Sexisme, le fléau a la vie dure !

Publié par jfl-seronet le 25.01.2023
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On pensait que les choses allaient dans le bon sens, que les consciences s’éveillaient et que le sexisme — avec sa cohorte d'effets délétères — baissait. Ce n’est hélas pas le cas comme l’explique et le dénonce le 5e rapport annuel sur l’état du sexisme en France que le Haut Conseil à l’Égalité publie à l’occasion de la journée nationale de lutte contre le sexisme, le 23 janvier.

Le constat est dur :  « Le sexisme ne recule pas en France. Au contraire, il perdure et ses manifestations les plus violentes s’aggravent », explique un communiqué du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) (23 janvier). Ce constat, il est tiré du rapport annuel 2023 de l’institution. Ce document s’appuie d’une part sur les derniers chiffres officiels et d’autre part sur les résultats du baromètre réalisé par l’institut Viavoice auprès de 2 500 personnes représentatives. Le Baromètre est un sondage qui entend rendrecompte « des perceptions de la société face aux inégalités entre les femmes et les hommes », évaluer le « degré de sexisme de la population » et aussi de resituer le vécu des femmes, tout en évaluant l’adhésion aux outils de lutte existant. Le rapport a été remis le 23 janvier au chef de l’État, par la présidente du HCE, l’ancienne journaliste politique, Sylvie Pierre-Brossolette.

Le rapport

Eh bien, en « dépit d’une sensibilité toujours plus grande aux inégalités depuis Me Too », que les « clichés et les stéréotypes sexistes perdurent ». L’opinion publique est, du reste, paradoxale puisqu’elle reconnaît et déplore l’existence du sexisme, mais ne le rejette pas en pratique, majoritairement chez les hommes. Pour le HCE, la persistance du sexisme dit « ordinaire » est d’autant plus préoccupante qu’elle peut conduire aux manifestations les plus violentes ».

Les chiffres, côté hommes

On pouvait imaginer que les comportements sexistes sont le fait des hommes âgés. C’est plus compliqué et plus alarmant, explique le rapport. Si les hommes de plus de 65 ans sont effectivement plus « conservateurs », attachés à des rôles genrés stricts, le HCE observe aussi des « clichés masculinistes » chez les moins de 35 ans ; ce qui n’est pas un bon signe. En fait, on constate des « réflexes masculinistes » chez les jeunes hommes. Par exemple : un quart estime qu’il faut parfois être violent pour se faire respecter ! Autre exemple, l’image des femmes véhiculée par la pornographie est jugée problématique par la moitié d’entre eux contre 79 % des 65 ans et plus. Par ailleurs, tous âges confondus, 40 % des hommes trouvent normal que les femmes s’arrêtent de travailler pour s’occuper de leurs enfants.

Les chiffres, côté femmes

Selon les données du rapport, 80 % de femmes disent avoir l’impression d’avoir été moins bien traitées en raison de leur genre au cours de leur vie. Par ailleurs, 14 % déclarent avoir déjà subi « un acte sexuel imposé », et plus largement 37 % disent avoir vécu des situations non consenties dans les rapports sexuels, dont un rapport non protégé devant l’insistance de leur partenaire (12 %), non consenti sous l’effet de l’alcool ou de la drogue (7 %). Le sexisme conduit à des renoncements quotidiens, pour 9 femmes interrogées sur 10 : la moitié renonce à sortir ou faire des activités seules ou à s’habiller comme elles le souhaitent ; 8 sur 10 ont peur de rentrer seules chez elles le soir.

Paradoxes et analyses

Les hommes peinent « à se sentir concernés », ne se sentent pas personnellement responsables de conduites sexistes, voire pour un quart d’entre eux, pensent qu’on « en fait trop sur les agressions sexuelles ». Et comme nous ne sommes pas à un paradoxe près, en « même temps, [hommes et femmes] estiment ensemble, à une écrasante majorité, que l’action des pouvoirs publics est insuffisante » contre le sexisme ! De façon générale, les Français-es n'ont pas confiance dans les pouvoirs publics pour prévenir et lutter contre le sexisme. Le gouvernement est le dernier des acteurs de confiance cités pour lutter contre le sexisme. Les médecins et les associations spécialisées recueillent plus de confiance (respectivement 65 % et 73 %).

Globalement, le HCE met en garde contre une « situation qui s’aggrave avec l’apparition de phénomènes nouveaux : violence en ligne, virulence accrue sur les réseaux sociaux, barbarie dans de très nombreuses productions de l’industrie pornographique, affirmation d’une sphère masculiniste et antiféministe ». « Le sexisme ordinaire fait le lit du sexisme violent. Pour lutter contre, il faut prendre des mesures qui influent sur les mentalités dès le plus jeune âge : une massive action d’éducation, réguler le numérique », a défendu Sylvie Pierre-Brossolette, interrogée par l’AFP.

