Tabac : l’OMS sort un rapport

Publié par jfl-seronet le 22.08.2017
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Mondetabac

Un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) indique qu’il y a eu une extension spectaculaire en dix ans des politiques de lutte antitabac qui sauvent des vies. Il donne même le chiffre de 4,7 milliards de personnes, soit 63 % de la population mondiale, qui sont désormais protégées par des mesures telles que les mises en garde illustrées, les lieux publics non-fumeurs et d’autres mesures encore.

Le dernier Rapport de l’OMS sur l’épidémie mondiale de tabagisme, publié le 18 juillet, conclut que davantage de pays ont mis en œuvre des politiques de lutte antitabac, allant des mises en garde illustrées sur les paquets aux zones non-fumeurs, en passant par des interdictions de la publicité. De ce fait, ce sont pas moins de 4,7 milliards de personnes, soit 63 % de la population mondiale, sont couvertes par au moins une mesure globale de lutte antitabac. En 2007, seulement 1 milliard de personnes et 15 % de la population étaient protégées, le chiffre a donc quadruplé. Les stratégies pour la mise en œuvre de ces politiques ont sauvé des millions de personnes d’une mort prématurée, indique l’OMS. Cependant, l’institution internationale s’alarme du fait que l’industrie du tabac continue d’entraver les efforts des gouvernements pour appliquer pleinement les interventions qui sauvent des vies et permettent des économies.

Pour le nouveau directeur général de l’OMS, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, le message est clair : "Dans le monde entier, les gouvernements ne doivent pas perdre de temps pour intégrer toutes les dispositions de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac dans leurs programmes et politiques nationaux de lutte contre le tabagisme (…) Ils doivent aussi prendre des mesures autoritaires contre le commerce illicite du tabac, qui aggrave exacerbe l’épidémie mondiale de tabagisme et les conséquences aux niveaux sanitaire et socioéconomique." Et Tedros Ghebreyesus d’ajouter : "En travaillant ensemble, les pays peuvent éviter que, chaque année, des millions de personnes meurent de maladies liées au tabagisme et ainsi économiser des milliards de dollars par an en dépenses de santé et en perte de productivité".

Les stratégies de lutte conformes à la Convention-cadre sont les suivantes :

● surveiller la consommation de tabac et les politiques de prévention ;
● protéger la population contre la fumée du tabac ;
● offrir une aide à ceux qui veulent arrêter le tabac ;
● mettre en garde contre les méfaits du tabagisme ;
● faire respecter l’interdiction de la publicité en faveur du tabac, de la promotion et du parrainage ;
● augmenter les taxes sur le tabac.

Le nouveau rapport de l’OMS, est axé sur la surveillance de la consommation du tabac et les politiques de prévention. Les auteurs constatent qu’un tiers des pays ont des systèmes complets de surveillance de la consommation du tabac. Si leur proportion a augmenté par rapport à 2007 (elle était d’un quart à l’époque), les gouvernements doivent néanmoins en faire plus pour donner la priorité à ce domaine de travail et le financer. Même les pays aux ressources limitées peuvent surveiller la consommation du tabac et appliquer des politiques de prévention. En produisant des données sur les jeunes et les adultes, les pays peuvent ensuite promouvoir la santé, faire des économies sur les dépenses de santé et générer des recettes pour les services publics, indique le rapport. Il ajoute que le contrôle systématique des interférences de l’industrie du tabac dans l’élaboration des politiques gouvernementales protège la santé publique en mettant en lumière les tactiques de cette industrie, comme le fait d’exagérer son importance économique, de discréditer les faits scientifiques avérés et de recourir aux procédures judiciaires pour intimider les gouvernements.

"Les interférences de l’industrie du tabac dans les politiques publiques constituent un obstacle meurtrier au progrès de la santé et du développement dans de nombreux pays», déplore le Dr Douglas Bettcher, directeur à l’OMS du Département Prévention des maladies non transmissibles. "Mais en contrôlant et en bloquant ces activités, nous pouvons sauver des vies et semer les graines d’un avenir durable pour tous".

Quelques données du rapport 2017

Le Népal, l’Inde et les Philippines font partie des pays ayant mené des initiatives soutenues par l’OMS pour surveiller la consommation du tabac, puis appliquer des mesures pour protéger la population du tabagisme. Ainsi le Népal a introduit en mai 2015 les plus grandes mises en garde sanitaires sur les paquets de tabac (couvrant 90 % de la surface) après avoir utilisé une série de questions d’enquête sur le tabagisme dans les familles qui a permis de détecter une forte prévalence d’hommes adultes qui fument ou consomment des produits sans fumée. En Inde, un programme de sevrage tabagique à l’échelle du pays a été lancé et un numéro d’appel gratuit pour arrêter de fumer après avoir réalisé une "enquête globale sur le tabagisme chez l’adulte" en 2009-2010 qui a révélé un grand intérêt chez près d’un fumeur et d’un consommateur de produits sans fumée sur deux pour mettre fin à leur habitude. Aux Philippines, on a adopté en 2012 la "Sin Tax Reform Law", réforme marquante de la législation sur la taxation du tabac et de l’alcool, après qu’une enquête globale sur le tabac chez l’adulte a révélé, en 2009, des taux élevés de tabagisme chez les hommes (47,4 %) et les garçons (12,9 %). Ce type de fortes mesures de réduction de la demande a contribué à faire baisser la consommation du tabac, selon les résultats de l’enquête de 2015. Par ailleurs, une législation antitabac complète est actuellement en place pour près de 1,5 milliard de personnes dans 55 pays. Depuis 2007, on a observé des progrès spectaculaires dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, 35 d’entre eux ayant adopté une législation antitabac complète depuis 2007. De plus, des traitements adaptés pour le sevrage sont en place pour 2,4 milliards de personnes dans 26 pays. La mesure consistant à apposer de fortes mises en garde illustrées sur les paquets de tabac est la plus appliquée des mesures et couvre près de 3,5 milliards de personnes dans 78 pays, soit près de la moitié de la population mondiale (47 %). Enfin, 3,2 milliards de personnes vivent dans un pays qui a diffusé dans les médias au moins une campagne nationale complète antitabac au cours des deux dernières années.

Le tabac tue… vraiment !
Avec plus de sept millions de morts par an, la consommation de tabac est la première cause évitable de mortalité dans le monde. Ses coûts économiques sont également énormes, totalisant plus de 1 400 milliards de dollars en dépenses de santé et perte de productivité. La lutte antitabac est un élément essentiel du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Celui-ci comporte des cibles pour renforcer l’application de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac et pour réduire d’un tiers le taux de mortalité prématurée due à des maladies non transmissibles, dont les maladies cardiovasculaires et pulmonaires, le cancer et le diabète. Le tabagisme est l’un des facteurs de risque les plus fréquents pour les maladies non transmissibles qui tuent 40 millions de personnes par an, soit 70 % du total des décès dans le monde, dont 15 millions de personnes âgées de 30 à 69 ans. On observe plus de 80 % de ces décès "prématurés" dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.