Seringues : le bon exemple suisse

Publié par tofo le 14.06.2010
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programme d’échange de seringue
Des chercheurs de la cohorte sur le VIH en Suisse ont reconstitué "la façon dont le VIH s’est propagé en Suisse depuis le début de l'épidémie". Leurs données montrent que la mise en place, en 1986, de la distribution de seringues stériles a préservé de nombreuses personnes d’une contamination, et pas seulement les personnes consommatrices de drogues par injection. Les chercheurs y voient un "signal important", surtout pour les pays n’ayant toujours pas introduit la distribution de seringues" dans leurs politiques de santé publique.
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Depuis l’apparition des premiers cas de sida, au début des années 1980, en Suisse, des chercheurs, associés au Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique, cherchent à comprendre si le développement de l'épidémie obéit ou pas à certains schémas et si ces mêmes schémas diffèrent selon les groupes de personnes contaminées (hétéros, homos, personnes consommatrices de drogues, etc.). Des données recueillies depuis des années dans le cadre d'une cohorte ont permis de comprendre certains de ces mécanismes. Ces travaux ont récemment été publiés dans une revue : The Journal of Infectious Diseases.
Concrètement, les chercheurs ont déterminé le génotype du VIH chez 5 700 personnes (dont l'anonymat était respecté) ayant contracté le VIH entre 1981 et 2007. Ils sont ensuite partis de l'hypothèse que : plus les virus de deux personnes touchées présentent des similitudes, plus la probabilité est grande que l’un ait contaminé l’autre. A partir de cette idée, ils ont réussi à établir des chaînes de contamination (le passage d'un virus d'une personne à une autre).

Comme l'explique un document du Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique, les chercheurs ont découvert soixante chaînes de contamination. Certaines comportaient essentiellement des personnes consommatrices de produits qui s’injectaient de l’héroïne ou d’autres drogues par voie veineuse, ainsi que des hétérosexuels; alors que dans les autres chaînes, la transmission du virus s’était surtout faite entre homosexuels. Les chaînes avec personnes consommatrices de drogues et hétérosexuels comprenaient en moyenne 144 personnes. Dans la chaîne la plus importante, 1 051 personnes ont été infectées.  Selon les chercheurs, ce chiffre élevé s'explique : "Avec l’échange de seringues souillées, le virus passait rapidement du sang d’un toxicomane à celui d’un autre", explique un des chercheurs. Chez les homosexuels, en revanche, comme le virus se transmet par contact sexuel, la propagation s’est faite dans le cadre de chaînes beaucoup plus courtes, de 29 personnes en moyenne. Aucune chaîne n'indique que ce sont les rapports hétéros qui auraient principalement joué dans les contaminations. Cela signifie donc qu'en Suisse l'épidémie s'est développée d'une part chez les homosexuels et d'autre part chez
les personnes consommatrices de drogues par injection. Dans les premiers temps de l'épidémie, des contaminations fréquentes se sont produites avec la transmission du virus de personnes usagères de drogues à hétérosexuels, alors qu’il n’y a pratiquement pas eu de contaminations entre homosexuels et toxicomanes.

Les chiffres des chercheurs suisses montrent que les contaminations entre hétérosexuels et toxicomanes ont beaucoup diminué par la suite. Une évolution probablement due au lancement, en 1986, de la distribution de seringues stériles en échange des seringues usagées. Cette mesure a permis d’endiguer l’épidémie chez les personnes injectrices. Du coup, les hétérosexuels ont été moins nombreux à contracter le VIH. "Les programmes de distribution de seringues ont donc protégé l’ensemble de la société" avance le Fonds National Suisse de la Recherche Scientifique pour qui : "Ce résultat constitue un signal international important. En effet, si des programmes de distribution de seringues existent dans 77 pays, de nombreux autres - comme l’Islande, la Turquie et le Kosovo - ne les ont toujours pas introduits."