Retour en grâce du vaccin préventif contre le VIH

Publié par olivier-seronet le 24.09.2009
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Thérapeutiquevaccinrecherche vaccinaleprévention

L’annonce faite il y a quelques heures en Thaïlande par l’armée américaine au sujet des premiers résultats d’un essai vaccinal de prévention contre le VIH suscite l’intérêt et pose plusieurs questions.

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Dans la matinée, l’armée américaine a donné les premiers résultats d’un essai à grande échelle qu'elle a mis en place depuis 2003 en Thaïlande. Cet essai mené en collaboration avec le ministère thaï de la santé publique, l’institut américain de santé (NIH) et la société Sanofi Pasteur, montre pour la première fois un effet préventif d’un candidat vaccin. Incluant 16 000 volontaires (dont 40% de femmes), et combinant deux vaccins (ALVAC et AIDSVAX), le vaccin candidat a montré une réduction de 31,2% des transmissions chez les personnes vaccinées par rapport à celles ayant reçu un vaccin placebo (contenant des substances inactives). La protection offerte par ce vaccin reste toutefois encore très limitée pour une mise sur le marché. L’essai montre par ailleurs que ce candidat vaccin n’offre pas de bénéfices thérapeutiques pour les personnes devenues séropositives malgré l'injection. En effet, les chercheurs avaient fait l’hypothèse qu’une stratégie qui stimule les défenses immunitaires contre le VIH pour prévenir la transmission aurait pu peut-être aider à contenir la réplication du virus chez les personnes devenues malgré tout séropositives.

Les réactions dans la presse sont à la hauteur des résultats. Radio Canada parle d’un "nouvel espoir" et le Soir de Bruxelles "d’un essai de vaccin prometteur contre le sida". Pour Slate.fr, "le vaccin n’est plus un mirage". Note d’espoir donc confirmée par plusieurs acteurs de la lutte contre le sida. L’ANRS souligne le "pas en avant". Son directeur, Jean-François Delfraissy, est optimiste : "pour la première fois, on montre qu'un vaccin contre le VIH a un effet significatif au niveau clinique, c'est à dire au niveau infection, et qu'on peut obtenir une protection" (AFP). L’Organisation mondiale de la santé (OMS) trouve les résultats "très encourageants" et l'avancée "significative".

Plusieurs questions restent toutefois en suspend. En effet, si ces résultats sont encourageants, il sont toutefois "encore trop modestes, comme l'indique AIDES, pour permettre la mise à disposition d’une stratégie vaccinale". 31,2% de réduction du risque, "cela veut dire que ce n'est pas un outil vaccinal utilisable en termes de santé publique, au sein d'une population" considère Jean-François Delfraissy. "Il faut poursuivre la recherche pour avoir de meilleurs outils vaccinaux", ajoute-t-il. Les connaissances qui vont s'accumuler autour de l'essai mené en Thaïlande vont permettre de réfléchir à la conception de nouvelles études, incluant par exemple des candidats vaccins plus récents. D'autant plus, comme le note l'ANRS dans son communiqué, que "les candidats vaccins testés dans cet essai ont été conçus il y a plus de 10 ans". Même son de cloche chez Anthony Faucy, directeur de l'Institut national des maladies infectieuses (NIAID), il faut "davantage de recherche pour mieux comprendre comment ce vaccin a réduit le risque". Et donc... "il faut amplifier les efforts financiers et scientifiques pour la découverte d’un vaccin anti-VIH » déclare AIDES.

Après les résultats infructueux des précédents essais vaccinaux et l'arrêt brutal de l'essai Step, la course au vaccin est donc relancée. L'enjeu est majeur. Car si pour l'ANRS "plusieurs outils de prévention sont actuellement à l’étude" (dont la circoncision masculine, les traitements comme moyen de prévention ou les microbicides) "la mise au point d’un vaccin bien toléré et efficace est essentielle pour contrôler l’épidémie".

