Santé sexuelle des gays et des trans : une coalition Asie-Pacifique

Publié par Mathieu Brancourt le 15.12.2014
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Interviewtransgay

Si les traitements et la prévention existent, encore faut-il y avoir accès. Faute de politiques adaptées aux homosexuels et aux trans en matière de lutte contre la stigmatisation, nombre de pays de la région Asie-Pacifique voient l’épidémie de VIH se concentrer parmi ces populations vulnérables. Midnight Poonkasetwattana, directeur exécutif de la Coalition APCOM basée en Thaïlande, revient sur la situation et les objectifs de lutte de son organisation.

Quelle est votre position dans APCOM et quels sont les objectifs principaux de votre coalition ?

Midnight Poonkasetwattana : Je suis le directeur exécutif de la Coalition Asie-Pacifique sur la santé sexuelle masculine : APCOM. Elle rassemble onze organisations de défense (Chine, Thaïlande, Inde, Australie, etc.) des minorités sexuelles et de promotion de la santé des hommes. Notre principal objectif est de plaider pour davantage d’investissements publics sur les questions d’accès et de qualité des services de santé pour les gays et les trans dans la région.

Comment créer un plaidoyer commun en Asie et dans le Pacifique, où les situations, contextes, législations sont très différents concernant la santé sexuelle des gays ou des trans ?

Effectivement, nous travaillons de l’Afghanistan aux îles du Pacifique. Il est clair que nous faisons face à des situations variées. Déjà, afin d’atteindre les populations de cet espace immense, nous avons des représentants locaux, qui se réunissent au sein d’un bureau qui choisit des orientations stratégiques pour les années futures. Cela permet d’identifier nos grands axes de plaidoyer ; la première porte sur les revendications pour l’accès aux services de santé, enjeu global dans la région. Le second concerne l’environnement autour de ces services, avec la promotion de lois protectrices pour ces populations et luttant contre les discriminations ou les barrières à cet accès. Puis le partage et la mise en commun d’information dans la région. C’est le plus délicat car ces sujets de sexualité des gays et des trans n’ont jamais été abordés ou suivis de débats auparavant. Enfin, c’est l’idée de renforcer les capacités des personnes en les impliquant et en leur apportant des ressources documentaires qui va permettre de faire émerger un leadership régional pour défendre ces minorités grâce aux pistes dégagées de manière collective au sein de la coalition.

Quelles sont ces principales difficultés que vous rencontrez dans la lutte contre la discrimination et pour l’accès aux traitements et à la prévention du VIH et des infections sexuellement transmissibles ?

Le principal problème vient du caractère très concentré de l’épidémie, au sein de communautés dites vulnérables, comme les homosexuels masculins et les trans. Une étude de 2012 a montré que si les stratégies de lutte contre le sida ne changeaient pas en Asie-Pacifique, près de la moitié des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes sera séropositive d’ici 2020. Il y a donc urgence à franchir un cap, en matière de politique de prévention et d’information auprès des jeunes gays. L’accès aux traitements anti-VIH dans cette population demeure extrêmement faible, ce qui démontre qu’atteindre les services de santé en tant que gay reste très délicat et qu’il y a énormément de freins à surmonter avant de pouvoir les atteindre. Pour les personne trans, il y a aussi un contexte religieux qui empêche nombre de transgenres à faire reconnaître leurs droits les plus essentiels et qui entretient une forte stigmatisation à leur égard. Elles sont massivement travailleuses du sexe, plus visibles que les gays, et captent donc davantage de rejet ou de violences contre elles. Aussi, aucune recherche autour de leur accès à la santé ou aux droits et donc de leurs besoins en la matière, n’a été conduite en Asie du Sud-est.

Les antirétroviraux sont-ils globalement accessibles et si non, pourquoi ?

Les traitements VIH sont disponibles dans la région. Mais cela dépend énormément du comportement des soignants vis-à-vis des personnes qui se présentent et déclarent appartenir à ces minorités. A la conférence mondiale sur le sida de Melbourne, une présentation sur l’accès au dépistage et aux traitements dans cette zone du monde, pour les gays, a montré que ces derniers recherchent davantage la prévention et l’information au sein même de leur communauté plutôt qu’auprès de structures de santé de l’Etat. Cela montre la nécessaire réforme des politiques publiques pour que personnes concernées et soignants puissent recréer un dialogue qui doit permettre une lutte plus efficace contre le sida, grâce à une prise en charge ouverte à tous, quelque soit le genre ou l'orientation sexuelle.