Soins de santé en prisons provinciales

Publié par olivier-seronet le 02.11.2009
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accès aux soinsprison
Au Québec, il existe deux types d’institutions carcérales, celles dirigées par le gouvernement provincial et celles sous l’administration fédérale. Comme cela se passe t-il dans les prisons provinciales ?
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Au début de l’épidémie, très rapidement les milieux carcéraux du Québec ont reçu des prisonniers séropositifs au VIH. Tout aussi rapidement, ces milieux ont porté atteinte aux droits élémentaires de ces détenus. Bris de confidentialité, isolement, refus de soins spécialisés ou de traitement étaient monnaie courante. Aujourd’hui, la mentalité des milieux carcéraux face aux détenus atteints du VIH ou de l’hépatite C a évolué grâce, entre autres, au travail acharné d’intervenants communautaires et d’avocats spécialisés en droits de la personne. Plusieurs avancées ont permis à ces personnes d’avoir accès aux soins nécessaires à leur survie. Cependant, l’accès aux soins, aux traitements et au soutien psychologique varie d’un établissement à l’autre et les principales interventions pour éradiquer la propagation du VIH et des hépatites ne sont toujours pas permises.


Julie est travailleuse sociale dans l’équipe externe ITSS-CLSC1 du Centre de santé et des services sociaux d’Ahuntsic et Montréal-Nord qui œuvre dans trois centres pénitenciers provinciaux de la région montréalaise. D’emblée, d’une voix chaleureuse et qui exhale l’humanisme, elle dit qu’elle et ses collègues interviennent : “Auprès d’une personne et non pas d’un bandit ! Notre approche est humaine et respectueuse de l’individu et permet le développement de relation de confiance”. Elle a brisé la glace. Du coup, sans crainte, je suis prêt à plonger au cœur d’un monde que je connais à peine. Voici donc comment ça se passe, en 2009, dans ces prisons lorsqu’une personne vit avec le VIH ou le VHC. Régulièrement, Julie et ses collègues tiennent un kiosque d’information où les personnes incarcérées peuvent venir questionner ou ramasser des dépliants. C’est l’activité “brise-glace”. Le moment où souvent les personnes détenues s’engagent dans un processus de dépistage. Lors des rencontres avec l’une des infirmières de l’équipe, la personne aura accès au dépistage du VIH et des hépatites, à la vaccination contre les virus de l’hépatite A et B, au suivi avant et après le test et à des condoms. Lorsque le test du VIH est positif, la personne détenue est dirigée, à l’externe, dans des cliniques spécialisées VIH où elle est suivie et obtient son plan de soins. Julie précise qu’il n’y a pas de barrières d’accès aux nouvelles molécules, aux médicaments d’exception et aux calmants. Sur demande, la personne peut être suivie à l’interne par l’équipe ITSS-CLSC. Elle a aussi accès au soutien psychosocial. Les personnes avec une hépatite C ont accès aux mêmes services. Elles sont soignées par des gastro-entérologues et peuvent participer à des groupes de discussion offerts par le CAPAHC (Centre Associatif Polyvalent d'Aide Hépatite C).


Lors des rencontres psychosociales, Julie informe ses patients sur les moyens de diminuer les risques de transmission du VIH et des hépatites. Dans un contexte où l’accès aux objets du quotidien, tels les brosses à dents et les rasoirs, est difficile, elle leur enseigne que le partage de ces objets peut être un moyen de transmettre l’hépatite C et leur donne des trucs pour les garder et les cacher. Ce n’est donc pas au niveau des soins que le bât blesse, mais bien à l’accès au matériel pouvant limiter la propagation de ces infections. Sachant qu’il est facile de transmettre l’hépatite C par l’utilisation d’objets sanitaires du quotidien, il est difficile de comprendre pourquoi les détenus n’ont pas accès facilement à ces produits. De plus, les seringues stériles, le matériel stérile pour le tatouage et l’eau de Javel pour désinfecter ne sont pas accessibles. Seuls les condoms sont distribués, et pas par la prison, mais bien par l’équipe ITSS-CLSC. Quant à la méthadone, elle est accessible seulement aux personnes ayant entrepris leur traitement avant l’incarcération. Il est impossible de commencer un traitement à l’intérieur des murs.


Dans les prisons où Julie et ses collègues interviennent, les personnes ont accès à des soins et des services appropriés. Louise Provost, directrice générale de l’organisme Sidaction Trois-Rivières précise que les prisonniers du Centre pénitencier provincial de Trois-Rivières ont accès aux mêmes services. Elle considère même, étant donné que l'association ne reçoit plus de plaintes, que l’accès aux soins a dû s’améliorer. Cependant, elle rapporte que les détenus semblent avoir de la difficulté à obtenir certains calmants. D'autres ont rapporté ne pas avoir reçu les soins d’urgence dont ils avaient besoin.


Devant les similarités des soins offerts en en Mauricie et à Montréal, peut-on dire qu’il en est de même dans l’ensemble du milieu carcéral québécois ? Le programme national de santé publique 2003-2012, dans sa version 2008, stipule que “les services et les activités jugés efficaces en matière d’ITSS [IST] doivent être réalisés dans les milieux de vie des populations à risque les plus exposées : ... mais aussi les centres de détention.” Ce qui laisse entendre que les soins de santé et de soutien psychologique pour les personnes vivant avec le VIH ou le VHC ainsi que le dépistage sont des services généralisés à l’ensemble du réseau correctionnel québécois. Ce qui malheureu- sement n’a pu être confirmé. Les différences notées découlent probablement des diverses considérations à l’égard des droits des détenus. Cependant, ce même réseau n’est toujours pas chaud à l’idée de favoriser l’accès au matériel d’injection stérile en milieu carcéral tel que le rapporte le programme : “Bien que l’impact de ce type d’intervention soit reconnu, les conditions nécessaires à son implantation ne sont toujours pas présentes. Pour ce faire, la poursuite des discussions avec le réseau de la sécurité publique est donc de mise.”

Délai de carence !
Au Québec, lorsqu'une personne vivant avec le VIH, le VHC ou en traitement de méthadone est arrêtée, elle subit obligatoirement un arrêt de traitement. En effet, au niveau provincial, le système actuel ne permet pas à une personne nouvellement incarcérée d'être traitée sans avoir été vue par le personnel médical de la prison. Si elle est emprisonnée le vendredi et que le médecin du centre de détention n'est présent que le mardi suivant, c'est six jours de traitement que cette personne manquera. Une période largement suffisante pour qu'il y ait un risque de développement d'une résistance au traitement (VIH) ou pour l'apparition des symptômes d'un sevrage à la méthadone.