TDS en Ouganda : pas encore Prep !

Publié par Fred Lebreton le 24.04.2022
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SexualitéPrEPtravail du sexe

En 2016, la prévalence du VIH chez les travailleurs-ses du sexe (TDS) à Kampala, la capitale de l’Ouganda (Afrique de l’Ouest), était estimée à 37 %. Une étude publiée dans le Journal of Acquired Immune Deficiency Syndromes s’est intéressée à la prévention combinée du VIH chez les travailleurs-ses du sexe (TDS) dans le pays, rapporte le site d’info Aidsmap. Explications.

Deux offres de prévention

Le Dr Andrew Mujugira de l'université Makere (Ouganda) et une équipe de chercheurs-ses de l’Université de Washington (États-Unis) ont mené une étude sur la prévention combinée pour évaluer si le fait de proposer des autotests et la Prep en même temps pouvaient renforcer l’observance à la Prep chez les TDS. L’étude, nommée Empower, a eu lieu en 2018 et 2019. Au total, 110 TDS femmes, hommes et trans ont été recrutés-es par des pairs-es communautaires. Deux groupes ont été constitués. Un groupe « standard » de 53 personnes qui recevaient trois boites d’un mois de comprimés de Prep, des préservatifs, du gel lubrifiant et se voyait proposer un dépistage du VIH et des IST tous les trois mois. Un second groupe « autotests » de 57 personnes qui recevaient les mêmes services plus quatre autotests du VIH tous les trois mois, distribués lors des visites trimestrielles de contrôle en clinique. Dans le groupe « standard », il y avait 45 femmes, 3 hommes et 5 personnes trans. Dans le groupe « autotests »,  il y avait 39 femmes, 7 hommes et 11 personnes trans. Au total, 80 % des participants-es étaient célibataires et 63 % avaient au minimum un enfant. Le travail du sexe était la source de revenu principal pour 68 % des participants-es avec un revenu moyen mensuel de 300 000 shillings ougandais (75 euros).

Un plébiscite pour les autotests...

Au moment de l’étude, les kits d’auto dépistages n’étaient pas disponibles en Ouganda. La totalité des personnes du groupe « autotests » a déclaré avoir utilisé au moins un des kits lors des visites trimestrielles et le taux global d’utilisation des autotests était de 99 %, sur l’ensemble des rendez-vous de suivi trimestriels. Le taux de confiance dans les kits d’autotests était élevé puisque 98 % des participants-es ont déclaré qu’ils-elles avaient confiance dans les résultats. Autres chiffres intéressants : 99 % des participants-es ont déclaré qu’ils-elles recommanderaient les autotests à leurs proches ; 96 % ont trouvé que les kits étaient simples à utiliser ; 83 % ont préféré les autotests à la maison que les dépistages à la clinique et 44 % ont distribué des autotests à des partenaires clients et non clients.

...Mais pas pour la Prep !

Au début de l’étude, 86 % des participants-es avaient entendu parler de la Prep, 79 % pensaient que la Prep pouvait les protéger du VIH et 60 % craignaient d’éventuels effets indésirables de la Prep. L’observance à la Prep a été testée à l’aide de piluliers électroniques et en analysant la présence de Truvada dans le sang des participants-es. L’observance à la Prep était très faible et équivalente dans les deux groupes. Les niveaux de Truvada étaient extrêmement bas. Dans le groupe « autotests », seuls-es 2 % des participants-es avaient un niveau de Prep suffisant pour les protéger efficacement du VIH, lors des visites de contrôle à trois et six mois. Ce taux chutait à 0 % lors des visites à neufs et douze mois, ce qui signifie que les personnes avaient arrêté de prendre la Prep. Dans le groupe « standard », 8 % des participants-es avaient un niveau de Prep suffisant pour les protéger efficacement du VIH lors des visites de contrôle à trois. Ce taux chutait à 0 % lors des visites à six, neufs et douze mois.

Trouver d’autres stratégies

En conclusion, les chercheurs-ses ont admis que bien que les autotests aient été plébiscités par les participants-es, ils n’ont pas eu d’effet sur l’observance à la Prep. Aucun-e des travailleurs-ses du sexe dans cette étude n’avait un taux de Prep suffisant pour les protéger du VIH après six mois de suivi. Les chercheurs-ses appellent à développer d’autres stratégies pour promouvoir la Prep auprès des travailleurs-ses du sexe en Afrique subsaharienne y compris la Prep injectable, quand cette dernière sera disponible.