Santé : Hollande joue la prudence !

Publié par jfl-seronet le 07.02.2012
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santé en campagne 2012PSFrançois Hollande
"La santé est notre avenir". Tel était le titre du forum de deux jours (1er et 2 février) que le candidat socialiste et le PS ont consacré à la santé. Des ateliers thématiques conclus par une intervention de François Hollande. Seronet a assisté au discours prononcé à la Faculté de médecine à Paris et revient sur les points forts… et faibles.
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"J’ai souhaité, dans le cadre de cette campagne présidentielle, que soient organisés des débats – celui-là est le premier – sur cet enjeu majeur qu’est la santé". C’est ainsi que commence François Hollande, façon de rappeler pourquoi la santé, "notre bien le plus précieux, mais aussi le plus fragile", est au cœur de sa réflexion. Une réflexion qui, dans l’exercice d’hier, a défini un cadre très général, des critiques en creux ou en plein des cinq dernières années écoulées, des pistes assez générales et, hélas, pas mal de flou sur bien des points. Evidemment, le pilonnage systématique et pavlovien auquel s’adonne l’actuelle majorité à la moindre mesure annoncée par François Hollande peut expliquer une certaine prudence (après tout, nous ne sommes qu’en février), mais au terme du discours d’hier, il est difficile de ne pas avoir le sentiment que le candidat avance un peu trop masqué… sur des points clefs.

La santé selon Hollande
"La santé n’est pas un sujet à part", estime le candidat socialiste, ni une "variable accessoire" puisqu’elle rencontre, selon lui, les trois piliers de son projet présidentiel : "pacte productif, pacte redistributif, pacte éducatif". "De toutes les politiques publiques, c’est sans doute la plus transversale. Celle qui touche le plus profondément aux grands enjeux de notre société", avance-t-il. Pour François Hollande, une politique de santé repose sur des valeurs et plus précisément quatre. La santé est une marque de progrès, d’égalité, un facteur de croissance et l’enjeu d’une nouvelle démocratie. "La confiance dans le système de santé appelle une participation plus grande de nos concitoyens. Cela vaut pour la gouvernance des politiques de santé publique. Cela vaut aussi pour la reconnaissance des professionnels et des familles en tant qu’acteurs. Admettre que les patients puissent aussi dire leur mot : voilà l’enjeu d’une nouvelle démocratie". Bref, le credo, c’est : "La santé comme progrès. La santé comme condition de la justice. La santé comme vecteur de croissance. La santé comme enjeu démocratique".

Les critiques sont de sortie…
Le candidat Hollande a posé son diagnostic : la santé n’a pas la forme ! Il en veut pour preuve "la multiplication des déremboursements, des franchises médicales, l’agrandissement des déserts médicaux – pas seulement en milieu médical -, le malaise hospitalier (…), les scandales sanitaires – comme celui, tout récemment, du Médiator – et le sentiment d’un renoncement à une véritable politique de santé publique : tout cela inquiète à juste raison". A cela s’ajoute des déficits sociaux importants. Le premier coup asséné aux sortants porte justement sur les choix de financements qui ont été faits : "Je préfère le dire nettement. Il n’y a aucun courage à affaiblir le soutien aux plus fragiles. Aucun courage à renchérir l’accès aux soins. Aucun courage à comprimer les moyens de l’hôpital public – et en plus, sans effet sur le rééquilibrage des comptes sociaux. Et pourtant, nous en sommes là !"

Classes moyennes et gros bobos…
Ce ne sera pas une surprise, François Hollande ne se "retrouve pas dans la politique [de santé] qui a été conduite depuis cinq ans". Une politique qui a aggravé les inégalités géographiques, financières, etc. "Aujourd’hui, à peine 55% du montant des soins courants sont remboursés par la Sécurité sociale. Les premières victimes de cette évolution sont les classes moyennes. Celles qui ne relèvent pas des mécanismes de la solidarité de base (couverture maladie universelle). Celles qui ont de plus en plus de mal à aller chercher des couvertures complémentaires et qui, parfois, sont obligées de prendre en charge non seulement les enfants, mais aussi les parents. La situation est, bien sûr, encore pire pour quatre millions de nos compatriotes qui ne sont couverts par aucune complémentaire santé. Le résultat, hélas, est sans appel : 1 Français sur 4 renonce désormais à se soigner pour des raisons économiques et financières – ou retarde ses soins".

