Santé à Paris, demandez le programme !

Publié par jfl-seronet le 11.03.2020
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Politiquemunicipales 2020paris

Neuf candidats-es sont en lice aux élections municipales à Paris. La grande nouveauté de la campagne a été le retrait de Benjamin Griveaux et l’irruption d’Agnès Buzyn à la tête de la liste macroniste. Pour la première fois, les trois têtes de listes sont conduites par des femmes : la maire sortante Ane Hidalgo (PS), Rachida Dati (LR), en hausse dans les sondages, et Agnès Buzyn pour LREM. Seronet a regardé les programmes des candidats-es et tout particulièrement les mesures sur la santé et la lutte contre les discriminations.

David Belliard (Europe Écologie Les Verts), liste « L’Écologie pour Paris »

David Belliard entend capitaliser sur la prise de conscience de l’urgence écologique qui pousse tous-tes les candidats-es à verdir leurs programmes. Crédité de 13 % à 14 %, il veut être « en tête au premier tour » avant toute discussion avec Anne Hidalgo, Cédric Villani, voire la candidate LREM, en vue du second tour.

Le candidat Europe Écologie Les Verts (EELV) a publié sur son site de campagne un ensemble de deux cents propositions. Neuf chapitres y sont proposés, déclinant un grand nombre de propositions. Celui sur la solidarité met l’accent sur la lutte contre la grande précarité. Comment ? Le candidat EELV propose d’ « instituer à Paris un minimum social garanti (MSG), à l’exemple de Grande-Synthe, portant les ressources minimales des foyers précaires au niveau du seuil de pauvreté, pondéré en fonction de la composition familiale » ; dans ce domaine, une expérimentation sera menée à destination des familles monoparentales dans un premier temps, avant son éventuel élargissement aux foyers en situation de pauvreté, pour le transformer à terme en Minimum universel garanti (MUG) ». Il sera aussi proposé de « mutualiser les divers accompagnements sociaux (CASVP, Dases, Caf, …) et créer une plateforme unique d’accès aux droits rassemblant les différents services ». L’accent est mis sur la lutte contre le « sans-abrisme ». Diverses mesures sont envisagées comme « respecter l’obligation de domiciliation des personnes sans abri », la création d’un fonds ville de Paris pour le maintien dans leur logement des personnes en difficultés financières ou encore « respecter le domicile et les biens des personnes sans abri. Mailler Paris de bagageries afin que les personnes sans abri puissent y déposer, en sécurité, leurs affaires. Aujourd’hui trop peu de bagageries sont présentes dans Paris, elles dépendent d’associations soutenues par le budget participatif ».

Concernant l’accueil des personnes migrantes, le candidat écologiste promet de créer « des places d’hébergement pour les demandeurs d’asile, quel que soit le statut administratif, avec un suivi médical, social et juridique adapté ». Il veut « instaurer une aide à l’insertion professionnelle des demandeurs d’asile ».

Des mesures sont envisagées pour une « meilleure prise en charge du handicap ». Cela passe par la « mise en place d’un programme de formation continue de sensibilisation au handicap auprès des professionnels de la ville de Paris en contact avec du public », de « garantir le 100 % d’accessibilité aux personnes en situation de handicap d’ici 2026 dans les nouvelles habitations et rénovations Paris Habitat, les établissements scolaires et les services publics liées à la Ville de Paris » et de « créer un label pour les établissements recevant du public et de la clientèle ».

Du côté de la santé, David Belliard et son équipe ont travaillé à différentes mesures. On les trouve dans le chapitre Qualité de vie du programme. L’objectif global est de « vivre en bonne santé à Paris ». Une des mesures consiste à « créer, développer et élargir les horaires 24h/24 et sept jours sur sept des centres municipaux de santé pour contribuer à désengorger les urgences, continuer de soutenir l’installation de maisons de santé et cabinets regroupés de secteur 1, à condition qu’ils pratiquent le tiers payant ». Il veut aussi « sensibiliser les médecins généralistes aux violences faites aux femmes et aux minorités, les mettre en lien avec les associations et les consultations spécifiques ». Il s’agit aussi de « créer de nouvelles salles de consommation à moindre risque dont certaines seront mobiles, pour être au plus près des usagers de drogue. Cela s’accompagnera d’un renforcement du plan crack pour un dispositif de réduction des risques ». Le programme écologiste comprend aussi un chapitre « Égalité homme-femme ». Le candidat s’engage à « créer et diffuser une liste cartographiée de l’ensemble des structures et médecins libéraux pratiquant l’IVG », « soutenir les associations et l’organisation de campagnes d’information sur la contraception, l’IVG, la sexualité, la relation sexuelle et/ou amoureuse, le consentement, le cancer du sein, l’endométriose, la ménopause, l’alimentation, etc. » et à « former les personnes de santé dépendant de la Ville aux modes de contraception alternatifs à la pilule ».

