Salles de consommation : les politiques réagissent

Publié par jfl-seronet le 03.11.2012
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salle de consommation
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’annonce de la ministre de la Santé souhaitant le démarrage d’une expérimentation de salles d’injection à moindre risques avant la fin de l’année 2012 a fait réagir. Du soutien, mais aussi de vives critiques à droite. Passage en revue de quelques réactions politiques.
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Interrogée sur BFM TV, Marisol Touraine, ministre de la Santé, explique le 21 octobre qu’elle espère lancer en France l'expérimentation des salles de consommation de drogues à moindre risque d'ici à la fin de l'année. "J'espère que des expérimentations pourront être annoncées avant la fin de l'année" explique la ministre, précisant que plusieurs municipalités "de droite comme de gauche" sont déjà "prêtes à s'engager" pour accueillir ce nouveau dispositif de santé. Très rapidement, l’UMP montre au front, puis s’enchaîne les réactions politiques en faveur des salles ou contre.

Les pour

Bertrand Delanoë, maire de Paris, explique dans un communiqué (22 octobre) : "Je me réjouis de cette décision qui va dans le sens des initiatives prises depuis 2001 par la Ville de Paris en matière de prévention des toxicomanies. Conformément au vœu adopté par le Conseil de Paris en octobre 2010, Paris est candidate à cette expérimentation et est prête à ouvrir un centre de consommation à moindre risque pour les usagers de drogues". La Mairie de Paris propose même en accord avec le maire de l’arrondissement que cette salle soit créée dans le 10ème arrondissement de Paris.
Très logiquement, il en défend le principe depuis longtemps, le député PS de Paris, adjoint à la santé de Bertrand Delanoë et médecin Jean-Marie Le Guen parle d’une "décision courageuse" qui "permettra à la France de se doter d'un outil complémentaire efficace pour la réduction des risques". "Je me félicite que le gouvernement rompe avec l'approche dogmatique de la majorité précédente et ouvre la voie à des solutions pragmatiques qui ont fait leurs preuves, tant en terme de santé publique que de sécurité publique".
De son côté, le Parti communiste français (PCF) a estimé (22 octobre) que le débat sur cette expérimentation ne devait pas "porter sur le bien ou le mal, mais sur une meilleure prise en charge des personnes malades dans le respect de leur intégrité, simplement parce que tous sont des humains". "Le gouvernement ne doit pas tomber dans le piège dans lequel voudrait l'enfermer la droite, en le faisant passer pour irresponsable", ajoute le PCF. "Les salles de consommation doivent permettre, dans un contexte d'éducation à la consommation à moindre risque de réduire l'ensemble des méfaits, sociaux comme médicaux, liés à ces pratiques", selon le parti de Pierre Laurent. "Il faut abroger la loi de 1970 et promulguer une loi de santé publique articulant prévention, réduction des risques, prise en charge et soin", est-il ajouté dans un communiqué cité par l’AFP.

Les contre
Bernard Debré, député UMP de Paris et médecin est, lui, "très opposé". "Quand un drogué va venir dans une salle de shoot, et qu'il fera un accident, qui sera responsable ? L'Etat. Quand ce même drogué sortira après s'être shooté, et s'il commet un crime, un délit, un accident, qui sera responsable ? L'Etat. Si un jeune ou un moins jeune fait une action contre l'Etat en disant je voulais m'arrêter mais les salles de shoot sont des incitations (...) il va porter plainte contre l'Etat qui sera condamné", avance Bernard Debré.
Opposition partagée par l’ancien ministre UMP Luc Chatel. "Je pense que c'est irresponsable. C'est un contre-message que l'on envoie à la jeunesse de notre pays, explique celui qui est désormais député Le gouvernement est coutumier. Il y a huit jours, on a assisté au couac de Vincent Peillon sur la dépénalisation du cannabis et puis cette semaine c'est l'affaire des salles de shoot. Je trouve cela préoccupant de la part de la ministre de la Santé, qui est là pour protéger les Français et la jeunesse".
Député UDI, Yves Jégo tonne : "Non, trois fois non. Sur ces sujets, la légalisation du cannabis et les fameuses salles de shoot, il ne faut pas envoyer ce message terrible que quelque part, l'Etat accompagnerait, encadrerait. Il faut soigner les gens qui sont malades. L'idée de dire qu'il y a des lieux où vous pouvez vous droguer officiellement, ou que le cannabis devient un produit qui n'est plus illégal, va à l'encontre de la santé publique. Ecoutons les médecins qui disent tous la même chose". Bah, justement, les médecins ne sont pas tous d’accord… pour dire du mal des salles d’injection… certains, ceux qui s’intéressent à la santé publique, en pensent même le plus grand bien.
"Le plus inquiétant, c'est que cela veut dire que l'on accepterait la dépendance au lieu de se battre contre. En prenant cette mesure, le gouvernement démocratisera l'usage de stupéfiants et le trafic de drogues", croit savoir Arnaud Robinet, député (UMP) de la Marne.
"Plutôt que de s'attaquer à la drogue, le gouvernement socialiste choisit d'en favoriser l'usage. La priorité devrait aller à la prévention et à l'accompagnement personnalisé. Les personnes dépendantes de la drogue n'ont pas besoin d'encouragement à la consommation. Elles ont besoin de retrouver confiance en elles et d'être soutenues pour sortir la tête de l'eau", avance la députée de la Vendée Véronique Besse (proche de Philippe de Villiers).
La palme revient sans doute à l’intervention de Rama Yade, vice-présidente du Parti radical, membre de l'UDI, qui n’a manifestement pas suivi dans le détail les débats. Cela donne :
"On peut toujours expérimenter, c'est un signe de pragmatisme et d'ouverture d'esprit. Le principe de rendre plus accessible la drogue est pour moi une aberration". Précisons que ce n’est pas l’idée ni l’objectif des salles d’injection…