Médecins : déserts d’avenir ?
Constat. "Les Français redoutent, à tort ou à raison, les déserts médicaux – soit dans les banlieues de nos villes, soit dans certaines villes, soit encore dans nos campagnes. Face à une démographie déclinante du corps médical et faute d’investissements et de modernisation, notre système de santé peut se désorganiser progressivement : il a été désorganisé depuis cinq ans". Alors quelle solution ? Eh bien… une solution qui ne braque pas les médecins libéraux. "Je ne suis pas favorable, pour éviter les déserts médicaux, à une politique de contrainte envers les professionnels. Elle serait vouée à l’échec, contournée. Pour autant, l’objectif, lui, n’est pas négociable : c’est celui de l’égalité d’accès aux soins partout sur le territoire". Alors quoi ? "D’abord, en revalorisant la médecine générale (…) Pour engager les médecins à s’installer dans un secteur sensible, nous devons créer un environnement propice à l’installation en cabinet dès le début des études de médecine". Cela passerait par une réorientation des études médicales pour généraliser les stages en cabinet de ville, une évolution des modes de rémunération… "La part de la rémunération forfaitaire doit selon moi s’accroître pour prendre en compte la prévention, la valorisation de la qualité, ainsi que la proximité", explique-t-il. Bref, c’est globalement l’incitation qui est mise en avant pour lutte contre les déserts médicaux… une politique très voisine de celle en vigueur aujourd’hui et dont les résultats sont modestes.

HPST…OP ?
Critique du candidat Hollande. Elle concerne "le traitement qui a été réservé à l’hôpital public (…) Je veux réaffirmer ici que fragiliser l’hôpital public, c’est compromettre non seulement l’accès aux soins de tous, mais, plus largement, l’avenir même de la médecine française : parce que c’est dans l’hôpital qu’elle se forme." Dans le viseur, la loi HPST qui cumule les handicaps. Elle a été mal conduite avec un "défaut de concertation" ; elle a une tare la "concentration dans la gouvernance", mais son principal défaut, c’est d’instaurer la "logique de l’hôpital entreprise".
"Est-ce que cette politique a permis de consolider la confiance dans notre système de santé ?", se demande François Hollande. "Au contraire ! C’est l’inverse qui s’est produit", tranche-t-il. Un projet ? Oui. Et une priorité : "Rétablir le service public hospitalier, dont le nom même de service public a été effacé par la loi HPST". "L’hôpital public n’est pas une entreprise, indique François Hollande. Dès lors, je mettrai fin au principe de convergence tarifaire entre le public et le privé. De la même manière, la tarification à l’activité a atteint ses limites (…) Je redéfinirai le mode de financement de l’hôpital pour l’adosser à d’autres critères que la seule activité. Pas question de revenir au budget global, mais le financement de l’hôpital public tiendra compte de l’activité, donc des actes, et en même temps des missions sociales de l’hôpital, de la nature et de la pertinence des séjours des patients et des indications thérapeutiques".

Prisons… ça casse pas les barreaux !
Là, c’est service minimum. Dans la série les "catégories qui doivent faire l’objet de notre attention", il y a ce qui "se passe dans nos prisons", avance François Hollande. "Là encore, j’initierai un plan Santé dans les lieux d’incarcération. C’est à la fois un droit, pour les personnes concernées, et une protection pour la société. Il ne saurait y avoir de faille dans notre politique de santé publique". Aucune mesure concrète n’est indiquée et pas non plus d’annonce sur, par exemple, les programmes d’échange de seringues en prisons.

