SFLS 2022 : briser les frontières !

Publié par Rédacteur-seronet le 21.11.2022
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Conférences

Vendredi 18 novembre, l’édition 2022 du congrès de la SFLS s’est clôturée sans fanfare, ni annonce particulière. En organisant ce congrès à la lisière de la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de l’hexagone et aussi le plus touché par l’épidémie de VIH après Paris, la SFLS a démontré la nécessité de briser certaines frontières. Qu’elles soient professionnelles, géographiques, culturelles, sexuelles, sociale, etc., ces frontières sont autant de freins politiques et systémiques à la fin de l’épidémie de VIH.

Le dernier jour du 23e congrès de la SFLS a proposé, en démarrage, une session de communications orales sur des thèmes très variés (de l’épidémiologie du VIH à repenser en temps de crise du Monkeypox, à la situation des personnes perdues de vue en Guyane) ; objectif : explorer le thème de cette édition : aller au-delà des frontières… tous domaines confondus.

Prep en ville : le ressenti des généralistes

Vendredi 17 novembre, 8h15, une salle quasi vide pour les premières communications orales qui sont des présentations et discussions de posters sélectionnés par la SFLS. Et c’est regrettable car cette session permet de mettre en lumière des initiatives vraiment intéressantes. Premier poster présenté par Caroline Leroy (faculté de médecine de Lille) sur les ressentis des médecins généralistes des Hauts-de-France suite à l'extension de la primo-prescription de la Prep à tous-tes les médecins. Une enquête qui a eu lieu entre mai 2021 et février 2022 avec des entretiens menés avec douze médecins généralistes. Après analyse du verbatim, il est ressorti que la Prep est accueillie avec attrait par les médecins généralistes et représente une nécessité et une opportunité d’ouvrir le dialogue sur la santé sexuelle ainsi qu’une porte d’entrée vers le dépistage du VIH et des IST. La Prep reste, cependant, une pratique encore peu mise en place, en partie par méconnaissance théorique et pratique. Sur les douze médecins, un seul était réfractaire à la prescrire pour des raisons « morales ». Les médecins généralistes restent optimistes sur l’avenir de la Prep et persuadés que le temps est un facteur clé dans son implantation.

Causes de décès des PVVIH pendant la Covid

Pierre Sellier (AP-HP, hôpital Lariboisière) a présenté une étude observationnelle des causes des décès chez les personnes vivant avec le VIH (PVVIH) avant et au cours de la pandémie de Covid-19 en Île-de-France. Parmi 12 531 personnes suivies entre 2020-2021, 186 décès sont survenus soit 7,4 pour 1 000 habitants-es. Une mortalité qui a presque doublé quand on compare avec la période entre 2011 et 2015 (4,2 pour 1 000 habitants-es). L’augmentation de la mortalité est due en partie à la pandémie de Covid-19. Les PVVIH décédées étaient plus âgées, plus souvent hétérosexuelles que lors de la période 2011-2015. Les pathologies respiratoires, incluant les pneumonies (principalement liées à la Covid-19) représentent pratiquement 25 % des causes de décès et sont la deuxième cause, après les cancers non-classant sida non liés aux hépatites virales (30 % des décès). Les cancers « non-classant sida » sont des tumeurs malignes ne définissant pas le sida (ou non-aids-defining cancers : NADCs). Ces dernières années, l’incidence de ces tumeurs (maladie de Hodgkin, cancer bronchique, certains cancers cutanés dont le mélanome, le cancer du canal anal, myélome et leucémies, cancer du foie) souvent agressives et à pronostic plus négatif est apparue plus élevée qu’en population générale.