Agnès Buzyn (La République en marche), liste « Ensemble pour Paris »

À peine intronisée, Agnès Buzyn, la candidate LREM s’est débarrassée des promesses-phare de l’ère Griveaux : le déplacement de la Gare de l’Est pour créer un « Central Park » parisien et l’apport de 100 000 euros pour permettre l’achat d’un appartement. Pour sa première expérience électorale, l’ex-ministre de la santé veut convaincre les Parisiens-nes avec des « projets ancrés dans le quotidien » pour décoller des quelque 16 % d’intentions de vote dont était crédité son prédécesseur.

Avant l’arrêt brutal de sa candidature, Benjamin Griveaux qui dirigeait la liste « Paris Ensemble », avait publié sur son site de campagne des propositions classées par grandes thématiques. Une concernait les solidarités. « Paris doit rester la ville des solidarités. Face à une ville chère qui exclut les classes moyennes et les populations les plus fragiles, vous êtes nombreux à nous demander des mesures pour redonner du pouvoir d’achat aux Parisiens et lutter contre la pauvreté, expliquait alors l’équipe de campagne. Nous proposons de créer une mutuelle municipale pour permettre aux Parisiens d’avoir une complémentaire santé, quels que soient leur âge, leur état de santé ou encore leurs revenus. Et parce qu’il est insupportable que des gens dorment encore dans nos rues, nous voulons que la ville organise l’hébergement d’urgence pour les sans-abris à Paris, à la place de l’État, qui continuera de financer le coût de ces places d’hébergement ». Dans le fil d’actualité du site de campagne, on trouvait, il y a encore quelques semaines, assez peu de références aux questions de santé, elles étaient alors largement supplantées par les questions écologiques, celles relatives au logement ou les enjeux de sécurité publique. Démissionnaire mi-février, Benjamin Griveaux ne sera donc pas maire de Paris. Son parti a désigné Agnès Buzyn comme candidate LREM à sa suite. C’est l’ancienne ministre de la Santé (elle a démissionné le 6 février de ses fonctions) qui a pris le relais sur cette campagne avec la même équipe, les mêmes têtes de liste par arrondissement et globalement le même programme. Justement côté programme, on voit plus précisément les propositions de LREM pour Paris, dont celles pour la santé.

Le programme version Buzyn comporte un chapitre Santé, un consacré au handicap et un autre à la lutte contre la grande exclusion. Côté santé, une des propositions-phare est de « créer un réseau de centres de santé de la Ville de Paris pour que chaque Parisien soit à moins de dix minutes en transport d'un centre de santé garantissant une consultation avec un généraliste conventionnée secteur 1, sept jours sur sept, de sept heure à minuit ». Une autre est la création d’une « mutuelle municipale ». Quel est le diagnostic fait par l’équipe de la candidate ? « L’accès aux soins à Paris est de plus en plus difficile », car « l’accès aux médecins devient de plus en plus compliqué ». À cela deux raisons, estime l’équipe de « Ensemble pour Paris » : « Pour les médecins généralistes, le problème vient du nombre. Cela risque d’être pire dans les prochaines années, avec une vague de départs en retraite : l’âge moyen des médecins est de 57 ans. Pour les spécialistes, le problème vient souvent du coût. La grande majorité des spécialistes relève du secteur 2 et pratique des dépassements d’honoraires importants. C’est difficile financièrement pour beaucoup de Parisiens, notamment pour ceux qui n’ont pas de complémentaire santé ou qui ont une mauvaise couverture » ; De plus, les difficultés sont amplifiées « le soir et le week-end » (recours aux urgences) et « dans les quartiers populaires. Deux arrondissements parisiens entiers sont même classés en « zone d'intervention prioritaire » par le ministère de la santé : le XVIIIe et le XIXe. La désertification médicale ne concerne donc pas seulement des territoires ruraux mais aussi la capitale de la France ».

