Seringues à Sevran : vrai problème, mauvaises solutions

Publié par jfl-seronet le 05.05.2013
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ProduitsdrogueRDR

Surprise, surprise. Le maire de Sevran, Stéphane Gatignon (Europe Ecologie Les Verts) est connu pour être un partisan de la RDR et des salles d’injection supervisées. Etait, serait-on tenter de dire, car voilà qu’à la suite de deux faits divers graves : des seringues usagées retrouvées dans la cour d’un centre de loisirs et d’une école (deux enfants se sont piqués en jouant avec), le maire entend demander l’interdiction de la distribution de seringues effectuée à l'hôpital voisin d'Aulnay-sous-Bois.

"Sevran ne peut pas rester le rendez-vous de tous les toxicos d'Ile-de-France", explique le maire, cité par "Le Figaro" (25 avril). Dans son viseur, deux boîtes situées à l'entrée de l'hôpital qui permettent depuis 2008 la distribution automatisée de "kits" de deux seringues aux usagers de drogues. Ce programme d’échange de seringues est conduit par First, une association de prévention. Stéphane Gatignon a interpellé le ministère de la Santé à ce propos. En attendant une réponse du ministère, explique "Le Figaro", la mairie de Sevran s'organise. Dans chaque école, une personne chargée d'assurer la sécurité a été dépêchée en urgence par la municipalité. La position de Stéphane Gatignon est contestée par les associations de Réduction des risques.

Dans un communiqué (25 avril), le Réseau Français de Réduction des Risques écrit : "A chaque semaine son événement, à chaque jour sa mauvaise nouvelle : des enfants qui se piquent avec des seringues, un usager qui s’injecte devant une école, et hier cinq seringues de plus découvertes dans la ville de Sevran… En attendant un prochain drame ! Les habitants de ces quartiers qui affrontent le plus dur de la crise, qui supportent les dommages liés au trafic et à l’usage dans l’espace public, souffrent de ce qui fut pendant 5 ans la mise à mal de la politique de réduction des risques. La mode était à la tolérance zéro, au refus de toute innovation et du développement du dispositif en place. Le résultat est on ne peut plus parlant : à viser un objectif aussi utopique que l’éradication de la drogue, nous récoltons l’explosion de ses dommages".

"Nous ne cesserons de répéter qu’aucune stratégie unique de guerre à la drogue ne répondra à des problèmes dont les causes sont multiples", insiste le Réseau. "Suspendre la distribution de seringues comme le demande Stéphane Gatignon, est un argument démagogique et qui ne servirait à rien d’autre qu’à augmenter localement le nombre d’usagers porteurs de virus du VIH et de l’hépatite C et à déplacer dans le quartier d’à coté les dommages actuels, suivis par les CRS appelés à la rescousse pour rassurer la nouvelle population excédée. L’aveuglement et la pensée unique s’oppose à des réponses équilibrées comme la mise en place de poubelles récupératrices, le développement d’équipes de médiations et de ramassage, et celui d’espaces de consommation sécurisés où un premier travail d’éducation peut se faire avec les usagers les plus en rupture (…) Aux hypocrites qui refusent la mise en place de salle de consommation au nom de l’exemple donné à la jeunesse, faut-il demander si les enfants de ces quartiers méritent de jouer avec des seringues ?"

"Aux donneurs de leçon affirmant "qu’il n’y a qu’à soigner les toxicomanes", même de force, faut-il rappeler les étapes nécessaires pour reprendre le contrôle d’un comportement de dépendance et la catastrophe sanitaire des années 90 avec le sida ?", interroge le réseau. "Nous demandons une relance de la politique de réduction des risques avec la mise en place de diagnostiques locaux, l’expérimentation de plusieurs salles de consommation à moindre risque, et le développement du dispositif existant (notamment la médiation) partout ou cela est nécessaire".

De son côté, l'Agence régionale de santé (ARS) a fait valoir jeudi 25 avril qu'il n'y avait pas de distribution spécifique et massive de seringues stériles à des usagers de drogues à Aulnay-sous-Bois, comme le laisse entendre Stéphane Gatignon dans ses interviews. En 2012, 13 282 kits (soit environ 26 000 seringues) ont été distribués par l'association First, installée dans l'enceinte de l'hôpital Robert-Ballanger d'Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), indique l’AFP. Ce chiffre a fortement augmenté ces derniers temps, passant à 3 000 seringues par mois en février et mars. Il n'y a pas de politique particulière pour en distribuer plus qu'ailleurs, a assuré Bernard Kirschen, délégué territorial de l'Agence régionale de santé (ARS) en Seine-Saint-Denis, contacté par l'AFP. Il s'agit de niveaux très inférieurs à ce qu'on peut avoir à Paris intra-muros où plus de 350 000 seringues ont été distribuées en 2011, souligne-t-il. Bernard Kirschen rappelle par ailleurs que comme l'association First, financée à 100 % par l'ARS, trois autres Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction de risques pour usagers de drogues (CAARUD) existent en Seine-Saint-Denis, à Montreuil, Bondy et Saint-Denis. Ces associations reçoivent des personnes consommatrices de drogues, organisent des maraudes, avec pour mission de les aider sur des questions sociales, d'hébergement ou de santé. L'une de leurs attributions réglementaires est de distribuer des seringues stériles afin d’éliminer les risques d’infection par le VIH et le VHC.

Commentaires

Portrait de frabro

M le Maire de Sevran semble être à la dérive, appellant un jour à la légalisation du cannabis, un autre jour soutenant les salles de consommation, le lendemain à la suppression des automates distribuant des kits stériles...

Et puis, les municipales approchant, il est peut être utile pour se faire réélire de faire du populisme...Ou tout au moins du médiatique, comme sa grève de la faim pour obtenir un aide spéciale de l'état il y a quelques années.

De la part d'un élu  ce comportement est irresponsable.

PS : "ce n'est pas la faute de la girouette si elle tourne, c'est parce qu'il y a du vent" !