Consultation prénatale pour les pères

Clotilde Trevisson (Cegidd du CH André Grégoire et CDPS, Montreuil) a présenté un focus sur les participants au projet Partage nés en Afrique subsaharienne (ASS) : une meilleure acceptation de la consultation prénatale paternelle. La recherche-action Partage (Prévention, Accès aux droits, Rattrapage vaccinal, Traitement des Affections pendant la Grossesse et pour l’Enfant) a proposé une consultation prénatale à tous les pères d’enfants à naitre à l’hôpital de Montreuil (93), entre janvier 2021 et mai 2022. Au total, 392 hommes nés en Afrique subsaharienne, impliqués dans la grossesse et vivant en Île-de-France (IDF) ont accepté de participer à la recherche et ont été reçus en consultation prénatale. Parmi les participants, 224 ont reçu une injection de vaccin, 20 % ont été orientés vers un-e assistant-e social-e et/ou un-e médiateur-rice en santé, 9 % vers une médecine de premier recours et 8 % en service de maladies infectieuses. Parmi les pathologies diagnostiquées grâce à ces consultations, 38 hépatites B,  23 bilharzioses (une maladie parasitaire provoquée par des vers), une hépatite C active, deux syphilis, 4 chlamydias et 13 pathologies cardio-métaboliques. En conclusion, les hommes nés en Afrique subsaharienne se sont largement emparés de cette nouvelle offre qui a constitué une porte d’entrée dans le soin chez des hommes souvent précaires et éloignés du système de soins.

L’épidémie VIH en Île-de-France

La Dre Fabienne Caby (infectiologue au Centre hospitalier Victor-Dupouy, Argenteuil) a présenté l’étude Coincide (CartOgraphies INfra-départementales des nouveaux diagnostiCs d’infection à VIH en Île-de-France). L’Île-de-France (IDF) est une région clé de l’épidémie de VIH en France où se concentrent 42 % des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) non diagnostiquées. Le but de cette étude observationnelle était de réaliser des cartographies des PVVIH nouvellement diagnostiquées dans cette région. Les données de cette étude sont issues de 52 centres des cinq Corevih IDF. Sont inclues les PVVIH majeures, diagnostiquées entre 2014 et 2021, résidant en IDF lors du diagnostic. Au total, 10 827 personnes ont été diagnostiquées séropositives au VIH en IDF entre 2014 et 2021. La moyenne d’âge des personnes était de 36 ans. Il y avait 68 % d’hommes (7 331), 31 % de femmes (3 327) et 1 % de personnes trans (168). L’orientation sexuelle était hétérosexuelle pour 54 % des personnes (5 544), HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) pour 43 % (4 434) et inconnue pour 543 personnes. Au total, 68 % des personnes diagnostiquées séropositives en Île-de-France entre 2014 et 2021 étaient nées à l’étranger. En détail, cela concerne 28 % de femmes, 19 % d’hommes hétérosexuels, 14 % de HSH et 1 % de personnes trans. Le taux moyen de CD4 au moment du diagnostic était de 352 CD4/mm3, mais 48 % des personnes étaient diagnostiquées à un stade tardif (inférieur à 350 CD4/mm3) et 27 % à un stade avancé de l’infection (moins de 200 CD4/mm3 ou stade sida) ce qui sous-entend une infection qui remonte à plusieurs années. La proportion de diagnostics tardifs est de 45 % à l’échelle nationale. Ce taux monte à 51 % dans le 93 avec un pic dans les communes de Montreuil et Romainville (62 %) et Livry-Gargan (70 %). Les personnes diagnostiquées en stade sida en IDF sont majoritairement nées en Afrique subsaharienne (76 % à Montreuil, 74 % à Villepinte, 65 % à Bagnolet). Enfin, 20 % des personnes avaient un logement précaire (SDF ou hébergées chez un tiers). L’étude montre qu’en IDF, l’épidémie de VIH se concentre sur quatre départements : Paris (75) avec 33 % des nouveaux cas, la Seine-Saint-Denis (93) avec 17 %, le Val-de-Marne (94) avec 11 % et les Hauts-de-Seine (92) avec 11 %. Les populations clés varient beaucoup selon les départements. La proportion de femmes va de 22 % à Paris à 41 % dans le 91 (Essonne) tandis que la proportion de HSH va de 22 % dans le 91 (Essonne) à 52 % à Paris. La proportion de personnes nées à l’étranger va de 57 % à Paris et dans le 92 à 69 % dans le 91, le 93 et le 95 (Val-d’Oise). Ces données permettent d’identifier les territoires clés avec des proportions de nouveaux diagnostics notamment tardifs. Des informations qui pourraient permettre d’aider à ajuster les stratégies de dépistage et de prévention en Île-de-France.

