Surveillance 2012 du VIH et des IST : 9 points forts

Publié par Renaud Persiaux le 30.11.2012
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Chiffresépidémiologiethérapeutique

Fin novembre, l’Institut national de veille sanitaire (InVS) organisait sa traditionnelle rencontre avec les principales associations de lutte contre le sida, à l’occasion de la publication des derniers chiffres épidémiologiques. Parmi la kyrielle de données, Renaud Persiaux, militant à AIDES, et membre du collectif inter-associatif TRT-5, a retenu neuf points forts.

1 : Le nombre de découvertes de séropositives se stabilise autour de 6 100 par an


Un chiffre global qui, comme chaque année, cache d’importantes disparités. Après plusieurs années de hausse, le nombre de découvertes de séropositivités se stabilise chez les gays/hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HSH). Il reste stable chez les hétérosexuels nés en France, et baisse chez les hétérosexuels nés à l’étranger. En 2011, les gays représentaient 40 % des nouvelles découvertes de séropositivité, les hétérosexuels 60 % (parmi eux, deux tiers nés à l’étrangers, un tiers nés en France). Les personnes usagères de drogues (UD) représentant 1 %  des nouvelles découvertes (un chiffre stable). L’âge moyen à la découverte va de 37 ans chez les gays à 42 ans chez les hétérosexuels nés en France.

 
2 : Le dépistage augmente, pas le nombre de dépistés séropositifs


5,2 millions de tests de dépistage en 2011, contre 5 millions les années passées, mais pas plus de nouvelles découvertes. Quant au motif des dépistages se révélant positifs, 33 % avaient été proposés en raison de signes cliniques, 22 % pour une exposition récente, 20 % à l’occasion de bilans ou de grossesses (dépistage systématique) et pour 7 % il s'agissait de "dépistages orientés" (à partir d’un dépistage hépatite, d’une arrivée d’un pays fortement touché, etc.). De quoi questionner l’élargissement tous azimuts ? Peut-être. En effet, des modélisations récentes de Virginie Supervie (équipe Inserm de Dominique Costagliola) suggèrent qu’il faut mettre l’action sur ce type d’actions ciblées. Elle montre en effet qu’en proposant le test systématiquement, un médecin généraliste lambda devrait au moins faire 1 000 tests pour en avoir un résultat positif, d’où un certain "découragement" pour cette stratégie visant à dépister les 30 000 à 50 000 personnes qui ignorent leur séropositivité. Avec 1 % de tests de dépistages positifs, les chiffres révélés par AIDES sont, au contraire, très encourageants et confirment la pertinence de ce type d’actions très ciblée combinée à une discussion autour des pratiques préventives et des conseils de réduction des risques. En 2011, "le TROD [test de dépistage à résultat rapide d’orientation diagnostique] était encore marginal", a précisé Françoise Cazein (InVS).

 
3 : 14 % des gays n’ont jamais fait de test, alors que les rapports sans préservatifs sont nombreux


C’est une proportion incompressible, a déploré Annie Velter (InVS), en présentant ce résultat issu de l’enquête Presse gay et lesbienne 2011, menée sur 61 sites LGBT (notamment "Yagg") et dans la presse gay (notamment "Têtu"), et à laquelle 11 281 gays/HSH ont répondu. Parmi les gays questionnés, il y a 17 % de personnes se déclarant séropositives. Et aussi 14 % de personnes se disant séro-interrogatives (personnes qui ignorent leur statut). L’enquête montre que 58 % des séro-interrogatifs et 40 % des personnes jamais testées ne mettent pas la capote systématiquement. Et ce malgré une forte promotion de la capote dans cette population, promotion qu’il s’agit de maintenir évidemment, mais aussi de compléter par celle de nouveaux outils préventifs, et notamment le TASP (traitement comme prévention). Une urgence d’autant plus grande que l’enquête révèle que…

 
4 : Qu’ils aient ou pas une avec charge virale (CV) indétectable, deux tiers des séropos ont des rapports sans capote


"C’est un des chiffres phares de l’étude", a souligné Annie Velter (InVS). Il serait donc grand temps que la Direction générale de la santé et l’INPES prennent à bras le corps la diffusion de cette information et cessent les tergiversations sur le mode : "Faut-il donner l’information du TasP, cela ne va-t-il pas entrainer un abandon de la capote ?". Car la baisse d’utilisation est déjà là malgré les campagnes répétées d’incitation au port du préservatif. C'est "une tendance depuis les années 90 quels que soient [les études et leur] mode de recrutement", a rappelé Annie Velter. Et, a ajouté Caroline Semaille (InVS) sur la base d'analyses récentes de l’enquête Prévagay, "les rapports sans préservatifs sont plus fréquents chez les personnes ayant une CV élevée [qu’elles connaissent ou pas leur statut] que chez celles ayant une charge virale faible : 53 % contre 39 %". Une question brûle les lèvres. Plutôt que de continuer à minorer l’efficacité préventive du TasP, en prétendant qu’il ne suffit pas par lui-même, plutôt que de vouloir à tout prix que les personnes qui ont une CV indétectable, éventuellement en couple stable, mettent une capote, ne serait-il pas plus pertinent de concentrer les efforts de prévention sur l’incitation à l’utilisation des préservatifs, ou à l’initiation du traitement, chez les personnes dont la CV est non contrôlée ? Certes, certaines associations n’hésitent plus à communiquer sur le TasP comme une méthode de prévention efficace, telles le CRIPS Ile-de-France dans sa campagne contre la sérophobie et AIDES. Mais un soutien à travers les documentations institutionnelles serait bienvenu et pour tout dire indispensable, afin de favoriser l’appropriation correcte des messages préventifs par les personnes, et éviter la discordance dans les messages.

