Tabac : les données de plusieurs études françaises

Publié par jfl-seronet le 23.09.2015
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La Journée mondiale de lutte contre le tabagisme (31 mai) est l’occasion de faire un point de la situation de la consommation de tabac. En France, le "Bulletin épidémiologique hebdomadaire" (BEH) a consacré le 31 mai dernier un numéro spécial comportant les dernières données en date de consommation de tabac ; les précédentes dataient de 2010. Que nous révèlent ces dernières ?

"La prévalence du tabagisme parmi les 15-75 ans en France est de 34 %, un niveau très élevé", explique le professeur François Bourdillon, directeur général de l’Institut de veille sanitaire (InVS) et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes). Le tabagisme quotidien est à 29 %, mais près d’un tiers des jeunes de 17 ans fument quotidiennement. "Les chiffres du tabagisme chez les femmes enceintes et chez les femmes allaitantes, respectivement de 16,1 % et 13,4 %, sont très et trop élevés au regard de la dangerosité du tabac sur le fœtus et la santé de l’enfant à naître", explique François Bourdillon dans son édito du BEH.

Il note cependant deux "embellies" depuis 2010 : "La première est que la proportion des fumeurs quotidiens ayant fait une tentative d’arrêt dans l’année est en hausse : 29 % en 2014 versus 25 % en 2010, et cette hausse est particulièrement marquée chez les 15-24 ans : 54 % en 2014 versus 41 % en 2010. La seconde est que 1,1 million de personnes déclare avoir cherché des conseils ou de l’aide sur Internet : un média de référence pour les fumeurs". Dans son numéro spécial, le BEH publie des résultats d’études récentes qui "soulignent sans surprise de fortes inégalités sociales de santé", ainsi la "prévalence du tabagisme chez les chômeurs est beaucoup plus importante que chez ceux qui travaillent (48 % versus 30 %)". "Chez les jeunes de 17 ans, être en situation de déscolarisation ou en apprentissage sont des facteurs fortement liés à la consommation quotidienne de tabac", note François Bourdillon. Il considère qu’une attention particulière doit être portée aux inégalités sociales de santé, afin d’une part de les mesurer et de mener des actions visant à les réduire.

L’e-cigarette est en plein essor

Les données sur la cigarette électronique confirment son essor : douze millions de personnes l’ont testée et 3 % des 15-75 ans en sont des utilisateurs quotidiens, note le BEH. Elle est en très grande majorité utilisée par les fumeurs et 82 % d’entre eux l’utilisent pour arrêter de fumer. Elle permet une réduction du nombre de cigarettes fumées : moins neuf en moyenne par jour, ce qui ouvre à nouveau le débat sur l’intérêt de la cigarette électronique comme outil de réduction des risques, explique François Bourdillon.
Cette réduction du nombre de cigarettes fumées compense-t-elle le facteur durée du tabagisme, dont on sait qu’il est un facteur de risque beaucoup plus important que l’intensité de la consommation ? Enfin, il faudra encore attendre pour en savoir plus sur l’efficacité de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique.

Un Plan national de réduction du tabac

En septembre 2014, Marisol Touraine, ministre de la Santé, a lancé un Plan national de réduction du tabac ; un plan commandé par le Président de la République. "C’est la première fois que la France se dote d’un tel programme, réclamé de longue date par de nombreux professionnels et acteurs de la lutte contre le tabagisme devant les mauvais chiffres de prévalence de la consommation de tabac observés en France (34 %)", note François Bourdillon. Et le directeur général de l’Institut de veille sanitaire et de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé de souligner "que de nombreux pays, aux premiers rangs desquels l’Australie, la Grande-Bretagne, le Canada et le Brésil, ont obtenu des résultats encourageants avec des taux de prévalence qui se situent aujourd’hui à moins de 25 % (l’Australie est à 12,8 %)". Ce Plan a pour but d’éviter l’entrée
dans le tabagisme, notamment des jeunes, de renforcer l’aide au sevrage tabagique et d’agir sur l’économie du tabac. Il vise à donner de la cohérence aux actions et à mettre en place des mesures très attendues : imposer le paquet neutre (une disposition prévue dans la future loi Santé) et la mention du logo pour avertir les femmes enceintes de la dangerosité du tabagisme, mobiliser les soins de premier recours pour l’aide au sevrage tabagique, améliorer le remboursement des aides au sevrage tabagique, renforcer l’arsenal de dé-normalisation du tabac et, enfin, faire financer par l’industrie du tabac un fonds dédié aux actions de lutte contre le tabagisme.

