Retraites : des choix sous contraintes

Publié par jfl-seronet le 07.06.2013
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Droit et socialretraite

Cela ne vous aura sans doute pas échappé, mais les pistes pour réformer les retraites sont de nouveau en débat depuis le 13 mai. Le Premier ministre Jean-Marc Ayrault a rencontré patronat et syndicats en vue de la conférence sociale de juin prochain qui traitera de cet épineux dossier. Epineux parce que le sujet divise et pas uniquement le patronat et les syndicats et parce que les solutions envisagées (même si officiellement rien n’est décidé) ne vont pas faire que des heureux. Passage en revue.

Augmenter l'âge de départ à la retraite

C’est la mesure la moins populaire par excellence. L’âge de la retraite est aujourd’hui fixé à 62 ans à partir de 2017. Jean-Marc Ayrault a expliqué (mars 2013) que le gouvernement n’entendait pas toucher à l’âge légal. Cette méthode du relèvement progressif (à raison de quatre mois par an, et parce que la durée de vie a augmenté) a été utilisée par le gouvernement précédent. C’est un peu le chiffon rouge qui hérisse les syndicats et fait descendre les opposants dans la rue. Reste que certains députés PS estiment qu’il faudrait fixé à 62 ans l’âge de la retraite dès 2015 et ne pas attendre 2017. "Cette mesure pourrait dégager plusieurs milliards d'euros. Son caractère un peu injuste socialement pourrait être amendé si l'on prolonge le dispositif des carrières longues mis en place par François Hollande en juillet 2012", expliquait, dans une interview au Figaro, Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris. Comme le rappelle le JDD, à l’UMP, on va plus loin. L'ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand (député UMP) préconise de fixer l’âge légal "à 65 ans à l'horizon 2025". Même son de cloche au MEDEF. Son actuelle patronne, Laurence Parisot, a demandé (13 mai) à Jean-Marc Ayrault un recul de l'âge légal à "au moins 65 ans à l'horizon 2040".

Allonger la durée de cotisation

"C'est l'une des pistes qui pourraient être envisagées par le gouvernement", avance le JDD. "Il va falloir avoir des durées de cotisation plus longues", a d’ailleurs expliqué en mars dernier François Hollande. "Ce sera l’objet de la négociation avec les partenaires sociaux", avait-il alors précisé. Des syndicats comme La CGT et FO sont contre l'allongement de la durée de cotisation et préconisent d’autres solutions. Par exemple, la CGT propose ainsi de "faire contribuer tous les revenus". "Aujourd’hui, une part de plus en plus importante des revenus n’est pas soumise à cotisation (intéressement, participation, stock-options,…). La Cour des comptes a évalué ainsi à près de 10 milliards d’euros le manque à gagner pour nos caisses de protection sociale. En outre, la CGT propose que les revenus financiers des entreprises soient soumis à contribution", explique le syndicat. Du côté du gouvernement, on annonce du sang ou des larmes. La ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, expliquait, début mai, qu’un "effort sera nécessaire, auquel devront participer tous les Français". La durée de cotisation requise est actuellement de 41 ans et 3 mois, elle doit passer à 41,5 ans en 2015 en vertu des réformes précédemment adoptées. "Parmi les pistes en discussion, le gouvernement pourrait avancer cette date puis prolonger le processus en passant à 42 ans dans quelques années", explique le JDD.

Augmenter les cotisations

Les retraites sont financées par les cotisations patronales pour deux tiers et salariales pour un tiers. Les augmenter est une piste simple et directe, mais cela pose des problèmes puisque une hausse des cotisations versées par les employeurs provoquerait une hausse du coût du travail et pourrait entamer la compétitivité des entreprises.

Baisser le niveau des pensions

Pas populaire non plus cette mesure. Il s’agit pour que le régime général de retraite perde moins d’argent qu’il baisse ses dépenses, donc le montant des pensions. Cette solution a été retenue, rappelle le JDD en mars 2013 par le patronat et les syndicats dans les négociations portant sur les régimes complémentaires de l'Agirc (salariés du privé) et de l'Arrco (cadres du privé). Le mécanisme est simple, les pensions ne sont plus indexées sur l’inflation et donc moins revalorisées que l'inflation sur une période plus ou moins longue (deux ans, trois ans, etc.) On fait ainsi des économies sur les pensions de plusieurs millions de personnes. Mais la voie est périlleuse… car les pensions du régime général sont basses, parfois très basses et que les retraités les mieux lotis doivent déjà s’acquitter d’impôts supplémentaires. Resterait alors le choix au gouvernement de préserver les petites retraites. On devrait savoir en juin… quels seront les choix du gouvernement, mais cela promet déjà de sérieux débats. Pour celles et ceux qui sont intéressés par des infos concernant les revenus des personnes vivant avec le VIH de 50 ans et plus… dont celles qui sont à la retraite, vous pouvez lire l'article sur ce sujet tiré des discussions sur la conférence de consensus Vieillir avec le VIH qui s’est tenue en avril dernier à l’initiative de AIDES.