A condition toutefois de continuer à courir plusieurs lièvres à la fois et savoir quoi faire si l'efficacité d'un vaccin n'est pas maximale. Il n'est pas certain qu'on obtienne un jour un vaccin à l'efficacité semblable par exemple à celle qu'offre la protection du préservatif. L'OMS et l'Onusida rappellent au sujet des vaccins préventifs que "de tels vaccins, présentant des niveaux modestes d'efficacité, semblent ne devoir être que des outils complémentaires d'autres stratégies visant à changer les comportements et les normes sociales, à promouvoir l'usage correct et raisonné du préservatif, l'accès à du matériel d'injection sûr, ainsi que la circoncision". Il faut donc penser stratégies de prévention combinées et complémentaires et ne pas arrêter les recherches sur les autres pistes visant à développer d'autres outils de prévention. C'est pourquoi AIDES insiste sur le fait qu’il faut en même temps "poursuivre les autres axes de la recherche complémentaire visant à évaluer des stratégies de réduction des risques de transmission du virus".

D’autres questions se posent. Pour être efficace, un vaccin anti-VIH doit l'être dans le temps. L’essai présent a mesuré une réduction de la transmission sur une période de 6 ans. Mais ensuite ? Le fait par ailleurs que l’essai visait à prévenir l'infection par deux variantes de virus circulant en Thaïlande (E et B) pose la question de son efficacité dans d'autres zones géographiques où d'autres variantes du virus circulent, en Europe et aux Etats-Unis ou encore en Afrique. Dernier point, l'implication des personnes concernées par le VIH dans la conception et mise en œuvre des prochaines recherches vaccinales. C'est AIDES qui souligne cet élément dans son communiqué. On sait les polémiques autour des essais en prévention parfois réalisés de manière non éthique. Et comme les essais vaccinaux se font sur des milliers de personnes, cette question est importante d'autant plus que les essais vaccinaux vont très probablement être relancés partout dans le Monde.

Nous en saurons plus lors de la prochaine conférence Aids Vaccine 2009 qui aura lieu à Paris en octobre où les chercheurs se réuniront pour discuter des résultats du présent essai et des perspectives qui s’ouvrent.

Commentaires

Portrait de sonia

Lu dans la presse

"Le vaccin est une combinaison de deux produits testés précédemment mais qui ne s'étaient pas révélés efficaces indépendamment l'un de l'autre. Il s'agit du vaccin ALVAC du laboratoire français Sanofi-Aventis, et de l'AIDSVAX produit par l'Américain VaxGen, cédé depuis à l'organisation Global Solutions for Infectious Diseases. Les scientifiques doivent notamment comprendre pourquoi le mélange des deux s'est révélé efficace. L'expérience a été menée depuis octobre 2003 dans deux provinces thaïlandaises sur 16.400 volontaires -- tous séronégatifs et âgés entre 18 et 30 ans -- dont l'exposition au risque de contamination était jugée similaire à la moyenne. La moitié ont reçu des produits actifs, l'autre moitié des placebos. 51 des 8.197 individus vaccinés ont été contaminés par le virus, contre 74 pour ceux qui n'ont pas été traités.

le vaccin candidat a montré une réduction de 31,2 % des transmissions chez les personnes vaccinées par rapport à celles ayant reçu un vaccin placebo (contenant des substances inactives)."

Bonjour Olivier, dans ton article, tu parles de 16000 volontaires alors que l'autre source d'infos ici sur le lien  de news msn on en dénombre 400 de plus, ce qui n'est pas négligeable en terme de résultat de pourcentage...

autre question :

les essais merk ont été interrompus fin 2007, les laboratoires Roche arrêtent les recherches vaccinales, comment expliquer ce brusque succès en Thaïlande alors que l'Afrique avait échoué? La raison ne saurait elle être AUTRE que génétique? 

http://news.fr.msn.com/m6-actualite/article.aspx?cp-documentid=149885611

Portrait de olivier-seronet

Je suis actuellement à la conférence de presse. C'est bien 16 000 volontaires thaï. Pour l'instant les chercheurs constatent l'effet, certes modeste, de réduction de la transmission du VIH du fait de ce candidat vaccin, mais n'en connaissent pas la raison. Il faut encore analyser les résultats. Olivier Administrateur Seronet