Qui prend la Prep en Seine-Saint-Denis ?

La Prep atteint-elle les populations les plus précaires en Seine-Saint-Denis (SSD) ? C’est à cette question que s’est intéressée le Dr Thomas Huleux (infectiologue à Tourcoing) lors de la présentation de son poster. À partir d’une extraction des données des consultations Prep du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis de 2019-2021 (logiciel Nova), il apparait qu’un-e consultant-e sur quatre est originaire d’un pays étranger ; cependant le public précaire est peu représenté au sein des consultations Prep de SSD et les femmes exposées au VIH sont absentes de ces consultations. Le profil des usagers-ères dans le 93 demeure majoritairement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) à 94 %, assez jeunes (moyenne d’âge de 34 ans) et qui ont une activité professionnelle (65 %). Par ailleurs, moins de 1% des usagers-ères de Prep en Seine-Saint-Denis bénéficient de l’Aide médicale d’État (AME), ce qui montre que les personnes les plus précaires n’ont pas accès à cet outil de prévention. Pour le Dr Huleux, il faut « sortir de nos murs » et diversifier l’offre de Prep auprès des populations les plus précaires et notamment aux femmes nées en Afrique subsaharienne. Cela doit passer par des partenariats avec les centres médicaux-sociaux, les PASS de villes et des associations comme Médecins du Monde.

Observance des ARV injectables

Les nouveaux traitements antirétroviraux injectables à effet longue-durée à destination des personnes vivant avec le VIH sont une alternative aux traitements par voie orale, parfois vécus comme contraignants pour les personnes. Cependant, l’intervalle de huit semaines, relativement strict, entre les injections d’ARV a imposé la mise en place d’outils, présentés par Gabrielle Robineau du CHRU Nancy. Des fiches synthétiques ont été conçues à destination des professionnels-les de santé sur le modèle des fiches médicaments. Elles incluent notamment les modalités de prescriptions et les possibles effets indésirables. Pour la personne recevant le traitement, il s’agit d’un carnet de suivi assurant la traçabilité des rendez-vous et la procédure à mettre en place si elle ne peut pas se déplacer à l’hôpital pour les injections. L’utilisation de ces outils pédagogiques vise à soutenir l’efficacité de ces nouvelles bithérapies injectables vectrices de bénéfices pour la qualité de vie de certains-es patients-es.

VIH en Guyane

La Guyane est le département français le plus touché par l’épidémie de VIH où la rupture de suivi des personnes vivant avec le VIH est un frein important à la lutte. Clément Pascal a présenté une étude portée par l’Hôpital  de l’Ouest guyanais à Saint-Laurent du Maroni, le Corevih Guyane et l’Inserm. Elle vise à identifier les facteurs amenant ces personnes à être « perdues de vue ». Les informations de patients-es ayant reçu au moins une consultation et avec qui le contact a été rompu pendant plus de douze mois ont été examinées. De plus, de multiples appels téléphoniques ont été réalisés pour renouer le contact avec ces personnes et créer ainsi une reprise du lien avec le suivi médical et le système de soins. Cette initiative a été peu fructueuse, soulignant la pertinence de l’étude. Celle-ci révèle cinq facteurs favorisant la perte de vue : l’âge (inférieur à 30 ans), l’éloignement géographique, l’absence de couverture maladie, l’ancienneté du diagnostic et l’absence d’introduction de traitement antirétroviral. En revanche, une grossesse en cours et un suivi supérieur à trois ans favorisent le maintien du lien.