5 : 3,8 % : c’est le taux de nouvelles contaminations par an chez les gays dans les établissements commerciaux parisiens


La précédente estimation de l’incidence (taux de nouvelles contaminations par an) (7 %) était faussée, car elle se fondait sur un test d’infection récente qui peut être perturbé (faussement positif) par la prise du traitement antirétroviral. 3,8 %, c’est presque 4 fois plus qu’au niveau national où on est à 1 % chez les gays. L’enquête Prévagay cible, en effet, une population qui cumule deux facteurs de risques : 1) L’Ile-de-France qui est la 2e région plus touchée par le VIH, même en population générale et 2) des personnes qui fréquentent les lieux de sexe et ont de nombreux partenaires. Dans Prévagay, pas moins de 17 % des gays sont séropos. Parmi les personnes qui sont séropositives sans le savoir, 29 % ont une CV supérieure à 10 000 copies, avec un risque de transmission élevé. Avec de tels chiffres, pourquoi le rejet subi par les personnes séropositives reste-t-il si fort, au point qu’il soit si difficile de discuter de statut sérologique et de charge virale ? Quand assurera-t-on les conditions d’une adaptation des comportements préventifs en fonction de la charge virale (viroadaptation) au lieu d’entretenir le maintien de la sérodevinette, où l’on suppose le statut de son partenaire sans lui en parler, avec tous les risques que cela comporte ?

6 : Epidémie généralisée en Guyane, le département le plus touché

"La Guyane est le département le plus touché par le VIH, avec un taux de nouvelles contaminations (incidence) de 147/100 000, alors que l’Ile-de-France est à 39/100 000 et le reste de la France métropolitaine et de 11/100 000", a expliqué Stéphane Le Vu (InVS). La Guadeloupe a un taux d’incidence un peu plus élevé que l’Ile de France, tandis que la Martinique a un taux similaire à celui du reste de la France métropolitaine. Ne pas oublier les gays/HSH, qui sont aussi au moins touchés dans les départements français d’Amérique que dans les reste de la France, avec une incidence de 1141/100 000 (soit 1,1 %). Pour AIDES les Caraïbes sont une région prioritaire au niveau de l'incidence du VIH et des actions à mener pour tenter d'infléchir le nombre de contaminations. Un numéro spécial Caraïbes de Remaides est téléchargeable.

7 : Encore 13 % de dépistage au stade sida et 28 % à moins de 200 CD4 !

Aucune progression en la matière depuis 2008, et ce alors que se multiplient les études soulignant que des prises en charge tardives entraînent un impact durablement très négatif sur l’espérance de vie et la qualité de vie. Alors que si on est dépisté et traité tôt, l’espérance de vie tend à rejoindre celle de la population générale. Plus tôt on sait, mieux c’est.

8 : Dépistage en primo-infection : ça stagne à 20 % chez les gays

Certes, les gays sont dépistés plus tôt que les hétéros, mais "la proportion de dépistage en primo-infection stagne à 20 %, et ne parvient pas à monter", explique Françoise Cazein (InVS). Dommage, alors que s’accumulent les études qui montrent la part énorme que cette courte période de quelques semaines prend dans la dynamique de l’épidémie, comme au Danemark, par exemple. En effet, la primo-infection est la période où en raison de l’explosion de la charge virale VIH (des millions de copies) on est le plus contaminant, alors que bien souvent on ne connait même pas encore son statut sérologique. Augmenter le dépistage en primo-infection est un des défis pur parvenir à lutter plus efficacement contre l’épidémie.

9 : IST : ça augmente toujours !

Les syphilis sont en augmentation sur les trois dernières années, et les HSH représentent 83 % des cas. Elles augmentent surtout en dehors de l’Ile-de-France (où elles sont stables). Quelques 38 % des personnes chez qui on dépiste une syphilis sont aussi infectées par le VIH. D’où l’intérêt de combiner les offres de TROD, comme on espère pouvoir le faire prochainement (des tests VIH, syphilis, mais aussi hépatites B et C sont dans les cartons des fabricants, et cruellement en attente d'une évaluation par les autorités sanitaires françaises).
Le gonocoque ("chaude-pisse") augmente aussi, autant chez les hommes que chez les femmes (la proportion d’hétéros est de plus en plus importante).
Les chlamydiae augmentent chez les hommes et les femmes, sachant qu’on a un dépistage systématique des femmes de moins de 25 ans à Paris.
Enfin, la rectite non L est en augmentation – mais pas la LGV (lymphogranulomatose vénérienne) proprement dite qui elle est stable. A plus de 90 %, elles concernent les gays/HSH. La LGV reste majoritairement chez les séropos (entre 83 et 89 % selon les années), tandis que les rectites non L se répandent chez les séronégatifs : 27 % des cas en 2009, 42 % en 2010, et 59 % en 2011.
Autre constante révélée par le dispositif de surveillance des IST : la baisse de l’utilisation systématique de la capote. "A la question "Quelle fréquence de l’utilisation du préservatif pour la fellation ?", pour la réponse "toujours", la proportion de répondants est quasi-nulle, et la réponse "souvent" concerne 4 % et 7 % des personnes selon les études", a souligné Guy La Ruche (InVs). Conclusion : les IST, dépistez et traitez les !