Tabagisme : les PVVIH plus concernées

Publié par Fred Lebreton le 31.03.2021
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Thérapeutiquetabactabagisme

Les personnes vivant avec le VIH ont environ 65 % de probabilité en plus d’être consommatrices de tabac comparées aux personnes séronégatives. Cette donnée est issue d’une méta-analyse publiée dans la revue Aids et reprise sur le site Aidsmap. Un niveau élevé de tabagisme a été observé à la fois chez les hommes et les femmes vivant avec le VIH et ce dans toutes les régions du monde à l’exception du pacifique ouest.

Les cancers sont une cause de décès importante chez les personnes vivant avec le VIH. Depuis longtemps, un niveau élevé de cancers liés au tabagisme a été observé. Ces cancers expliquent, entre autres, pourquoi malgré des traitements antirétroviraux très efficaces, l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH reste légèrement inférieure à celle des personnes séronégatives, avancent les chercheurs-ses.

Le Dr Peter Johnston et ses collègues des universités de Sheffield et Nottingham (Royaume-Uni) ont réalisé une méta-analyse (une étude d’études) de 37 études observationnelles dans le monde qui comparaient la consommation de tabac entre personnes séropositives et personnes séronégatives. Les moyens de consommation étaient les cigarettes, les pipes, les cigares et le narguilé. Les cigarettes électroniques, le tabac à mâcher et le tabac à priser n’étaient pas inclus dans cette méta-analyse. Ces études ont été menées entre 1990 et 2018 et comprenaient, au total, 111 000 personnes vivant avec le VIH et presque 11 millions de personnes séronégatives. Dans ces deux groupes, il y avait 38 336 personnes vivant avec le VIH (18 241 hommes et 18 095 femmes) et 709 358 personnes séronégatives (298 334 hommes et 411 024 femmes) qui consommaient du tabac. Neuf études ont été menées en Europe, 17 sur le continent américain, 7 en Afrique, 2 en Pacifique Ouest et 1 seule en Asie du sud-est. Les hommes vivant avec le VIH avaient 68 % de probabilité en plus d’être consommateurs de tabac que les hommes séronégatifs et les femmes vivant avec le VIH deux fois plus de probabilité que les femmes séronégatives.

Cette étude n’avait pas pour but d’expliquer pourquoi il existe une prévalence du tabagisme chez les personnes vivant avec le VIH, mais les chercheurs-es ont avancé des raisons fondées sur des conclusions d’autres études comme l’usage de drogues récréatives, l’exclusion sociale et l’état dépressif. « Ces données appuient la nécessité d’intégrer le sevrage tabagique dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH à travers le monde. Le développement de stratégies pour arrêter la consommation de tabac est une priorité claire, en particulier chez les personnes les plus vulnérables » concluent les chercheurs-es.

Références : Johnston PI et al. Worldwide relative smoking prevalence among people living with and without HIV: a systematic review and meta-analysis. AIDS, published ahead of print, January 2021. 
doi: 10.1097/QAD.0000000000002815

Commentaires

Portrait de Superpoussin

Pour qui connait un peu l'histoire du VIH ce n'est guère une surprise.

Je n'ai encore pas rencontré de personne ayant touché aux drogues illicites qui n'a pas touché aussi au tabac et par ailleurs le risque d'être contaminé par voie sexuelle est quand même sensiblement plus élevé chez qui a une tendance libertine impliquant la fréquentation de lieux qui jusqu'il y a peu étaient peu avenants pour qui était non fumeur.

Par contre on pourra se poser la question de la rigueur intellectuelle des "chercheurs" qui ont livré une telle "conclusion" qui n'a pas grand chose à voir avec le résultat de leur étude. Du coup on peut légitimement se demander si cette méta-analyse n'avait d'autre but que de pouvoir caser cette "conclusion", même bancalement, afin de pouvoir ensuite demander du fric.

 

Je doute qu'en dehors du lobby du tabac on trouve beaucoup de gens qui trouveraient inutile d'aider les gens à arrêter le tabac, surtout parmi les séropositif, mais avait-on besoin d'une étude qui parle de prévalence du tabagisme pour le rappeler? Une étude sur les ravages du tabac chez les séropositifs n'aurait-elle pas été plus pertinente, par exemple en regardant l'impact du tabagisme dans la survenue des pneumocystoses (bon ok cela n'arrive plus guère)?