Sans peur et sans gluten !

Publié par Marianne L’Hénaff le 01.01.2016
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Mode de viegluten

L’essor du régime "sans gluten" est clairement un effet de mode, mais paradoxalement, beaucoup de personnes s’auto-diagnostiquent intolérants ou hypersensibles au gluten, sans forcément l’être, alors que des véritables intolérants au gluten ne sont pas dépistés. Derrière cette déferlante, une vraie maladie difficile à vivre et à dépister existe.

La maladie cœliaque ou intolérance au gluten est une maladie génétique auto-immune, connue depuis longtemps et son seul traitement est de ne plus manger de gluten, à vie. Mais depuis quelques années, une vague lancée aux Etats-Unis, le "gluten free" ou Noglu continue à prendre de l’ampleur. Toutes les semaines, des témoignages de stars, de peoples, desportifs et de ministres, ayant exclu le gluten de leur assiette, fleurissent, pour une meilleure vitalité ou mémoire, ou pour améliorer les performances sportives. Cette "glutenophobie" croissante peut énerver les médecins et les malades cœliaques, qui, eux, sont obligés de suivre cette diète, mais le bon coté de cet effet de mode est que le dépistage devrait augmenter et que l’on trouve plus de produits sans gluten dans les supermarchés, car le marché est florissant.

Qu’est-ce que le gluten ?

Le gluten est un mélange de prolamines et de gluténines, deux familles de protéines. C’est la présence de gluten dans une farine qui permet de faire du pain, qui donne de l’élasticité à la pâte à pain et le fait gonfler lors de la cuisson. Ce qui explique d’ailleurs que les pains sans gluten ne sont "pas très bons", soit des pavés compacts, soit levés, mais secs et friables, soit des pains de mie bourrés d’additifs. Les prolamines du blé, de l’épeautre, du kamut, du seigle et de l’orge sont toxiques pour les cœliaques. Pour ce qui est de l’avoine, certains intolérants la supportent et d’autres non. Les céréales sans gluten sont le maïs, le sarrasin, le riz, le millet, le quinoa, le sorgho.

La maladie cœliaque

L’intestin grêle est un tube de sept à huit mètres de long. Sa paroi interne a de nombreux replis portant dix millions de villosités intestinales, petites structures en forme de montagne qui permettent l’absorption des nutriments, des vitamines et des minéraux. Chez les malades cœliaques, l’ingestion de gluten provoque une réaction immunitaire anormale, avec production d’anticorps dirigés contre le gluten. Cela crée une réaction inflammatoire au niveau des villosités, un œdème de la paroi de l’intestin et les villosités s’aplatissent. Ces agressions répétées peuvent aller jusqu’à leur destruction complète (atrophie villositaire) et donc des lésions de l’intestin. L’absorption des nutriments, du fer, ducalcium, de l’acide folique est très altérée et provoque fatigue, anémie, amaigrissement, ostéoporose… La maladie cœliaque concernerait un peu moins de 1 % de la population générale. Près de 500 000 Français seraient concernés et seulement 100 000 seraient diagnostiqués à ce jour, soit 20 %. La maladie concerne toutes les tranches d’âge, enfants et adultes. Elle est même dépistée après 60 ans dans un cas sur cinq. A n’importe quel âge, un facteur déclenchant peut démarrer le processus (un décès, une chirurgie, une infection, un accouchement, une nomination etc.)

Toute une panoplie de symptômes

Chez le nourrisson, la maladie se manifeste souvent dès qu’il consomme du gluten dans les petits pots, par une diarrhée chronique, des selles molles et grisâtres, des vomissements, un abdomen ballonné, un refus de s’alimenter, un ralentissement de la croissance en poids et taille. L’enfant est fatigué, pâle, triste, irritable et peut avoir un retard psychomoteur. Chez l'enfant plus âgé, les symptômes peuvent être des infections répétées, des dents décolorées, une anémie, une petite taille, un trouble du déficit de l’attention, une puberté retardée. Chez l'adulte, les signes de la maladie peuvent être la diarrhée chronique, vomissements, perte d’appétit, douleurs abdominales, ballonnements, reflux gastro-œsophagien, amaigrissement, fatigue, anxiété, nervosité, dépression, changements d’humeur brusques, chutes de cheveux, troubles de la concentration, étourdissements, mains et pieds engourdis, acouphènes, douleurs articulaires, migraines, eczéma, psoriasis. Et la maladie peut n’avoir qu’un seul symptôme (anémie, migraine) ou des troubles difficiles à relier, des crampes musculaires, des aphtes, des règles irrégulières ou absentes, de l’infertilité, des fausses couches répétées. Il existe aussi la forme cutanée de la maladie, la dermatite herpétiforme, où la peau présente des bulles remplies de liquide.