Les propositions du HCE

Parmi les « mesures clés » identifiées par le HCE, la « régulation des contenus du secteur numérique pour lutter contre les stéréotypes, les représentations dégradantes et les scènes de violences désormais banalisées sur Internet, en particulier dans les vidéos pornographiques ». L’institution propose aussi la création d’une « Haute Autorité indépendante pour lutter contre les violences sexistes en politique », après les scandales qui ont secoué différents partis politiques l’an dernier. Elle recommande aussi de renforcer les « moyens financiers et humains de la justice pour des juridictions chargées de traiter des violences intrafamiliales, à l’instar de l’investissement espagnol ». Le gouvernement a confié au Parlement une mission sur de telles juridictions spécialisées. Pour changer les mentalités, le HCE recommande d’interdire la publicité pour les jouets genrés et de conditionner le versement d’argent public à une contrepartie en termes d’égalité, par exemple en termes de formation, pour les entreprises. Comme on le voit, les pistes concernent différents champs et domaines, une façon de montrer que le sexisme est partout, tout le temps et qu’il doit être combattu partout et tout le temps !

 

Des données qui claquent !
93% de la population constate des inégalités de traitement entre hommes et femmes : une immense majorité des Français-es estime qu'hommes et femmes ne sont pas traités-es de manière égalitaire dans au moins une sphère sociale : au travail, dans l'espace public, à l'école ou en famille.

Un Français sur cinq estime que le monde professionnel est égalitaire : seuls 20 % des Français et Françaises estiment que « les femmes et les hommes y sont égaux en pratique ». Ce score en baisse de trois points par rapport à l'an dernier, note le HCE. Dans le détail, plus d'un tiers des femmes (37 %) affirment avoir déjà subi des discriminations sexistes dans leur choix d'orientation professionnelle et à poste ou compétences égales, 23 % des femmes ont déjà vécu un écart de salaire avec un collègue homme. Ce taux grimpe à 34 % pour les cadres, dont une sur cinq considère avoir déjà été discriminée au travail.

Médias, les femmes ne représentent que 36 % du temps de parole : 36 % de temps de parole pour 43 % de présence à l'antenne pour les femmes, note le HCE. Certes la visibilité des femmes augmente d'année en année à la télévision et à la radio, mais les « femmes parlent structurellement moins qu'elles ne figurent à l'écran », note le Haut Conseil à l’Égalité. Seules 32 % des femmes considèrent les médias comme un espace égalitaire.

80 % des femmes disent avoir déjà été victimes de sexisme : les femmes sont aussi nombreuses que l'an dernier à déclarer avoir personnellement vécu des situations sexistes (80 %). Celles-ci ont principalement lieu dans « les sphères perçues comme particulièrement inégalitaires » : la rue et les transports (pour 57 %), le foyer (49 %), ou le monde du travail (46 %).

41 % des jeunes femmes ont vécu des situations inégalitaires à l'école ou durant leurs études : 41 % des femmes de 15 à 24 ans déclarent avoir été « moins bien traitées » en raison de leur genre durant leurs études. Pas glorieux : seulement 6 % de l'ensemble de la population a totalement confiance en l'école et en l’université pour prévenir les actes et violences sexistes, note le rapport du HCE.

Quatre jeunes femmes sur cinq considèrent qu'il est difficile d'être une femme dans la société actuelle : ce constat est plus fort chez les femmes de 15 à 24 ans que dans le reste de la population féminine, explique le HCE. Hommes et femmes confondues, les Français-es sont 55 % à considérer qu'il est « difficile » d'être une femme dans la société actuelle, alors que 20 % considèrent qu'il est « difficile » d'être un homme.

Plus d'un tiers des femmes ont vécu une « situation de non-consentement » : 37 % des Françaises ont déjà vécu une « situation de non-consentement ». Dans ce domaine, l'écart de perception entre hommes et femmes est frappant. Seuls 73 % des hommes considèrent comme problématique le fait d'insister pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe, et seuls 12 % déclarent l'avoir déjà fait.

15 % des femmes frappées par leur partenaire ou ex-partenaire : ce sont pas moins de 15 % des femmes interrogées qui ont déjà subi des coups portés par leur partenaire ou ex-partenaire, et le taux monte à 20 % pour les 50-64 ans, soit une femme sur cinq.

23 % des jeunes hommes considèrent qu'il faut parfois être violent pour se faire respecter : pour le HCE, il est « urgent de tenir compte des résultats concernant la génération des 25-34 ans », parmi laquelle 23 % des hommes considèrent qu'il faut parfois être violent pour se faire respecter — contre 11 % de la population masculine totale.

14 % des Français-es n'ont jamais entendu parler de #MeToo : si 83 % de la population a déjà entendu parler des mouvements #MeToo ou #balancetonporc (en hausse de deux points par rapport à l'an dernier), 15 % des Français « ne voient pas très bien de quoi il s'agit » et 14 % n'en ont jamais entendu parler.



Une campagne du HCE
Une grande campagne de sensibilisation aux enjeux du sexisme et aux moyens d’y remédier a été lancée à l’occasion de la publication du rapport du HCE. Elle s’accompagne d’une semaine événementielle. La campagne a pour slogan : « Le sexisme on ne sait pas toujours quand ça commence mais on sait comment ça se termine » ; elle est diffusée sur les télés et radios. De plus, la campagne propose un site « expérientiel » qui propose notamment une fiction sonore en cinq séquences pour illustrer le continuum des violences, du sexisme ordinaire au féminicide.