Salle de consommation : l’expérience relancée

Publié par Mathieu Brancourt le 07.11.2012
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salles de consommation supervisée
Une expérience de salle de consommation supervisée serait imminente. Les récents propos de la ministre de la Santé Marisol Touraine le laissent penser. Un choix pragmatique salué par les associations, devant une urgence de santé publique. Par Mathieu Brancourt.
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"Les salles de consommation supervisée ont un intérêt, validé scientifiquement". Christian Andréo, directeur de la communication de AIDES, et d’autres associations de santé n’ont pas tardé à saluer la déclaration de Marisol Touraine. Dans son communiqué de presse, le Réseau français de réduction des risques approuve l'initiative de la ministre, pour un "nouvel outil qui manquait aux professionnels de terrain" et émet le vœu "d'une relance de la politique de réduction des risques en France". De tels lieux permettent aux personnes usagères de drogues  de consommer leurs produits dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité, notamment en cas d’overdoses.


Ce dispositif répond à une "urgence sanitaire" pour Jean-François Corty, directeur des missions France de Médecins du Monde (MDM). Les usagers de drogues sont particulièrement vulnérables au VIH et aux hépatites (60 % des injecteurs de produits vivent avec une hépatite C, d’après MDM). Selon Christian Andréo, les salles de consommation à moindre risque (SCMR) présentent un triple avantage : "Une amélioration de la santé globale des usagers, une porte d’accès pour les usagers vers le soin, voire vers un processus de substitution ou un arrêt de la consommation, et dernier aspect, une baisse des nuisances publiques liées à la consommation de rue". Une décision innovante et très attendue par les associations, sur des enjeux de précarité, de sécurité et de santé publique. Médecins du Monde et Gaïa Paris travaillent depuis 2009 à l’ouverture prochaine d’une salle de consommation dans la capitale.


Sur le terrain, les personnes fréquentant les CAARUD (Centres d’accueil et d’accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues) seraient très réceptives à une telle structure. "C’est une bonne nouvelle pour l’hygiène et la sécurité des personnes, mais subsiste des interrogations sur l’anonymat et la répression policière à l’extérieur du lieu. Un bon outil, mais plutôt destiné aux personnes désocialisées", explique Jean-Jacques, militant à AIDES en action sur un CAARUD parisien. "Ce n’est pas un dispositif magique, et il serait pertinent dans des villes où préexistent des fortes concentrations de consommateurs (ou "scène ouverte", ndlr) à Paris ou Marseille", abonde Christian Andréo.

La ministre aux Affaires sociales et à la Santé a déclaré dimanche 21 octobre "espérer" l’expérimentation de ces salles de consommation à moindre risques "avant la fin de l’année". Cette dernière a également diligenté la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et les toxicomanies) sur l'expérimentation de ces salles. Ces structures sont actuellement illégales en France, mais sont pérennes dans plusieurs pays, en Suisse et Canada notamment. A Genève, l’ouverture de la salle Quai 9 a permis une réduction très importante des overdoses mortelles et la quasi disparition des contaminations au VIH et VHC parmi les personnes qui s’injectent. Elisabeth Avril l'explique par une politique différente de la position française : "En Suisse, il y a concertation et on aborde les consommateurs comme citoyen à part entière. Ici, on les abandonne à la répression et rien ne change".
Un projet parisien
Le 9 octobre dernier, Médecins du Monde et Gaïa-Paris ont présenté leur projet d’expérimentation de salle de consommation à Paris. "Les propos de la ministre sont une bonne nouvelle, après les efforts fournis avec MDM", déclare Elisabeth Avril, directrice de Gaïa-Paris. Mais elle reste prudente : "Nous attendons un mandat clair, un local, mais surtout des moyens suffisants pour une expérience exemplaire et démontrant la pertinence d’une nouvelle posture en matière de drogues". Dans la capitale, l’opposition de l’UMP et la perspective des municipales de 2014 ne devront pas freiner cette expérience, qui "ne doit pas se louper et faire avancer les débats sur la réduction des risques", ajoute Elisabeth Avril. Mardi, le maire de Paris, Bertrand Delanoë a salué la décision de Marisol Touraine, rappelant que le conseil de Paris a avalisé en 2010 ce type d’expérimentation. Rémi Féraud, maire du 10ème, déclare être "volontaire" pour accueillir une salle de consommation dans son arrondissement.