L’intolérance est plus fréquente chez des porteurs d’autres maladies, la thyroïdite, l’arthrite rhumatoïde, la fibromyalgie, le diabète de type 1. Les médecins peuvent penser à la maladie cœliaque devant ces symptômes divers, dont le nombre et l’intensité varient d’une personne à l’autre, et en éliminant d’autres maladies, arriver au test de dépistage spécifique. Mais ils peuvent passer à coté, ne pas voir le rapport entre des fausses couches ou un psoriasis et l’intolérance au gluten. Et certaines personnes n’ont aucun symptôme, bien que les villosités s’atrophient et le diagnostic est très tardif.

Diagnostic en trois étapes

Pour dépister, il faut rechercher les anticorps spécifiques de la maladie (IgA anti-transglutaminase) dans le sang. Si les anticorps sont positifs, la biopsie de l’intestin grêle qui montre l’atrophie villositaire (plus ou moins avancée) confirmera le diagnostic. La 3ème étape : l’intolérant constate une rémission des symptômes par la mise au régime sans gluten strict… Un dépistage des membres de la famille est fait, car la probabilité d’avoir cette maladie est multipliée par dix chez le frère ou la sœur ou les enfants d’un malade.

Traitements

Il n’existe aucun traitement efficace. Seule une diète sans gluten permet d’arrêter les symptômes et les complications. Il faut supprimer les aliments contenant du gluten (pains, biscuits, pâtes, blés) et vérifier la composition des autres aliments, surtout dans les plats cuisinés et la nourriture industrielle, ce qui est très contraignant. A l’arrêt de la consommation de gluten, les anticorps disparaissent progressivement. En plusieurs mois, l’intestin cicatrise et la maladie est en rémission. La présence de molécules de gluten dans l’organisme redéclenche l’attaque dirigée contre l’intestin et donc la maladie. Il ne faut pas se mettre au régime sans gluten avant le dépistage, car les anticorps ne seraient plus produits. Il existe trois types de personnes qui ne supportent pas les aliments à base de gluten : les allergiques, les cœliaques et les hypersensibles.

Les allergies au blé ou au gluten, estimées à 0,5 % de la population, mettent en jeu des mécanismes immunitaires différents, avec des réactions plus immédiates et plus violentes. La réaction au blé se manifeste par des symptômes tels que l’enflure, la démangeaison de la bouche et de la gorge, des rougeurs ou des éruptions sur la peau, la congestion nasale, les yeux qui coulent, des crampes, des vomissements, la diarrhée, voire un choc anaphylactique ou œdème de Quincke (enflurede la gorge qui bloque la respiration, nécessitant des soins médicaux de toute urgence). Ces personnes sont allergiques au blé lui-même. Elles peuvent manger de l’orge, du seigle, mais pas de blé. Il y a des anticorps différents. De nombreux experts pensent qu'il existe également un autre trouble associé au gluten : l’hypersensibilité au gluten et l’ont nommé la sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC), qui donne des symptômes digestifs (flatulence, ballonnement, nausée, diarrhée), des migraines et de la fatigue. Mais il est difficile "d’officialiser" l’hypersensibilité. Il n’a pas de tests spécifiques à cette dernière, pas d’anticorps, pas d’atrophies… mais ces personnes se sentent mieux en évitant le gluten, sans être obligé de scruter toutes les étiquettes des aliments comme doivent le faire les personnes cœliaques.

Hypothèses de la SGNC

Une des hypothèses de l’hypersensibilité : pour réduire la faim dans le monde et augmenter les rendements de l’agriculture, les agronomes ont profondément modifié les gènes du blé. Ils ont donné naissance à des variétés différentes, des "Frankenblés" selon certains, et ce sont ces variations qui seraient malsupportées par nombre de personnes (5 à 10 % selon certains). Ces blés modernes, bien plus riches en gluten que les variétés ancestrales, seraient devenus plus toxiques et pourraient être responsables d’une fatigue chronique, de troubles de la digestion, de l’humeur, de maux de tête, d’arthrose, vertiges, neuropathies, ou douleurs articulaires et musculaires, problèmes de peau, dépression, anxiété, anémie, etc. La nourriture industrielle est aussi mise en cause, le gluten étant souvent rajouté aux plats, pains, préparations pour augmenter le volume et l’apport en protéines des aliments. Pour d’autres experts, c’est tout dans la tête, c’est l’effet nocebo du a cette "hystérie" alimentaire sur le gluten, ou c’est lié au stress et au besoin d’avoir un coupable "à bannir".

