Sous traitement : mieux gérer les problèmes de peau au quotidien

Publié par Franck-seronet le 25.03.2011
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Laurence Allanore, docteur dermatologue à Hôpital Henri Mondor (AP-HP) de Créteil, est spécialiste des problèmes de peau liés aux médicaments. Interview par Franck Barbier pour Seronet.
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Quels sortes de problèmes de peau peut-on rencontrer en général lorsqu'on prend des médicaments ?
Les problèmes de peau liés à la prise de médicaments sont regroupés sous le terme de toxidermie. Les toxidermies recouvrent l’ensemble des manifestations dermatologiques secondaires à la prise d’un médicament incluant des modifications de la peau mais également des muqueuses (bouche, yeux, anus, vagin,..) et des phanères (ongles, poils, cheveux). Les toxidermies sont variables selon le type de médicament pris, pour chaque patient ; il est impossible de pouvoir déterminer à l’échelle individuelle le risque de développement d’une toxidermie. Cependant, les données épidémiologiques et celles de la pharmacovigilance nous apportent des informations permettant pour une molécule donnée de définir le type de toxidermie, son délai et parfois sa prévalence.

Les toxidermies peuvent se développer dans un délai variable après l’initiation du médicament, allant de quelques heures à plusieurs semaines selon le type de manifestations. Elles peuvent se manifester par une éruption souvent constituée de lésions érythémateuses recouvrant une surface plus ou moins étendue du corps. Cette éruption est souvent associée à des démangeaisons, parfois invalidantes. Dans certains cas, il s’y associe une fièvre pouvant atteindre 40°C, et une fatigue importante.
En parallèle des manifestations cutanées, les muqueuses peuvent être touchées, à type de rougeurs, voire beaucoup plus rarement de "bulles" ou d’érosions souvent très douloureuses qui sont un critère de sévérité.
Des changements sur les ongles, une chute des cheveux, une diminution de la pilosité peuvent également être observés selon les molécules prescrites.

Avec le traitement contre l'hépatite C actuel et l'arrivée d'Incivo (télaprevir), que recommandez vous ?
Les molécules classiquement préconisées dans le traitement de l’hépatite C, et plus particulièrement l’Interféron et la Ribavirine, peuvent être associées à des manifestations dermatologiques à type d’éruption souvent de forme "eczéma", survenant dans un délai de 2 semaines à 4 mois après le début des prises associées, à un prurit (démangeaison). En parallèle, des troubles d’hyperpigmentation (tâches colorées), ou à l’inverse de vitiligo (décoloration, blanchiment) sont parfois observés. Concernant le cuir chevelu, une chute de cheveux peut être observée, souvent réversible à l’arrêt du médicament.
Concernant l’Incivo (télaprevir), l’attitude doit être à l’identique de celle préconisée pour toute introduction d’un nouveau médicament. Il est nécessaire de bien respecter le rythme de prise de la molécule, être sensibilisé aux interactions médicamenteuses et à l’alimentation.
En cas de survenue de manifestations dermatologiques, il paraît nécessaire de contacter et de consulter dans les plus brefs délais le médecin hépatologue, son médecin référent afin de caractériser l’éruption, déterminer la responsabilité de la molécule dans la survenue de l’éruption, orienter auprès d’un dermatologue référent et statuer quant à la poursuite de la prise des molécules. Afin d’aider le clinicien, il est important de déterminer systématiquement la date de début des prises ainsi que le début des manifestations de peau.

Que peut-on faire lorsqu'on prend, ou plutôt avant de commencer, ce type de traitement ?
Le patient doit être sensibilisé quant au risque potentiel de survenue d’effets secondaires. Il paraît important qu’il puisse avoir en sa possession les coordonnées de ses médecins afin de pouvoir rapidement les contacter en cas d’événement. En préventif, il peut être conseillé de bien hydrater la peau de façon quotidienne avec une crème émolliente qui sera plus facilement tolérée après la douche. 

Malheureusement, tous les produits ne sont pas pris en charge, pouvez-vous nous indiquer des solutions pratiques et peu coûteuses ?
En effet, la plupart des crèmes hydratantes ne sont pas prises en charge. Le seul traitement émollient partiellement remboursé est le Dexeryl® dont le conditionnement en tube de 250 g permet de nombreuses applications (4,36 euros dont 15 % remboursés avec prescription).
Il est important d’utiliser en parallèle un savon de type surgras ou savon sans savon qui préserve la couche superficielle de la peau. Il faut éviter les savons de type savon de Marseille ou gel douche standard qui contribuent à aggraver la sécheresse cutanée.
Enfin en cas de démangeaisons importantes, si vous avez une baignoire, les bains d'amidon (mettre quelques poignées d'amidon de blé dans l'eau tiède du bain) ont une vertu apaisante et permettent d’améliorer temporairement les démangeaisons.

En cas de persistance, voire d’aggravation des symptômes, il paraît indispensable de contacter son médecin afin de réévaluer la situation.