Dans  le programme d’Agnès Buzyn, on peut lire que « l’’infectiologie et l’addictologie doivent être des priorités ». « Des maladies que l’on pensait éradiquées réapparaissent (ex : la tuberculose), tout comme certaines infections sexuellement transmissibles dont les spécialistes observent une recrudescence. De nouvelles solutions doivent être recherchées. En matière d’addictologie, la salle de consommation à moindre risque (SCMR) permet d’améliorer les conditions d’injection de substances, mais la prise en charge médicale est encore insuffisante ». Alors quelles sont les propositions de la liste « Ensemble pour Paris » « Le droit de chacun à une médecine généraliste accessible, avance la candidate. Il est indispensable que tous les Parisiens aient accès à tout moment aux services de soins médicaux les plus adaptés. Les heures d’attente aux services des urgences des hôpitaux le soir ou le weekend pour des problèmes de santé bénins sont totalement contre-productives. Comme dans tant d’autres domaines, la Ville peut et doit agir ! Les Parisiens ne devraient plus avoir à passer des heures interminables aux urgences quand il y a des alternatives. Pour cela, nous créerons un réseau de centres de santé de la ville de Paris pour que chaque Parisien soit à moins de dix minutes en transport d’un centre de santé garantissant une consultation avec un généraliste conventionné secteur 1, sept jours sur sept, de 7h à minuit ». Comment ? « La Ville offrira aux professionnels de santé libéraux qui voudraient s’installer dans ces centres [de santé] le loyer et la gestion de toutes les tâches administratives (informatique et secrétariat). En échange, ces professionnels accepteront de travailler selon des créneaux horaires étendus allant de 7h à minuit, en effectif réduit à tour de rôle, ainsi que des gardes en soirée, nuits et week-ends et à pratiquer des consultations en sans dépassements d’honoraires. En cas de carence de professionnels-les de santé libéraux, nous aurons recours au salariat dans les centres ». Autre proposition : « Faciliter l’accès à moindre coût à une mutuelle municipale ». « C’est particulièrement utile pour les agents de la Ville de Paris mais également pour les Parisiens insuffisamment couverts, comme les indépendants ou les personnes âgées. Pour cela, nous créerons une mutuelle municipale qui devra permettre d'avoir des tarifs adaptés, des interlocuteurs de proximité et de procurer une protection efficace aux agents de la Ville et aux Parisiens qui le souhaiteraient », détaille le programme.

La candidate entend aussi « développer fortement les actions de prévention et lutter contre les addictions (...) En termes de maladies infectieuses, à Paris, un effort important a été mis en place sur la prévention du VIH. Cependant, les spécialistes observent une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST). Face à ce phénomène, nous lancerons, en bonne intelligence avec l’État, une stratégie ambitieuse de dépistage et prise en charge des IST en travaillant avec les associations partenaires de la Ville pour appréhender ce nouvel enjeu. En effet, à Paris, un effort important a été mis en place grâce au travail partenarial avec les associations sur la prévention du VIH. Il s’agit aujourd’hui de mettre l’accent également sur le dépistage et la prévention des IST qui augmente avec l’évolution des comportements sexuels et la baisse des rapports protégés ». « Nous devons également intensifier la lutte contre les addictions, en particulier contre le crack qui fait des ravages à Paris. Pour mieux lutter contre les addictions, et en particulier les ravages du crack, nous proposerons une adaptation de l’actuelle Salle de Consommation Moindre Risque aux besoins de la population et des usagers, étudierons l’ouverture de nouvelles salles et appuierons le développement de « salles mobiles » avec l’objectif de pouvoir accueillir les « crackers » aujourd’hui dans la rue », indique le programme LREM.