En toutes franchises
Comment dire ? François Hollande n’aime pas les franchises médicales, un élément à mettre au passif des sortants, mais il ne s’engage pas explicitement sur leur fin. Un manque de clarté qui a d’ores et déjà fait réagir Act Up-Paris qui demande au "candidat socialiste de s’engager ouvertement pour l’abolition des franchises médicales". C’est d’autant plus attendu que cette mesure est très emblématique de la politique du gouvernement et qu’elle constitue un tournant par rapport aux mécanismes de solidarité entre malades et bien portants qui prévalaient depuis la libération. Evidemment, le problème, c’est pour injuste qu’il soit que cet impôt de santé fait entrer de l’argent dans des comptes qui en ont bien besoin. Une explication aux atermoiements sur le sujet… mais pas un bon signe.

Etat d’AME !
Supprimer le droit d’entrée dans le dispositif de l’aide médicale d’Etat. C’est la mesure qu’on peut lire sur le programme santé sur le site du candidat. A priori, on comprend que le reste des mesures (panier de soins, accord préalable de dépenses dans certains cas, etc.) ne serait pas abrogé…  soit une décision étrange surtout lorsqu’on se rappelle la pugnacité des parlementaires socialistes lors des débats à l’Assemblée nationale.

La démocratie à la Santé
Un des souhaits est de "renforcer les droits des patients". "Je veux que la protection sociale, qui est au cœur de notre pacte démocratique, soit également protégée. Cela voudra dire une démocratie sanitaire véritable, avec des droits des patients, mais aussi faire qu’une nouvelle étape puisse être franchie, à travers une loi qui permettra d’écrire les droits collectifs auxquels les patients peuvent légitimement accéder".  En fait, on semble s’acheminer vers une nouvelle loi Droits de patients avec une petite coloration droits sociaux. Du côté financement, pas un mot et pas une ligne, alors que les besoins sont estimés à environ 15 millions d’euros pour, justement, faire vivre cette démocratie sanitaire.

Dépassements… contrôlés
"Je procéderai à l’encadrement des dépassements d’honoraires par spécialité et par région. Les dépassements d’honoraires ont augmenté de manière inquiétante pour les patients. Cette dérive doit cesser". Une décision, mais pas plus de précisions quant aux moyens.

Droit de suite…
Certes, il y a eu des applaudissements, un amphithéâtre bondé, des visites, des compliments aux médecins, aux chercheurs, aux associations de patients… une explication de la philosophie du candidat sur sa vision de la santé et les valeurs qu’il entend y défendre. Mais la limite de cet exercice est justement de donner une toile de fond, une couleur et de laisser dans le flou sur bien des sujets. Si on comparait cela à un exercice médical, on dirait que François Hollande a bien pris la mesure des fragilités du malade que son service va, peut être, devoir prendre en charge, qu’il a bien identifié les maux dont il souffre, mais semble hésiter sur le traitement ; un peu comme un médecin qui face à un cancer se demande si c’est chimio, rayons ou chirurgie… Du coup, on se sent à la place de ce malade… face à un médecin qu’on suppose compétent et qui garderait, pour lui, sa stratégie curative. On espère vraiment que d’ici l’élection il aura l’occasion de préciser ses choix, ses priorités sur des points concernant le VIH, les hépatites, les ressources des personnes malades… Il y a maintenant deux mois que Seronet lui a adressé des questions sur ces sujets. Vivement que cela se précise !

Commentaires

Portrait de guppy

François Hollande n’aime pas les franchises médicales, un élément à mettre au passif des sortants, mais il ne s’engage pas explicitement sur leur fin

ça vaut bien quelques points en moins dans les sondages ça!

Portrait de frabro

Entre le trop et le pas assez, François Hollande à semble-t-il choisi la prudence : il trace des lignes programmatiques, parmi lesquelles arrêter la casse du système de santé organisée depuis 10 ans par l'UMP est une priorité. J'en veux pour exemple la remise en cause de la Loi HPST et de la tarification à l'acte en milieu hospitalier, qui a mis la rentabilité au dessus du service public.

