Tabac : les chiffres en France

Publié par jfl-seronet le 31.05.2020
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C’est en 1987 que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a créé la Journée mondiale sans tabac axée sur les « dangers du tabac pour la santé » et sur « l’action antitabac menée par l’OMS ». C’est aussi une occasion de faire le point sur le niveau de consommation, ses évolutions et de mieux connaître ceux et celles qui consomment. Les autorités de santé françaises ont récemment publié des infos sur ces points concernant notre pays. Intéressant à connaître, car le tabagisme provoque, aujourd’hui encore, la mort d’un adulte sur dix sur la planète. C'est la deuxième cause de décès au niveau mondial.

Le mensonge est, comme le tabac et les allumettes, monopole d'État (Henri Jeanson)

Outre une baisse significative du tabagisme chez les femmes, le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire de Santé Publique France publié mardi 26 mai dresse un portrait des fumeurs-ses qui seraient majoritairement des hommes, âgés de moins de 55 ans, en précarité socio-économique et « en moins bonne santé mentale ». Des données qui « s'avèrent particulièrement utiles dans la lutte contre le tabagisme ». Les autorités de santé constatent une « forte baisse » générale du tabagisme depuis 2014, ce qui est le signe que les mesures mises en œuvre par l'État ces dernières années ont un effet. « C'est la première fois depuis le début des années 2000 qu'une baisse de cette ampleur est constatée », insiste Santé Publique France qui l'a observée chez les hommes comme chez les femmes, dans différentes classes d'âge et pour tous les niveaux de revenus.

On bourre sa pipe avec le tabac qu'on a (Proverbe québécois)

Tous les ans, le numéro du Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) dédié à la Journée mondiale sans tabac du 31 mai donne le ton pour l’année à venir. Les chiffres qu’il annonce, issus en partie du Baromètre de Santé publique France (SFP), vont être décortiqués, analysés comme autant d’exégèses du dispositif de prévention déployé à ce jour en France, indique SFP. Les éditions 2018 et 2019 avaient annoncé des baisses significatives de la consommation de tabac. Cette tendance à la baisse se poursuit. Comme le montre le travail d’Anne Pasquereau et de ses collègues, la prévalence de la consommation estimée de tabac en France en 2019 diminue, même si la différence entre les deux derniers exercices n’est pas significative. Avec 30,4 % de fumeurs-ses (24 % de fumeurs-ses quotidiens-nes), c’est la prévalence la plus basse jamais atteinte en France, note SFP. Pour les 18-24 ans, la baisse se poursuit chez les femmes, mais pas chez les hommes. La baisse observée l’an dernier chez les personnes les plus fragiles (non diplômés-es, chômeurs-ses) n’est pas retrouvée en 2020. Cette nouvelle livraison des chiffres du Baromètre de SFP réintroduit aussi l’étude du tabagisme des plus de 75 ans. « Produire de la connaissance épidémiologique sur la consommation de tabac en France sur cette catégorie d’âge permet de briser un tabou, et de rappeler qu’il n’y a pas d’âge pour le sevrage », note SFP. L’idée est communément admise que passer 75 ans, il faut laisser quelques petits plaisirs à la vie ! Ce n'est pas vrai, quel que soit l’âge, le sevrage est bénéfique en termes de qualité de vie, mais aussi d’espérance de vie notamment d’espérance de vie en bonne santé. De fait, le tribut payé au tabac par les fumeurs-ses reste important. Les données récentes viennent « battre en brèche des idées reçues bien ancrées dans notre histoire avec le tabac », note SFP. « Deux sont particulièrement notables. Tout d’abord, que le tabac ne tue et ne rend malade que les plus anciens fumeurs-ses. C’est faux, l’impact cardiovasculaire du tabac apparaît dès l’âge de 15 ans (…) Ensuite, si la victime du tabac la plus souvent représentée est un homme âgé, la réalité est bien plus nuancée, les femmes étant les victimes oubliées du tabac ». Une étude de Bonaldi et de ses collègues montre que sur les 250 000 séjours hospitaliers liés à une pathologie cardiovasculaire en lien avec le tabac en France en 2015, près du tiers sera le fait d’une femme, et jeune de surcroît. Enfin, le BEH présente le travail de Marquès et de ses collègues. Il revient sur une question centrale : quel est le profil type du-de la fumeur-ses en France ? « Une telle interrogation qui pourrait paraître simple est désormais essentielle, insiste SFP (…) Connaître le-la fumeur-se permet de cibler et d’adapter les messages au public visé (…) Cette approche revient très simplement à appliquer à la prévention les procédés de l’industrie du tabac qui, depuis toujours, emploie sans relâche des méthodes de marketing aux messages parfaitement adaptés pour les consommateurs-rices qu’elle cible. Il y a bien longtemps que cette industrie a compris comment faire fumer les hommes, les jeunes, les femmes, les précaires, etc. Il est certainement plus simple pour l’industrie du tabac d’amener à fumer qu’il ne l’est pour la prévention de faire sortir du tabac ou d’empêcher d’y entrer », constate, amèrement, SFP (1).

Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis (Sacha Guitry)

En France, depuis 2014, la lutte antitabac a été renforcée avec la mise en place de plans nationaux. Le tabagisme est à l’origine de 75 000 décès par an en France. Une étude (2) a visé à estimer la prévalence du tabagisme en 2019, son évolution par rapport à 2018 et son évolution à cinq ans depuis la mise en place des programmes nationaux. Les données proviennent du Baromètre de Santé publique France, enquête aléatoire représentative de la population des 18-85 ans résidant en France métropolitaine, menée par téléphone entre janvier et juin 2019 auprès d’un échantillon de 10 352 individus. En 2019, trois Français-es de 18-75 ans sur dix déclaraient fumer (30,4 %) et un quart fumait quotidiennement (24 %). Si globalement la prévalence du tabagisme ne varie pas de façon significative entre 2018 et 2019, elle est en baisse parmi les femmes, que ce soit pour le tabagisme ou pour le tabagisme quotidien (de 22,9 % à 20,7 % pour ce dernier), rappellent les chercheurs-ses. Par rapport à 2014, le tabagisme est en baisse de 3,9 points et de 4,5 points pour le tabagisme quotidien. Les inégalités sociales restent très marquées, avec pour le tabagisme quotidien un écart de 17 points entre personnes au chômage et actifs-ves occupés-es, et 12 points d’écart entre les plus bas et les plus hauts revenus. Les auteurs-es de l'étude en concluent que les mesures réglementaires et de prévention mises en place en 5 ans ont vraisemblablement contribué à la baisse de 4,5 points du tabagisme quotidien entre 2014 et 2019. Ces résultats invitent à poursuivre l’amplification des actions de lutte contre le tabagisme, en renforçant celles susceptibles de réduire les inégalités sociales encore très marquées en 2019. En 2019, 30,4 % des personnes âgées de 18 à 75 ans déclaraient fumer du tabac, 34,6 % des hommes et 26,5 % des femmes. La prévalence du tabagisme quotidien s’élevait à 24 %, 27,5 % parmi les hommes et 20,7 % parmi les femmes. La prévalence du tabagisme occasionnel s’élevait à 6,4%, 7,1% parmi les hommes et 5,8% parmi les femmes. En 2019, les personnes de 76-85 ans ont également été interrogées. Dans cette tranche d’âge, la prévalence du tabagisme n’était plus que de 5,4 % et de 4,8 % pour le tabagisme quotidien. La prévalence du tabagisme parmi les 18-85 ans était ainsi de 28,7 %, et 22,6 % déclaraient fumer quotidiennement.

Il n'est rien d'égal au tabac : c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre (Molière, dans "Dom Juan")

Le tabagisme est un facteur de risque pour de nombreuses pathologies cardiovasculaires. En  France, le quart de la population fume quotidiennement, ce qui est l’une des proportions les plus élevées observées en Europe de l’Ouest, notent les auteurs-es de cette autre étude publiée dans le BEH (3). Les objectifs de cette étude étaient de donner une estimation pour l’année 2015 d'une part du nombre d’hospitalisations pour pathologies cardiovasculaires attribuables au tabagisme en France et d'autre part du nombre de séjours qui auraient pu être évités s’il y avait 10 % de fumeurs-ses actifs-ves en moins dans la population ou si la proportion de fumeurs-ses était de seulement 20 %. En 2015, il a été estimé qu’en France plus de 250 000 séjours hospitaliers (avec un intervalle d’incertitude à 95 % entre 234 000 et 270 000) pour une maladie cardiovasculaire étaient attribuables au tabagisme. Ce nombre représente 21 % de tous les séjours hospitaliers pour une pathologie cardiovasculaire enregistrés la même année. Les cardiopathies ischémiques étaient les pathologies les plus fréquemment associées à ces séjours hospitaliers attribuables au tabagisme (39 %). Si le nombre de fumeurs-ses actifs-ves était de 10 % plus faible ou si la proportion de fumeurs-ses était de 20 % dans la population, ce sont respectivement 6 000 et 26 000 séjours hospitaliers pour une maladie cardiovasculaire qui pourraient être évités annuellement. En France en 2015, 1 198 108 hospitalisations complètes enregistrées (…) comportaient un diagnostic principal de maladies cardiovasculaires. Parmi ces séjours, 250 813 étaient estimés être attribuables au tabagisme, représentant ainsi 21% de tous les séjours hospitaliers pour une maladie cardiovasculaire. Le nombre de séjours attribuables était 2,7 fois plus élevé chez les hommes avec 182 484 séjours comparés aux 68 329 séjours estimés chez les  femmes. Ces nombres  représentaient respectivement 26 % et 14 % de tous les séjours hospitaliers pour une maladie cardiovasculaire chez les hommes et les femmes.