Rachida Dati (Les Républicains), liste « Dati pour Paris »

Rare Surprise de la campagne, avant l’explosion du candidat macroniste Benjamin Griveaux, Rachida Dati a redonné confiance à la droite, battue depuis 2001, à Paris. Seule parmi les candidats-es réellement en hausse, elle devancerait même Anne Hidalgo avec 25 % d’intentions de vote, selon une enquête Odoxa (18 février). L’ancienne Garde des Sceaux de Nicolas Sarkozy axe sa campagne sur la propreté, la sécurité et le besoin d’alternance. Avec une difficulté : la candidate LR devra faire face à une forte concurrence à droite dans plusieurs arrondissements et risque de manquer de voix pour un éventuel second tour. Il y a quelques semaines, une table ronde avec des habitants-es du Xème arrondissement a été l’occasion pour Rachida Dati et Bertil Fort, tête de liste LR dans ledit arrondissement, d’évoquer l’unique salle de consommation à moindre risque (SCMR) qui se trouve d’ailleurs dans cet arrondissement. Les deux candidats-es ont dit soutenir la SCMR et saluer ses effets sur la santé publique. Leur ligne est : « Mieux accompagner les personnes en situation de dépendance sans oublier les riverains. Ils veulent déplacer cette salle pour l’éloigner des habitants-es, car ils souhaitent qu’elle « ne soit plus à proximité immédiate des habitations ». Ce qui ne va pas être facile à paris. Cela revient donc à lui trouver une autre place dans un autre arrondissement. Cette question du changement de lieu de la salle actuelle se posera, quoi qu’il arrive dans deux ans, avec la fermeture de l’hôpital Lariboisière, qui l’héberge jusqu’à présent. Dans leur intervention, Rachida Dati et son colistier ne se sont pas engagés sur l’ouverture d’autres salles de consommation à moindre risque dans Paris. Durant leur intervention, ils ont défendu le principe d’un « processus complet de prise en charge des personnes, en vue d’une sortie de l’addiction ». À ce stade de la campagne (20 février), il n’y avait pas de propositions précises sur la santé sur le site de la candidate.

Anne Hidalgo (Parti socialiste), liste « Paris en commun »

La candidature Griveaux en perte de vitesse convenait bien à Anne Hidalgo et son équipe raille désormais l’inexpérience municipale d’Agnès Buzyn. La maire socialiste multiplie les propositions et martèle son engagement écologique : 100 % des rues cyclables d’ici 2024, un milliard d’euros par an pour la propreté, rénovation de 30 000 logements sociaux, etc. Avec 23 % d’intentions de vote au premier tour dans les sondages parus depuis l’annonce de la candidature d’Agnès Buzin, elle bénéficie de la prime au sortant. Mais son bilan est très contesté et 37 % seulement des Parisiens-nes, selon les sondages, souhaitent sa réélection.

Sur son site de campagne, dans la partie Solidarité, la candidate détaille plusiuers mesures dont certaines concernent directement la santé. C’est ainsi qu’elle propose « des médecins sans dépassement d’honoraires dans tous les quartiers » ou un « accès facilité des Parisiens à un réseau de mutuelles solidaires ». Elle propose également de créer des « maisons de répit pour soulager les aidants, en prenant en charge les proches qu’ils accompagnent le temps d’une soirée, d’une nuit ou d’un week-end ». Le site entend aussi répondre aux questions que se posent les Parisiens-nes. L’une est « Que peut faire la mairie pour améliorer la santé des Parisiens ? » ; côté réponse, la candidate revient sur le bilan et trace des perspectives sur ce qu’elle compte faire. « La santé est un sujet d’attente forte des habitants de Paris. Ils constatent qu’un nombre croissant de médecins part en retraite : un généraliste sur deux a plus de 60 ans et un sur quatre a plus de 65 ans. Ils sont conscients des problèmes posés par la pollution de l’air, même si elle est en diminution. Ils sont inquiets de l’avenir des hôpitaux parisiens (AP-HP). La santé relève d’abord de la responsabilité de l’État, à travers l’agence régionale de santé (ARS). Cependant, la ville joue un rôle d’impulsion, de coordination et de renfort sur des initiatives innovantes », explique le programme. Côté bilan, la maire sortante met en avant la création de paris Med en 20169 qui « propose une aide aux professionnels de santé afin de favoriser l’installation en secteur 1 (aux tarifs de la sécurité sociale) dans les quartiers où il y a trop peu de médecins. Grâce à ce dispositif, 161 praticiens de santé se sont déjà installés au sein de quatorze maisons de Santé et douze cabinets de groupe ». Référence est faite à la lutte contre le VIH : « Pour la lutte contre le sida, la ville agit sur tous les fronts (renforcement des centres de dépistage, création d’un centre de santé sexuelle à l’Hôtel-Dieu, campagnes d’information ciblées, etc.). Grâce à cette action, les nouveaux cas de séropositivité ont baissé de 16 % entre 2015 et 2018 et l’objectif est de parvenir à une ville sans sida (zéro nouvelle contamination) en 2030 ». Est également mis en avant le dispositif « Paris qui sauve », en partenariat avec le SAMU de Paris, les sapeurs-pompiers de Paris, la Croix Rouge et la Protection civile, a permis de former 72 000 Parisiens. Le déploiement de défibrillateurs et la présence de personnes maîtrisant les gestes qui sauvent permettent de faire passer le taux de survie en cas d’arrêt cardiaque de 5 % à 40 %.