Autre temps forts de cette dernière journée, une section « Incoutournables » ; celle proposée le matin a fait le point sur les traitements et autres actualités thérapeutiques et les comorbidités.

Actualités thérapeutiques et nouveaux traitements

Suite à la conférence de Glasgow qui s’est tenue, fin octobre, sur l’actualité thérapeutique du VIH, de nouvelles recommandations ont été évoquées. Le Dr Romain Palich (infectiologue, AP-HP, Pitié-Salpêtrière) a rappelé, d’une manière claire et très efficace, que les nouveaux traitements pour les patients-es naïfs-ves (personnes n’ayant jamais pris de traitements anti-VIH auparavant) sont souvent le Biktarvy en trithérapie et le Dovato en bithérapie ; Genvoya ne faisant plus partie des recommandations européennes en initiation de traitement. Pour les personnes qui ont déjà un contrôle virologique stable, le traitement par Juluca et Dovato en bithérapie per os (prise orale), et le cabotégravir/rilpirivirine en injectables sont recommandés en switch.

Ce qui n’est pas recommandé au niveau européen, mais poussé par les recherches françaises comme celle faite avec l’essai de l’ANRS|MIE Quatuor est l’allègement thérapeutique à 4 jours sur 7 jours de traitement. Des études observationnelles complémentaires incluant des traitements qui n’étaient pas dans cette étude, démontrent aussi une efficacité observée de 4 jours consécutifs sur 7 avec Biktarvy et Desltrigo. Concernant les effets indésirables, les études proposées démontrent une prise de poids franche lors d’une prise de TAF (Ténofovir alafenamide). La tolérance du traitement est très bonne, mais il est très important d’évoquer cette potentielle prise de poids avec la personne. Concernant les traitements injectables, des études en vie réelle, avec trois ans de données, confortent ce traitement comme efficace et démontre un succès virologique important. Il y avait des données remettant en question l’impact de la surcharge pondérale, mais il a été évoqué, dans les dernières données, une question d’administration à adapter chez les personnes avec un IMC (indice de masse corporelle) élevé (aiguille plus grande… pour mieux pénétrer les tissus), mais cette bithérapie est aussi efficace chez ces personnes.

Des données intéressantes présentent aussi Dovato comme une bithérapie efficace, pour des personnes naïves de traitement ou de switch chez des patients-es déjà traités-es.

Lenacapavir, le premier inhibiteur de capside, n’est pas encore commercialisé en France, mais se montre déjà intéressant selon les essais cliniques. Le Lenacapavir se présente sous forme d’injection sous cutanée, à faire tous les six mois. Il est toujours relié avec des antirétroviraux d’autres classes thérapeutiques sous d’autres formes galéniques (en prise orale quotidienne). Son originalité permettra d’être une opportunité pour les personnes qui ont des virus multirésistants, d’avoir une nouvelle classe thérapeutique à utiliser pour traiter leur virus.

Un autre traitement en cours d’évaluation est l’islatravir : le premier inhibiteur nucléosidique de la translocation de la transcriptase inverse. Il y avait eu un stop dans les essais car ce dernier s’est avéré toxique pour les lymphocytes. Il semblerait que la baisse des lymphocytes alors constatée soit en lien avec la dose d’Islatravir administrée. C’est pour cela que les essais ont pu reprendre avec des doses plus basses du traitement. Il est utilisé dans plusieurs essais en injectable ou en comprimé. Avec une volonté de le commercialiser dans le cadre d’un traitement Prep, mais aussi pour le traitement du VIH.