Que ne diraient pas les détracteurs du candidat de gauche s'il annonçait tout de go que la santé redeviendrait totalement gratuite pour tous, alors que les dépenses en la matière ne cessent d'augmenter et que les recettes diminuent ? On crierait au scandale et là a ruine annoncée de notre pays.

Pour ma part, je préfère que soit clairement définie la direction à suivre, et que l'on prenne le temps d'étudier les moyens sérieux de revenir à un service de santé publique cohérent plutôt que ne soit annoncé un "demain on soigne gratis" auquel personne ne peut sérieusement croire.

Portrait de serosud

Il est bien évident que F.Hollande ne défera pas ce qu'a fait la droite......UMP / PS  jouent la même symphonie d'un commun accord :

La soupe est si bonne et les français si naïfs !

Portrait de guppy

Tout le monde devrait payer les franchises médicales, je ne vois pas pourquoi certains sont éxonérés et pas d'autres. D'autant que les personnes percevant la cmu ne sont pas toutes atteintes d'affections de longue durée, ras le bol de me voir prélevé 80 euros par an. Je suis obligé d'avoir une mutuelle qui chaque année pèse de plus en plus sur mon budget de 670 euros. Sur ma cotisation annuelle il y a 80 euros de taxe! Donc je veux bien que l'on prenne sont temps pour étudier des pistes, mais pas pendant les 5 années à venir!
Portrait de petitpaumé

Je trouve plus que surprenant, voir absolument lamentable, mais tellement prévisible que ceux qui hier criaient au loup lorsque la droite parlementaire voté les franchises médicales prônent aujourd'hui le fait de devoir prendre le temps de réfléchir ! Ce serait se donc que la gauche va mettre en place de commissions de réflexions ? Nous voyons bien dans ce programme l'ampleur de l'équité socialiste. Je ne pense pas que cela apporte des points à Hollande
Portrait de frabro

http://actu.orange.fr/france/la-cour-des-comptes-demande-un-effort-accru... Dans le retour vers l'équilibre budgétaire, "la plus grande partie du chemin restera à parcourir en 2013 et 2014", a averti Didier Migaud en dévoilant devant la presse le rapport de 1.600 pages. "Ce message, la Cour l'estime important et il s'adresse à tous", a-t-il insisté, invitant l'ensemble des candidats à l'Elysée à proposer "dès maintenant un programme détaillé, crédible, fondé sur des hypothèses réalistes". "Presque toutes les marges de gestion du budget 2012 ont disparu", a fait valoir M. Migaud. Et ça ce n'est pas flou, c'est juste le constat que la droite laissera à ses successeur un pays en faillite (Fillon le disait déjà en 2008 !) ce qui interdit à tout candidat sérieux à la présidentielle de faire des promesses inconsidérées.
Portrait de jean-rene

Tout à fait d'accord avec toi, Frabro. A présent, toute dépense supplémentaire devra être accompagnée d'une économie du même montant afin de rester en équilibre car les loups de la finance se lèchent déjà les babines à l'idée de pouvoir dévorer la France comme ils l'ont fait de la Grèce.
Portrait de serosud

La cour des comptes a-t-elle estimée opportun d'inviter l'ensemble des candidats à s'exprimer sur les détournements de taxes tabac, alcool, etc..... ou sur le scandale des exonérations de taxes sociales faites aux entreprises.....taxes qui devaient être financées par l'état, d'ailleurs !

Portrait de romainparis

médicales des médocs sur les labo-producteurs ? Vu leurs marges, ils n'en crèveront pas, eux.
Portrait de serosud

Tout simplement parce que l'avenir de la sécurité sociale française est ficelé depuis longtemps par nos politiciens, et ce, aux dépends des citoyens qu'ils étaient sensés représenter. Un système Amer....icain !