C'est un idéaliste : il n'a jamais aimé que le vin, l'amour et le tabac (Jean Cassou)

Chaque année, la prévalence du tabagisme en France est estimée à partir des résultats de l’enquête Baromètre de Santé publique France. Ainsi en 2017, parmi les personnes âgées de 18 à 75 ans interrogées, 26,9 % déclaraient fumer quotidiennement. En 2019, elles étaient 24 % à déclarer fumer quotidiennement. Ces analyses permettent d’étudier l’évolution temporelle du tabagisme (en baisse depuis 2017, après une relative stabilité observée depuis 2010) et d’analyser les facteurs associés au tabagisme et leur évolution, explique SPF. En complément de ces éléments, des chercheurs-ses ont réalisé une « description originale de la population des fumeurs-ses en fonction de caractéristiques sociodémographiques, de santé mentale, d’usage d’autres substances psychoactives, de recours aux soins et de recherche d’informations sur la santé, à partir des données du Baromètre de Santé publique France  2017 » (4). Les fumeurs-ses sont plus fréquemment des hommes ou des personnes de moins de 55 ans. Les fumeurs-ses sont majoritairement des hommes (53,8 %). Deux tiers (66,5 %) des fumeurs-ses ont entre 25 et 54 ans et 14,6 % d’entre eux sont âgés de 18 à 24 ans : cette population d’adultes de moins de 55 ans est donc une cible prioritaire des actions de lutte contre le tabagisme. Les fumeurs-ses sont plus souvent dans des situations sociales difficiles tandis qu’un tiers (33,1 %) des non-fumeurs-ses possède un diplôme supérieur au baccalauréat, c’est le cas d’environ un-e fumeur-se sur quatre (26,2 %) seulement. De plus, 13,6 % des fumeurs-ses sont au chômage, soit deux fois plus que les non-fumeurs-ses (7,3 %). La situation financière est perçue comme « difficile » près de deux fois plus fréquemment par les fumeurs-ses que les non-fumeurs-ses (22,3 % contre 12,5 %). Les fumeurs-ses présentent une moins bonne santé mentale Les épisodes dépressifs caractérisés (EDC) sont plus fréquents chez les fumeurs-ses (6 % d’EDC sévères et 7,2 % d’EDC moyens) que chez les non-fumeurs-ses (3 % d’EDC sévères et 4,5 % d’EDC moyens). Les fumeurs-ses présentent également plus souvent des symptômes d’anxiété certaine 4 (16,2 % contre 12,2 %). Ils-elles dorment moins bien puisque 15,5 % d’entre eux-elles déclarent des insomnies chroniques contre 12,2 % des non- fumeurs-ses. Les fumeurs-ses consomment plus souvent d’autres substances psychoactives. Un tiers des fumeurs-ses dépassent les repères de consommation d’alcool (33,7 %) contre 18,8 % des non-fumeurs-ses. La proportion de fumeurs-ses qui ont consommé du cannabis au cours des 30 derniers jours (16 % contre 1,1 %) et la part de ceux-celles qui ont consommé d’autres drogues au cours des 12 derniers mois (7,6 % contre 1,7 %) sont également bien plus élevées que parmi les non-fumeurs-ses. Les fumeurs-ses consultent moins souvent un médecin généraliste (79,4 % y ont eu recours au cours des 12 derniers mois contre 84,8 % des non-fumeurs-ses) et ils utilisent moins Internet pour chercher des informations ou des conseils sur la santé que les non-fumeurs-ses (43,3 % au cours des 12 derniers mois contre 50,5 %).

(1) : Source : Josseran L. Éditorial. Lutte contre le tabac : une prévention à réinventer sans cesse. Bull Epidémiol Hebd. 2020;(14):272-3.
(2) : Source : Pasquereau A, Andler R, Arwidson P, Guignard R, NguyenThanh V. Consommation de tabac parmi les adultes : bilan de cinq années de programme national contre le tabagisme, 2014-2019. Bull Epidémiol Hebd. 2020;(14):273-81. 
(3) : Source : Bonaldi C, Anne Pasquereau A, Hill C, Thomas D, Moutengou E, Nguyen-Thanh V, et al. Les hospitalisations pour une pathologie cardiovasculaire attribuables au tabagisme en France métropolitaine en  2015. Bull Epidémiol Hebd. 2020;(14):281-90.
(4) : Source : Marques C, Quatremère G, Guignard R, Andler R, Pasquereau A, Nguyen-Thanh V. Focus. Les fumeurs français : qui sont-ils ? Résultats du Baromètre de Santé publique France 2017. Bull Epidémiol Hebd. 2020;(14) : 291-4.