VIH et comorbidités

La présentation du Dr Alain Makinson (infectiologue, CHU de Montpellier) a mis en lumière les comorbidités associées au VIH. Des chiffres d’estimation d’une baisse de 30 % des infections par le VIH représenteraient d’ici 2030 un total de 195 246 PVVIH en France. Sur ce nombre, 42 % auraient plus de 60 ans et 17 % plus de 70 ans. On comprend donc que la gestion des comorbidités, le mieux vieillir avec le VIH ainsi que l’approche gériatrique (pour les personnes de 70 ans et plus) seront des enjeux majeurs de la prise en soin des PVVIH, dans l’avenir.

La comorbidité associée au VIH comprend une importante prévalence de certains cancers. On retiendra majoritairement les cancers de l’anus, souvent liés au papillomavirus humain (HPV). La présence d’une souche cancérigène, le HPV 16, est très présente chez les HSH et nécessite donc d’avoir un dépistage régulier réalisé par un spécialiste de la santé anale, afin de réduire les risques de cancer. Il existe un vaccin contre les HPV cancérigènes : le Gardasil 9. Il est recommandé chez les personnes HSH de moins de 26 ans.

Le deuxième cancer le plus important est celui du poumon. Les PVVIH sont souvent plus exposées à la consommation de tabac. Cette dernière induit des risques de cancers du poumon, mais aussi majore les risques cardiovasculaires qui sont déjà plus élevés par l’acquisition du VIH. On observe ici un cumul de vulnérabilités. Il est important que le sevrage tabagique soit proposé et accompagné dans le suivi des PVVIH.

Des études ont montré la présence de lymphomes de Kaposi chez des PVVIH ayant une charge virale indétectable et des CD4 en moyenne au-dessus de 600. On notera que cela reste chez une population vieillissante et pourrait être en lien avec la notion d’immunosénescence (processus de détérioration du système immunitaire au fil du temps). Il est donc important de bien sensibiliser les professionnels-les de santé et les PVVIH pour qu’ils-elles observent toutes problématiques cutanées suspectes apparaissant.

Plusieurs études, dont celle de l’ANRS|MIE HAND et Spetavih, ont fait émerger des données concernant une augmentation des troubles cognitifs, une prise de poids avec certains ARV et aussi une fragilité liée à l’âge, mais aussi au VIH. Il est important de faire de la prévention sur les facteurs comportementaux des PVVIH afin de limiter la progression de comorbidités.

On retiendra de cette présentation, un enjeu important de la prise en charge des comorbidités par les soignants-es qui suivent les PVVIH dans leurs parcours de soin. Il faut que les personnes se fassent plus vacciner contre le HPV, et les associations doivent pousser dans ce sens afin que la limite d’âge du vaccin Gardasil 9 puisse être augmentée (actuellement de 26 ans chez les HSH), voire enlevée des textes réglementaires.

Au-delà des frontières… internationales

Il fallait bien que la dimension internationale soit abordée lors de ce congrès, même si ce périmètre est surtout dévolu, habituellement, à la conférence francophone Afravih. Reste qu’il était important que le congrès ouvre les horizons et la réflexion. C’est ce qui a été fait avec trois présentations, dont l’une de Rodrigue Koffi (Réseau Grandir ensemble) qui a fait un retour d’expériences des bénéfices de la paire éducation auprès d’adolescents-es et de jeunes dans l’accès aux services de santé dans le VIH. Pas de surprise, cela marche bien et doit s’articuler en complémentarité avec le secteur médical. De son côté, Joseph Larmarange (IRD) est intervenu sur les enjeux de la santé sexuelle. Pour lui, c’est la Prep qui a ramené l’intérêt vers la santé sexuelle ; mais les besoins en santé sexuelle concernent aussi les personnes vivant avec le VIH. Il a livré quelques messages forts, comme le fait que « la charge mentale de la santé sexuelle ne doit pas reposer uniquement sur les femmes » comme c’est trop souvent le cas. Il a aussi défendu le droit au plaisir, le droit à une sexualité épanouie et sécurisée, constatant que le « plaisir sexuel » était souvent « l’angle mort des recherches qui mettent l’accent sur les pratiques à risque » par exemple pour les études portant sur les HSH ; quant aux femmes, la question du plaisir sexuel n’est quasiment jamais traitée.