La consommation de tabac en France : résultats du baromètre Santé 2014

Après la hausse observée entre 2005 et 2010, la prévalence du tabagisme s’est stabilisée en 2014 parmi les 15-75 ans (34 % de fumeurs actuels) et le tabagisme régulier apparaît même en baisse légère mais significative (de 29 % en 2010 à 28 % en 2014). La proportion d’ex-fumeurs est en augmentation par rapport à 2010 (de 29 % à 31 %), ainsi que la part de fumeurs ayant fait une tentative d’arrêt dans l’année (de 25 % à 29 %). Selon les données, la prévalence du tabagisme régulier est en baisse uniquement chez les femmes (de 26 % à 24 %). La consommation quotidienne de tabac apparaît stable parmi les fumeurs quotidiens (13,5 cigarettes par jour) et se concentre sur des quantités comprises entre 5 et 15 cigarettes par jour. Par ailleurs, les chercheurs observent un maintien des inégalités sociales en matière de tabagisme. L’écart entre les chômeurs et les personnes qui travaillent, continue même à se creuser, alors même que les fumeurs les moins favorisés sont aussi nombreux que les autres à déclarer avoir envie d’arrêter de fumer. Un tel constat invite à concevoir une aide adaptée à chaque type de population selon ses besoins et ses difficultés.

Evolution de la prévalence du tabagisme par sexe et âge (15-75 ans)

En 2014, les quatre cinquièmes (79,8 %) des 15-75 ans déclarent avoir expérimenté le tabac. Un tiers sont des fumeurs actuels (34 %), dont 28 % sont des fumeurs réguliers (ou quotidiens), soit environ 13,2 millions de personnes. Environ un tiers également (31 %) sont des ex-fumeurs. Parmi les 15-75 ans, après la hausse de la prévalence du tabagisme observée entre 2005 et 2010, la tendance apparaît stable entre 2010 et 2014.

En revanche, la proportion de fumeurs réguliers est en légère baisse entre 2010 et 2014 alors que la proportion d’ex-fumeurs est en hausse. La prévalence du tabagisme régulier est stable chez les hommes (de 32,4 % en 2010 à 32,3 % en 2014) alors qu’elle apparaît en baisse chez les femmes (de 26 % à 24 %).

Inégalités sociales en matière de tabagisme

L’analyse des liens entre le tabagisme régulier et le niveau de diplôme, la situation professionnelle (le fait d’être au chômage), le niveau de revenu et la PCS (le fait d’être ouvrier) depuis 2000 montre que les inégalités en matière de tabagisme, qui s’étaient renforcées entre 2000 et 2010, se maintiennent en 2014, et pourraient même s’être accentuées si l’on considère la situation de chômage, expliquent les auteurs (2).

Ces liens sont particulièrement marqués chez les hommes, mais la situation de chômage est aussi associée au tabagisme chez les femmes. Le fait d’être sans diplôme ou d’avoir un niveau de diplôme inférieur au bac reste également fortement associé au tabagisme régulier, en particulier chez les femmes de 20 à 44 ans.

Sur le long terme, la prévalence tabagique diminue de manière régulière depuis les années 1970 parmi les hommes et, de manière moins nette, depuis les années 1990 parmi les femmes. Après la hausse de la prévalence tabagique observée entre 2005 et 2010, la proportion de fumeurs apparaît stable entre 2010 et 2014 et une légère diminution de l’usage quotidien de tabac est observée.

Des inégalités sociales

Un autre élément saillant de cette analyse est le maintien des inégalités sociales en matière de tabagisme, notent les auteurs. L’écart entre les chômeurs et les personnes qui travaillent pourrait même continuer à se creuser, alors que les fumeurs les moins favorisés sont aussi nombreux que les autres à déclarer avoir envie d’arrêter de fumer. Les résultats du baromètre santé 2014 peuvent être mis en regard des données de vente de tabac en France métropolitaine analysées par l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). Ces ventes ont fortement baissé en volume en 2013 par rapport à l’année précédente (-6 %), et la tendance est identique en 2014 (-5 % par rapport à 2013). Cette baisse des ventes, importante (-14 % au total entre 2010 et 2014), ne correspond que partiellement à l’évolution des données de consommation des baromètres santé : légère baisse de la prévalence du tabagisme quotidien et stabilité du nombre moyen de cigarettes fumées par les fumeurs quotidiens.

International : que se passe-t-il ailleurs ?

D’un point de vue international, la prévalence tabagique en France (34 % de fumeurs) se situe bien au-dessus des niveaux enregistrés récemment au Royaume-Uni (20 %), aux Etats-Unis (19 %), en Australie (16 %) ou au Canada (17 %), pays à la pointe de la lutte antitabac et pour lesquels la prévalence tabagique est en constante diminution depuis plusieurs années, voire décennies. Dans une moindre mesure, les prévalences observées dans d’autres pays voisins sont également inférieures : 26 % en Allemagne, 25 % aux Pays-Bas, 30 % en Espagne. Dans une récente étude reprenant les leçons de différents rapports institutionnels, notamment un rapport de la Cour des comptes, les causes avancées pour expliquer la relative stabilité de la prévalence tabagique en France depuis 2005, en regard de la baisse continue observée en Angleterre, étaient : le manque de stratégie globale de contrôle du tabagisme en France, des hausses de prix insuffisantes, un financement inadéquat des politiques de lutte antitabac, l’influence de l’industrie du tabac et le rôle des buralistes.