Santé : Sarkozy maîtrise… les annonces

Publié par jfl-seronet le 28.10.2011
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politiquedépenses de santé
Pas sûr que les incantations suffisent… mais les multiples interventions thématiques du Président de la République poussent à cela. La semaine dernière, il s’agissait de parler de la formation et de l'insertion professionnelle des jeunes, la semaine d’avant des territoires ruraux… hier à Carcassonne… de la santé. On a eu droit à une annonce. Le 25 octobre , Nicolas Sarkozy a donc plaidé pour "la nécessaire maîtrise des dépenses de santé". Un sacré scoop !
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Rien de mieux que des chiffres pour résumer un contexte… Sur le site de la présidence de la République française (très classe au demeurant), on en trouve en lien avec le thème de la visite présidentielle à Carcassonne du 25 octobre : la modernisation du secteur public de la santé.
Des chiffres en voilà : 2 784, c’est le nombre d'hôpitaux en France, dont 983 hôpitaux publics. 87 000, le nombre de médecins exerçant à l'hôpital, sur un total de 209 000. Les 122 000 autres sont des médecins libéraux. 438 000, le nombre d'infirmiers exerçant à l'hôpital, sur un total de 515 000. Les 77 000 autres sont des infirmiers libéraux. 41%, la part d'hôpitaux qui présentaient des comptes en déficit en 2007. En 2010, cette part a été réduite, à 32%. 475 millions d'euros, le déficit cumulé des hôpitaux en 2007. En 2010, le déficit cumulé a été réduit à 181 millions d'euros. + 2,8%, la progression de l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie (ONDAM), c'est-à-dire du budget consacré à la santé, prévue pour 2012 (…) 11%, la part du PIB consacrée à la santé, soit plus de 200 milliards d'euros". Voilà, les "chiffres clés", ceux choisis par le gouvernement et la présidence…
Curieusement, il n’est jamais question des personnes malades. On aurait aimé savoir quel était le pourcentage du reste à charge pour les personnes malades, le nombre de consultations réalisées, le montant d’augmentation du forfait hospitalier, le nombre de fermetures de services et de lits, etc. Les chiffres, ici retenus, sont là pour faire passer deux messages : la santé publique emploie beaucoup de personnes et l’Etat ne rechigne pas à la dépense en matière de santé. "La crise n'a pas entamé l'investissement de l'Etat en faveur de la santé, de la recherche et des patients. Ce n'est pas le cas dans l'ensemble des pays européens", écrit d’ailleurs le site de l’Elysée. Une formule pour mieux lancer la doxa présidentielle : "Pour le Président, l'accroissement des dépenses de santé doit s'accompagner de réformes visant à rendre notre système de santé plus efficace et à lutter contre les gaspillages".
Credo en bouche et dogme en tête, Nicolas Sarkozy a donc plaidé le 25 octobre pour la maîtrise des dépenses de santé dans un contexte de crise en jugeant, à la veille d'un sommet européen présenté comme crucial pour l'avenir de l'euro, qu'il ne pouvait pas être "la machine à dire oui à tout le monde". Euh, comment dire ? C’est pas l’impression qu’il donne… mais bon ! "Je comprends parfaitement le côté inépuisable des besoins, mais je voudrais qu'on ait tous ensemble l'honnêteté de reconnaître que la France consacre à la santé des dépenses justifiées qu'aucun autre pays au monde ne fait", a-t-il avancé, rappelant, entre autres, à des infirmiers que le nombre d'infirmiers avait augmenté de 25% depuis 2007 pour atteindre "près d'un demi-million" aujourd'hui. "Il y a une crise, je voudrais que chacun le comprenne (...) regardez ce qui se passe dans les pays qui n'ont pas fait les efforts au moment où ils devaient les faire", a expliqué Nicolas Sarkozy. "Mon devoir de chef de l'Etat, c'est de faire droit aux demandes (...) et de les mettre dans un contexte qui ne conduira pas la France dans les affres" des autres pays européens (…) Je suis bien obligé de tenir compte des réalités, je ne peux pas être la machine à dire oui à tout le monde". Le chef de l'Etat a enfin répété sa conviction que "le financement de notre modèle social ne peut pas reposer exclusivement sur le travail des Français" et estimé, sans autre détail, qu'il faudrait trouver "d'une manière ou d'une autre d'autres sources de financement pérennes". Bref, pas grand-chose de neuf… On est bien content de savoir que le chef de l’Etat veut maîtriser les dépenses de santé. Il faudra donc attendre le programme pour savoir ce qui se cache derrière des annonces volontairement floues.

Commentaires

Portrait de frabro

Voici un petit résumé de ce qui nous attends au vu des décisions déjà prises ou en cours d'études et au regard de la baisse de la croissance déjà annoncée pour 2012 et qui a elle seule provoquera un déficit des recettes sociales égal au plan d'économie déjà constaté, ce qui veut dire que celui-ci n'aura aucun impact sur le déficit. - Le doublement de la taxe sur les mutuelles sera de 3.5 % sur nos contrats. Le report de trois mois de l'application de cette taxe ne change rien, ce n'est qu'un bref répit dans son application. - Une partie de nos médicaments dits "de confort" sera à notre charge, et la liste s'en allonge encore. Si certains sont inefficaces, d'autres sont indispensables comme pour le traitement de certains diabètes. - Le projet de Loi de financement de la sécurité sociale prévoit la création d'un nouveau secteur de dépassement d'honoraire pour les médecins, avec obligation pour les mutuelles de le prendre en charge. A votre avis, que vont faire celles-ci sinon appliquer le coût sur nos primes ? Quand à ceux d'entre nous qui n'ont pas de complémentaire maladie, ils vont avoir de plus en plus de difficulté à trouver un médecin restant dans le tarif de base de la sécu. - baisse des indemnités journalières pour ceux d'entre nous qui travaillent, car elles seront calculées d'une façon différente pour en réduire le coût. - pas d'augmentation prévue ni des salaires ni des allocations diverses en 2012, donc pas d'augmentation du pouvoir d'achat (et donc du pouvoir de se soigner). Tout ceci induit clairement le report progressif sur le privé des assurances maladies avec son corollaire inévitable : une santé à deux vitesses dans laquelle les moins favorisés d'entre nous n'auront plus accès à des soins de qualité faute de pouvoir se les payer.
Portrait de Mojito

Je trouve ce dernier parfaitement bien résumé. Salutations. Jérome.