffresrestes à charge

Une enquête (1) de l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes) a été conduite sur la question des restes à charge. Elle a notamment cherché à voir quels étaient les profils les plus concernés, les plus exposés aux restes à charge élevés. Les personnes atteintes de pathologies chroniques, les personnes malades précaires hospitalisées en établissement public, les personnes actives consommant des soins dentaires et les seniors non hospitalisés supportent des restes à charge élevés après remboursement de l'Assurance maladie. Explications.

En France, les restes à charge des assurés après remboursements de l’Assurance maladie obligatoire représentent en moyenne un quart de la dépense de santé, avance en avant propos les chercheurs de cette étude de l’Irdes (2). Ils peuvent s’avérer très élevés pour certaines personnes et constituer un véritable obstacle à l’accès aux soins ; de surcroît s’ils se répètent. L’Irdes a travaillé à partir des données de "l’Enquête santé et protection sociale (ESPS) appariée aux données de consommations de soins". Sur cette base, les chercheurs ont cherché à comprendre, pour 2010, les "profils des 10 % d’individus qui supportent les restes à charge les plus élevés en 2010". Ont été pris en compte les divers postes de soins consommés, puis leurs caractéristiques socio économiques et leur état de santé ont été décrits. Quatre profils ont été identifiés. Au cumulé, cette population à risque affichait, en 2010, un reste à charge moyen de 1  914 euros dont 1  620 euros pour les soins ambulatoires et 294 euros pour les soins hospitaliers.

Personnes atteintes de maladies chroniques traitées en ambulatoire

Ce profil concerne 26 % des personnes de la population étudiée. Chez les personnes atteintes de maladies chroniques traitées en ambulatoire, le reste à charge était de 1 942 euros en moyenne en 2010, dont 226 euros en moyenne liés à une hospitalisation en établissement privé. Ces dépenses sont principalement liées aux soins des omnipraticiens (133 euros), des spécialistes (359 euros), de la biologie (93 euros), de la pharmacie (382 euros) et des auxiliaires médicaux (156 euros). "41 % des individus de cette classe ont des restes à charge en dépassements de spécialistes supérieurs à 144 euros", notent les auteurs. Les personnes concernées par ces dépassements sont plus souvent des femmes (70 % versus 63 % d’hommes) et 33 % des personnes concernées vivent en Ile-de-France, région où la part de spécialistes en secteur 2 est la plus élevée de France (64 % versus 43 en moyenne).

Personnes malades précaires hospitalisées

Le second profil regroupe des malades hospitalisés en établissement public et en situation précaire (12 % de la population étudiée). En 2010, les personnes de ce groupe ont déboursé 2 314 euros en moyenne, dont la moitié des frais est liée à une hospitalisation en établissement public (1 108 euros). "Parmi les individus, 43 % sont âgés de plus de 70 ans, 44 % sont en ALD et plus de la moitié déclare souffrir d'au moins une pathologie chronique. Un tiers des patients présente aussi un revenu faible (moins de 1 000 euros par mois) et 6 % bénéficient de la CMU-C", détaille le "Quotidien du Médecin". En 2012, les restes à charge de ce groupe sont évalués à 796 euros.

Les personnes actives consommant des soins dentaires

Ce profil subit un reste à charge moyen estimé à 1 920 euros en moyenne, dont 67 % sont consacrés aux soins dentaires. Il représente 24 % des personnes de la population étudiée. "Plus de 50 % d’entre eux supportent un reste à charge dentaire supérieur à 1200 euros", indiquent les chercheurs de l’Irdes. "Ce groupe est caractérisé par 50 % d'actifs. L'ensemble des personnes de ce groupe est en bonne santé, sans ALD, ni maladie chronique. Enfin 37 % des membres de cette classe bénéficient d'une complémentaire santé", précise le "Quotidien du Médecin".

Seniors non hospitalisés

Le dernier profil est constitué des seniors non hospitalisés : 38 % des personnes de la population étudiée. Leur reste à charge est de 1 755 euros principalement liés aux soins d'optique (416 euros) ainsi que les matériels et prothèses (289 euros). Ces personnes ont majoritairement plus de 60 ans, sont retraitées et déclarent une maladie chronique.

Dans leur conclusion, les auteurs notent que si "tous les profils connaissent une diminution de leur reste à charge moyen [constatée en  2012, ndlr] la persistance de restes à charge élevés est la plus importante pour le profil des personnes ayant une ou plusieurs maladies chroniques et principalement traitées en ambulatoire".

"Le reste à charge de ces individus s’élève à 1 458 euros en moyenne en 2012 versus 1 942 euros en 2010" constate l’Irdes. Au final, parmi les personnes supportant des restes à charge élevés, quatre personne sur dix souffrent de problèmes de santé chroniques ou ont subi au moins une hospitalisation au cours de l’année. C’est l’effet cumulatif de dépenses concomitantes de médecine, pharmacie et biologie qui conduit à "une persistance dans le temps de restes à charge élevés pour des problèmes de santé chronique".

(1) : "Restes à charge élevés : profils d’assurés et persistance dans le temps", publiée dans "Questions d’économie de la santé", N°217, avril 2016.
(2) : Carine Franc (Inserm, Centre de recherche en épidémiologie et santé des populations, Université Paris-Saclay, Université Paris-Sud, UVSQ, CESP, Inserm U1018, Villejuif, Irdes), Aurélie Pierre (Irdes).