Santé mondiale et VIH

La santé mondiale est une notion à multiples dimensions. Au départ, il s’agit d’une nouvelle approche de la santé en lien avec la mondialisation ; ce phénomène d’interdépendance planétaire entamé, il y a 30 ans et qui a joué comme une « compression du temps et de l’espace ». Lors de son intervention, Stéphanie Tchiombiano (Paris 1, Panthéon-Sorbonne) a expliqué qu’il était important de penser les effets de la mondialisation sur la santé. Pourquoi ? Parce que ce qui se passe ailleurs à des conséquences chez nous. Pour la chercheuse, on peut identifier cinq impacts.

Le premier est la mondialisation des pathologies avec la commercialisation des animaux, la diffusion des maladies inter-espèces… Le deuxième est la mondialisation des soins : se faire soigner à l’étranger parce que les services sont meilleurs, parce que c’est moins cher, parce qu’on ne peut pas y accéder dans son pays d’origine, etc. Il s’agit d’un marché en forte croissance. À cela s’ajoute la mondialisation de l’information. Nous avons désormais la capacité d’avoir une vision globale de la santé mondiale, avec des infos presque en temps réel et standardisées (ce qui permet une comparaison d’un pays à un autre…). Cette grande circulation a considérablement modifie notre rapport au monde. Autre mondialisation : celle de la circulation des médicaments avec les marchés clos, le marché mondial, etc. Enfin, la mondialisation a induit la mobilité des professionnels-les de santé (augmentation des échanges, reconnaissance des diplômes obtenus à l’étranger…) : un médecin sur dix exerçant aujourd’hui dans la zone OCDE a eu son diplôme hors de la zone OCDE. Ces phénomènes s’opèrent par le développement des moyens de transport et de communication et, donc, une plus grande mobilité des personnes de par le monde. Autre constat, la mondialisation continue aujourd’hui largement de creuser les inégalités. Les problématiques de santé émergentes s’imposent donc indéniablement à l’échelle internationale, laissant les États dans l’incapacité de gérer les crises de manière isolée : aucun pays ne peut, seul, gérer une pandémie. On l’a vue avec le VIH, puis la Covid-19 et le Monkeypox dans une moindre mesure. L’épidémie de VIH illustre bien ce phénomène puisque la pandémie est un « enjeu de santé mondiale ». « Le VIH a quelque part inventé la santé mondiale », a d’ailleurs expliqué Stéphanie Tchiombiano ; citant la réponse mondiale suscité par la survenue de cette épidémie, par exemple avec la création d’organisations comme l’Onusida ou encore le Fonds mondial. Son intervention a rappelé que la fin de l’épidémie repose fortement sur un enjeu de coopération internationale.

Caumes : la SFLS réagit

On avait parlé des affiches placardées au centre de congrès interpellant Pr Éric Caumes et ses propos contre la Prep. Seronet a posé la question en conférence de presse, « Nous étions tous évidemment choqués par ces propos mais pour ne pas faire plus de promotion au livre d’Éric Caumes, nous avons décidé de répondre par un article scientifique qui montre l’intérêt et l’efficacité de la Prep » a déclaré, le Dr Hugues Cordel (Hôpital Avicenne, Bobigny), le nouveau président de la SFLS. De son côté, le professeur Gilles Pialoux (Hôpital Tenon, AP-HP) a rappelé la publication d’un droit de réponse sur vih.org. Un peu plus tard, le Dr Cordel est rapidement revenu en séance plénière sur ce qu’avait décidé la SFLS, une condamnation qu’on pourra jugée mezzovoce des propos de Caumes et une réponse « scientifique » au détracteur de la Prep publiée sur les réseaux sociaux il y a quelques jours : « Repères biblio @sfls_vih : La PrEP confirme son efficacité en vie réelle.

