Stop loi 1970 !

Publié par Sophie-seronet le 12.01.2021
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Produitsloi de 70drogues

Il y a 50 ans, le 31 décembre 1970, la loi de 1970 (dite loi de 70) « relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l'usage illicite de substances vénéneuses » était promulguée. Alors qu'aujourd'hui encore 2 % des nouvelles découvertes de séropositivité font suite à une transmission du VIH liée à un usage de drogues, AIDES se mobilise pour faire changer la loi. « Nous demandons à ce qu’enfin, la réduction des risques soit au cœur des politiques des drogues ! », défend l’ONG.

« Stop loi 1970 ! » tel est le slogan de la dernière campagne de AIDES ; une campagne inédite de mobilisation contre les politiques des drogues répressives issues de la mise en place de la loi de 70. À l’instar d’autres organisations de santé et tout particulièrement celles investies dans la réduction des risques (RDR), AIDES dénonce depuis longtemps des « politiques des drogues inefficaces et dangereuses ». « Au-delà de l’inefficacité flagrante de ces politiques, celles-ci s’avèrent dangereuses pour les consommateurs-rices, toujours plus réprimés-es, stigmatisés-es, et cela freine l’accès aux dispositifs de prévention, d’accompagnement et de soutien », expliquait récemment Aurélien Beauchamp, président de AIDES, à l’occasion de la campagne de l’association. En 2020, la mise en place de l’amende forfaitaire délictuelle pour usage de stupéfiant n’a fait que renforcer ce principe de « tout répression », éloignant encore un peu davantage les consommateurs-rices de la réduction des risques. Pour l’association : « Isoler les consommateurs-rices, les pousser à se cacher, c’est les mettre en danger ». Et d’expliquer : « Depuis un demi siècle, nous constatons les effets nuisibles de ces politiques qui éloignent des populations déjà vulnérables du soin, précarisent, stigmatisent ».

Une campagne pour changer la loi

Comme d’autres, AIDES demande un changement de fond de la loi concernant l’usage de drogues. Après un demi-siècle de système répressif inefficace, il est temps d'en changer pour enfin instaurer une « loi qui favorise la réduction des risques ». La campagne, #STOPLOI1970 ! retenue par l’association entend « alerter le grand public et les pouvoirs publics sur l'inefficacité et la dangerosité » de la loi actuelle. Elle s’incarne notamment par deux affiches qui rappellent que derrière l’étiquette « drogué-e », il y a des visages, des prénoms, des identités propres, des vies, des personnes. « La politique actuelle nie l'humanité de ces personnes et les met en danger », dénonce AIDES.

L'accompagnement plutôt que la répression

Dès le début de l’épidémie de sida, au début des années 80, les personnes usagères de drogues ont été particulièrement impactées : la transmission par le sang via le matériel d’injection ou de sniff, était fréquente. Comme les personnes migrantes ou homosexuelles, les personnes usagères, déjà largement stigmatisées, ont été encore davantage discriminées, et même exclues des soins. Elles ont payé un lourd tribut à l’épidémie. À l’instar d’autres structures, AIDES (depuis 1984) accueille et accompagne les personnes usagères de drogues dans un principe de non-jugement et de réduction des risques. Des militants-es de l’association agissent quotidiennement dans les 29 centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) gérés par l’association. « Loin des logiques prohibitives contreproductives, l’accompagnement des personnes usagères de drogues passe notamment par la distribution de matériel d’injection (seringues) ou de sniff (kits « roule ta paille ») à usage unique, la mise en place de distributeurs de matériel, ou l’accompagnement et l’éducation aux risques liés à l’injection (Aerli) », rappelle un communiqué de l’association. Malgré ces actions, le cadre législatif répressif et les stigmatisations que celui-ci favorise isolent encore trop les personnes usagères. « En 2019, 35 % des actions de AIDES étaient à destination des personnes consommatrices de produits psychoactifs. Un chiffre qui montre que l’État a complétement désinvesti le champ de la prévention et de l’accompagnement de ces publics à la faveur du tout répressif. Lorsque l’on voit que plus de trois quart du budget dédié à la lutte contre les drogues est destiné à une répression inefficace on ne peut qu’être scandalisé », souligne Aurélien Beaucamp.