« Chacun doit avoir la possibilité de se faire soigner facilement et aux tarifs de la sécurité sociale dans son quartier. Nous lancerons un appel à projets pour la création de centres de santé de nouvelle génération dans tous les quartiers en pénurie. Nous développerons une plateforme d’appui à l’installation, à partir des dispositifs existants et en lien avec les partenaires (Agence régionale de santé, assurance maladie) pour accompagner les nouveaux médecins dans leurs démarches », explique le programme. « Nous organiserons dès le début de la mandature un « Grenelle de l’Hôpital public », afin d’associer pleinement les Parisiennes et les Parisiens, les usagers, les professionnels et les élus aux réflexions sur la place de l’hôpital public à Paris et son importance dans le parcours de soin pour tous », annonce Anne Hidalgo. Plusieurs actions sont envisagées concernant la pollution ou les perturbateurs endocriniens, etc.

Coté RDR, le programme de la mire sortante explique : « En fonction des résultats de l’évaluation de la salle de consommation à moindre risque créée en 2016 dans le 10e arrondissement, nous étendrons le réseau des salles de consommation à moindre risque pour les usagers de drogues », une formule qui reste un peu floue. Sur les questions VIH, usage de drogues et lutte contre les discriminations, Anne Hidalgo a accordé une interview à Seronet.

Danielle Simonnet (La France Insoumise), liste « Décidons Paris »

Loin derrière les quatre têtes de peloton, Danielle Simonnet (la France Insoumise) va avoir des difficultés pour atteindre les 5 % des voix. C’est le score minimal qu’il faut faire pour se maintenir, voire fusionner les listes.

La liste « Décidons Paris » est portée par Danielle Simonnet et Vikash Dhorasoo, l’ancien footballeur professionnel. Elle a publié son programme, fortement influencé par la démarche participative. Sur le volet santé, les deux représentants-es de la France Insoumise prônent d’abord une défense de l’hôpital public, notamment avec le maintien d’une partie de l’activité de l’Hôtel-Dieu, « vendu à des promoteurs immobiliers ». Les citoyens-nes qui ont participé aux propositions sur le site demandent la création de « missions de santé et d’usages d’intérêt général, élaborés avec les Parisiens-nes : hébergement d’urgence et soins aux personnes sans abri, musée et lieu de débat citoyen sur les enjeux de santé, etc. ». Ils et elles exigent également la remise en cause du plan de réorganisation de l’AP6HP, avec opposition aux suppressions de services et demande de réouvertures de lits. « Décidons Paris » souhaite valoriser « une offre de santé de qualité ». L’équipe préconise un maillage   de centres santé municipaux par arrondissement, garantissant « l’accès de tous-tes aux droits et aux soins (y compris aux personnes sans couverture maladie). Elle propose aussi « la municipalisation des centres de santé en difficulté ». Ces centres « seraient évidemment adossés aux structures hospitalières publiques pour répondre au mieux aux besoins des habitants-es ». Concernant la lutte contre le VIH, un petit paragraphe s’engage à « mettre fin à l’épidémie de VIH », via la mise en place d’au moins un centre de dépistage gratuit et anonyme par arrondissement (aujourd’hui, il y a onze Cegidd à Paris) et à « amplifier les actions de prévention ». Pas d’autres détails n’apparaissent.