L'accompagner d'une aide à l'observance chez les jeunes et les personnes en situation de vulnérabilité socio-économique ». Bref, une opposition aux propos (fonds comme forme) de Caumes, mais à la publicité modeste.

Prochain Congrès à Tours, en décembre 2023

Le Dr Guillaume Gras, médecin infectiologue à Tours, et Catherine Aumond, présidente de la région AIDES Centre Val-de-Loire et trésorière nationale de AIDES ont pris le relais en qualité de président et de vice-présidente du 24e congrès de la SFLS. Il se tiendra du 6 au 8 décembre 2023 au palais des Congrès de Tours et aura pour thème la transdisciplinarité. Sur grand écran, les hôtes de ce futur rendez-vous médical et militant ont proposé une définition de ce mot, comme un cadre de réflexion aux futurs travaux : « Démarche scientifique qui dépasse les frontières d'une discipline » ou encore « Posture scientifique et intellectuelle ayant pour objectif la compréhension de la complexité du monde moderne et du présent ». Vaste programme… en bas de la diapo, on pouvait lire cette phrase comme une indication de l’état d’esprit de cet événement : « Travailler sérieusement sans se prendre au sérieux ».

 

HSH migrants et séropositifs
Lors de la conférence HIV Glasgow qui s’est tenue dans la ville éponyme du 23 au 26 octobre, les premières données de l’enquête Ganymede ont été présentées, rapporte le site Aidsmap. Cette présentation a été, de nouveau, proposée lors du congrès de la SFLS par le Dr Romain Palich (AP-HP, hôpital Pitié-Salpêtrière), principal investigateur de cette étude. Cette étude, financée par l’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, se concentre sur l’acquisition du VIH et le parcours de vie d’hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) nés à l’étranger et suivis en Île-de-France. Les données montrent qu’au moins 38 % des HSH migrants et séropositifs vivant en France ont contracté le VIH après leur arrivée en France. L'infection à VIH après l'arrivée en France des migrants HSH était plus fréquente chez les hommes originaires d'Afrique du Nord (73 %), d'Asie et d'Océanie (61 %) et d'Afrique subsaharienne (53 %) que chez les hommes originaires d'Europe (47 %) ou d'Amérique latine et des Caraïbes (39 %). Cette étude montre que les HSH nés à l’étranger sont une des populations les plus exposées au VIH en France. Un constat qui peut s’expliquer par un cumul de vulnérabilités et de discriminations (pas de papiers, pas de logement ou de travail stable, racisme, homophobie, travail du sexe, etc.). Les résultats de cette étude mettent en évidence un besoin élevé en termes de prévention ciblée du VIH et de soutien social chez les hommes gays et bisexuels nés à l’étranger et vivant en France.

 

Monkeypox et enjeux transfrontaliers
La présentation d’Anne Monnet-Hoel, représentant le Corevih Arc Alpin, s’inscrivait dans le thème du congrès en s’intéressant à la frontière franco-suisse du Grand Genève. Bien qu’elle soit une des frontières les mieux intégrées d’Europe, la dynamique épidémiologique du Monkeypox a mis en évidence les inégalités d’accès au soin de part et d’autre de la frontière. Les données de file active du Corevih montrent une similarité entre les métropoles lyonnaise et zurichoise. Pourtant, l’absence de centre de vaccination localement (En Suisse) a engendré une déficience dans la réponse suisse à l’épidémie, en particulier pour les personnes non-résidentes en France. Malgré des problématiques proéminentes de santé publique, l’intervenante a dénoncé un manque de moyens et des problèmes de répartition des coûts entre les États. Son intervention s’est achevée sur un appel à constituer un observatoire de santé dirigé sur le Grand Genève et un besoin de partage d’expériences des problématiques de santé transfrontalières en France.

 

Thierry Tran, Lucas Vallet, Jean-François Laforgerie et Fred Lebreton