Le boum commercial NoGlu

La quantité d’aliments sans gluten vendue en France a doublé en trois ans et le sans gluten a désormais souvent un rayon entier dans les supermarchés. Au total, plus de 110 marques sont présentes sur le marché français, avec des produits reconnaissables à leur logo : un épi de blé barré. Leur prix est élevé, mais cela ne freine pas pour autant l'engouement. Ces aliments (pains, pates, gâteaux, crackers) sont fabriqués avec des farines de riz, maïs, châtaigne ou sarrasin. Auparavant, les produits étaient surtout en pharmacie ou dans les boutiques bios. Certains sont bons, mais pas tous, chers et sans gluten ne veut pas dire sain et digeste, il y a même beaucoup d’additifs pour remplacer le gluten, dont certains sont allergisants. Les commerces 100 % sans gluten et les restaurants se développent et font le plein. On en compte environ 40 à Paris et 160 en France. Il y a même un site de rencontres sans gluten !

Pourquoi en parler sur Seronet ?

Comme expliqué plus haut, beaucoup de personnes intolérantes ou hypersensibles ne sont pas dépistées (80 %). Or, tous les troubles digestifs, la fatigue chronique et une bonne partie des symptômes listés sont souvent décrits par les personnes vivant avec le VIH et sont directement mis sur le dos des traitements antirétroviraux, alors qu’il est très possible d’avoir le VIH et une intolérance, ou plus modestement une hypersensibilité au gluten. Sans s’affoler, il peut être judicieux d’y réfléchir, d’en parler à son médecin, voire de lever le pied sur les plats industriels et le gluten, sans tomber dans l’hystérie et passer "du tout au rien"… Manger moins de gluten revient à s’interroger sur ce que l’on mange, à explorer d’autres pistes, à changer ses réflexes alimentaires, à faire plus de cuisine soi-même et à redécouvrir les aliments de base : les céréales comme le riz, le sarrasin, le quinoa, le millet, cuire des pommes de terre, des légumes secs (haricots, lentilles, pois chiches), des châtaignes, des légumes.

J’ai fait l’expérience de ne plus manger de gluten pendant deux mois, comme peuvent le faire les personnes cœliaques en le traquant, et c’est très contraignant car le gluten est partout, dans tous les plats et produits transformés et industriels. Il existe d’ailleurs des problèmes d’observance des malades à la diète, par tentation, lassitude, frustration, rébellion… L’arrêt du pain est le plus dur, car les pains sans gluten ne sont pas fameux et horriblement chers, il faudrait quasiment le faire soi-même ! Pour les résultats, c’est vrai que la digestion est plus légère, l’estomac moins lourd, le transit plus régulier et plus d’énergie. J’ai perdu deux ou trois kilos tout bêtement par le fait de ne plus manger de viennoiseries, de sandwichs, de plats tout prêts, moins de fromages, de charcuterie, de confiture (vu que pas de pain potable) et j’ai fait plus de cuisine simple. Depuis, je suis passée de "l’intégrisme" à "l’allégement" en gluten. Manger moins de gluten, mode de bobos ou reflexe santé, à vous de voir !

Pour aller plus loin

Le site de l’Association française des intolérants au gluten (Afdiag). L’association est très active et a initié le remboursement partiel des produits diététiques sans gluten par l’Assurance maladie, à hauteur de 50 euros/mois (arrêté du 30 avril 1996).

Quelques livres...
"Et si c'était le gluten ? Tout savoir sur l'intoléranceau gluten", de Philippe Barraqué. Editions Jouvence. 5 euros.
"Intolérance au gluten : Comment reconnaître cette maladie", de Gisèle Frenette. Editions Edimag. 32 euros.
"Gluten : comment le blé moderne nous intoxique", de Julien Venesson. Editions Thierry Souccar. 16 euros.

Quant aux livres de recettes, il en existe beaucoup, à tous les prix.

Commentaires

Portrait de Superpoussin

Le gluten pourrait être un aliment pro-inflammatoire, or les inflammations peuvent être causes de nombres de problèmes que connaissent les séropos, certains avérés (douleurs articulaires), d'autres soupçonnés (diabète, problèmes vasculaires). Aussi une alimentation pauvre en gluten est-elle peut-être souhaitable pour les séropos, même tolérants à cette substance.