Cédric Villani (sans étiquette), liste « Villani, le nouveau Paris »

Le bras-de-fer du mathématicien et député avec LREM, son ancien parti dont il a été exclu pour dissidence) et le chef de l’État, a animé le début de la campagne. Cédric Villani a engagé un dialogue avec Agnès Buzyn, depuis son entrée en piste. Bien qu’en baisse continue dans les intentions de vote, avec 7 % à 10 % selon les sondages, Cédric Villani s’accroche et prévient qu’il discute « avec les uns et les autres ». C’est sur son site de campagne qu’on retrouve son programme sur près de deux cents pages. Il est réparti en différentes entrées thématiques et seize grandes propositions. Un chapitre entier est dévolu à la santé (page 126 et suivantes) Son titre : « Vers plus de santé ». Son objectif ? « Améliorer la santé des Parisiens et Parisiennes ». Le programme est particulièrement complet avec pas moins de dix pages de mesures. La stratégie globale vise à renforcer « le maillage en offre de soins », notamment pour « lutter contre les déserts médicaux ». « Dix centres de santé polyvalents supplémentaires seront aménagés pour les Parisiennes et les Parisiens », préconise le candidat. L’idée est de pallier la baisse du nombre de médecins dans la capitale, 25% en moins entre 2012 et 2017. Il s’agit aussi d’élargir les horaires d’ouverture des structures actuelles et de faire de ces maisons de soins des structures « connectées ». Autre idée : désengorger les urgences. Comment ? En développant des « maisons médicales de garde pour diviser par deux le temps d’attente aux urgences ». Cédric Villani entend aussi faire de Paris, la capitale de la santé connectée. En la matière, l’idée est de créer un « service public de la télémédecine pour diminuer le recours aux services d’urgence ». Différentes mesures s’adressent directement aux professionnels-les de santé, ce sont, entre autres, des incitations financières aux internes pour qu’ils choisissent les centres de santé polyvalents municipaux comme terrain de stage, ou le stationnement gratuit pour les professionnels-les de santé habilités-es, etc. L’accent est mis sur la santé environnementale (lutte contre la bruit, la pollution, le mauvais air dans le métro, etc.). Axe qui dénote des autres projets : la volonté de « mieux associer les citoyens aux politiques de santé » et « investir dans la recherche ».

Le programme détaille des mesures sur le VIH et la réduction des risques (RDR). « Malgré des avancées, le nombre de Parisiennes et Parisiens vivant avec le VIH ne diminue pas. Si on peut se réjouir que pour la première fois en 2018 le nombre de personnes nouvellement diagnostiquées a diminué, l’objectif de « 3 x 90 » (…) ne sera pas atteint, comme espéré, en 2020 », explique le programme. « Pourtant, les solutions existent. Avec les associations, les patients, les chercheurs et les institutionnels, nous mettrons en œuvre les moyens nécessaires pour qu’en 2030 à Paris il n’y ait aucune nouvelle contamination par le VIH. Nous lutterons contre les inégalités et les discriminations liées au genre. Nous mènerons des campagnes de sensibilisation dans tous les quartiers, et plus particulièrement auprès des femmes, des personnes nées à l’étranger et de celles et qui ceux qui vient en situation de précarité : alors que ces populations représentent un tiers des personnes porteuses du VIH, l’incidence des nouveaux diagnostics ne baisse pas. » Autre idée, le développement de « la téléconsultation pour les personnes ayant eu un comportement à risque afin qu’elles accèdent plus facilement à la Prep». « Mieux sensibiliser et accompagner, c’est aussi délivrer davantage d’autotests et préservatifs et mieux faire connaître VIHtest : un dépistage gratuit sans ordonnance et sans rendez-vous », explique le programme, qui omet de préciser que ce projet vient de « Vers Paris sans sida », jamais cité.

Concernant la RD et l’usage de produits, le programme de Cédric Villani explique : « Il y a environ 5 000 fumeurs de crack à Paris. L’installation de salles de consommation à moindre risque présente un intérêt pour la santé des usagers de drogue, plusieurs expériences, en Suisse notamment, ont permis de le montrer et de l’évaluer scientifiquement. Elle doit également présenter un intérêt pour la tranquillité publique. Aujourd’hui, cet objectif n’est pas atteint à Paris : tous les usagers de drogue sont orientés vers le 10e arrondissement, où les problèmes de voisinage se multiplient. Le dispositif ne permet pas de répondre aux besoins. Il faut donc créer d’autres salles de consommation à moindre risque pour que les consommateurs ne soient pas tous concentrés dans un même quartier à Paris. Nous favoriserons la création d’espaces de consommation à moindre risque à l’intérieur des Caarud (centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues) existants, qui permettent un meilleur accompagnement social ».