Traitement pour tous : Warning ouvre le débat

Publié par jfl-seronet le 31.08.2010
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prévention par le traitement
La Conférence internationale sur le sida de Vienne a particulièrement mis en avant l'idée d'une éradication possible de l'épidémie de VIH en mettant sous traitement antirétroviral toutes les personnes nouvellement dépistées voire l’ensemble des séropositifs. Cette stratégie qui semble avoir les faveurs de chercheurs, de spécialistes du VIH et de structures importantes (gouvernementales ou non) fait aussi l'objet de questionnements. C'est le cas avec l'association française Warning, dont le co-président Georges Sidéris, a récemment consacré une tribune à ce sujet. Explications.
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Chambre d'amplification. Manifestement, c'est un des rôles qu'a tenu la Conférence internationale sur le sida de Vienne à propos d'une idée qui tourne pourtant depuis plusieurs mois dans le milieu VIH, mais pas uniquement : on a aujourd'hui les moyens d'éradiquer l'épidémie de sida en traitant plus tôt, plus massivement voire TOUS les séropositifs ! Des recherches s'appuyant notamment sur de savants calculs mathématiques ont montré que, dans l'absolu, il était possible d'atteindre un tel résultat : l'arrêt de l'épidémie en quelques décennies. Comme on l'imagine, cette perspective qui a des allures d'espoir a suscité un certain emballement. Un emballement qui laisse "perplexe" l'association Warning.

"Certes, le fait que les personnes sous traitement avec charge virale indétectable ne transmettent pratiquement plus le virus est un point essentiel pour la lutte contre le sida et contre les politiques de pénalisation de la transmission du VIH (…) De même, il est utile d’explorer la voie des traitements comme outil préventif pour les personnes séronégatives ou séropositives, notamment au sein des couples sérodifférents qui ne veulent plus utiliser de préservatifs, ou qui désirent plus simplement procréer par voie naturelle", rappelle Warning qui n'écarte évidemment pas certains avantages du "traiter tôt". "En revanche, vouloir faire du traitement un outil de santé publique s’appliquant potentiellement à tous les séropositifs implique de nombreuses problématiques éthiques…", tempère l'association.

En fait pour Warning, traiter plus tôt, traiter tous les séropositifs, même ceux qui ne correspondent pas aux critères admis pour une mise sous traitement (par exemple ceux dont les CD4 sont très élevés par rapport aux standards actuels de prise en charge) relève d'abord de l'équilibre, un équilibre entre le plan individuel et le plan collectif. Il y aurait certes un intérêt collectif à ce que tous les séropositifs soient traités et le soient tôt, mais qu'en serait-il du point de vue individuel ? Sur ce point, Warning est catégorique : "Si l'intérêt individuel du traitement précoce se rapproche de l'intérêt collectif de traiter plus de monde plus tôt, nous ne sommes pas encore dans une situation d'intérêts mutuels". Evidemment Warning n'oublie pas qu'il "apparaît aujourd’hui que le traitement précoce (entre 350 et 500 CD4/mm3) apporte des avantages thérapeutiques certains (moins de cancers notamment) par rapport aux dégâts entraînés par l’inflammation généralisée due à la présence de VIH dans le corps tels le vieillissement accéléré des organes (cerveau et cœur notamment)", un argument d'intérêt individuel en faveur du "traiter tôt", mais l'association y voit deux limites. D'une part, on ne sait encore pas grand-chose de "la toxicité des [antirétroviraux] administrés au long cours." D'autre part, traiter l'ensemble des personnes séropositives pour atteindre un objectif de santé publique comporterait, en soi, le risque d'une "sur-médicalisation de populations spécifiques". Histoire de bien se faire comprendre, Warning interroge : "A quel titre pourrait-on imposer à une personne séropositive asymptomatique un traitement dont elle n’a peut-être pas besoin immédiatement ? Quels dispositifs médicaux voire juridiques pourraient soumettre une personne séropositive à un traitement suite à un dépistage positif au VIH ou dès que ses CD4 sont en dessous de 500/mm3 ?"


Des questions importantes, mais peu débattues pour le moment. Cette absence de débat (du moins public) permet d'ailleurs à Warning de pousser son avantage parfois sans guère de nuances. Ainsi l'association se demande : "Comment assurer la garantie du libre-choix du traitement et le consentement éclairé face à de potentielles pressions médicales, interindividuelles, intra-communautaires, voire juridiques pour débuter un traitement ? En s’orientant dans un but collectif vers le traitement dès le début de l’infection, on créerait un dangereux précédent en matière de santé puisque ce serait la voie ouverte à l’obligation de traitement, y compris pour d’autres pathologies, même sans l’accord de la personne concernée." Rappelons que personne n'avance l'idée d'un traitement obligatoire, même si certaines formules, comme celle de Jean-François Delfraissy, le directeur de l'ANRS citée par Warning : "Il s’agit de traiter même des gens qui n’en ont pas besoin, pour réduire la quantité de virus en circulation", peuvent créer un peu de flottement. Plus habile est l'argument qui pointe le fait "qu'envisager les traitements comme la seule solution face à l’épidémie et sa potentielle éradication ne peut que répandre une idée dangereuse parmi les personnes séronégatives ou qui se pensent séronégatives : nous n’avons plus besoin de nous responsabiliser en matière de santé sexuelle puisque les personnes séropositives sont sous traitement !" Le risque de "faire reposer tout le poids de la prévention sur les épaules des seules personnes séropositives" mérite d'être discuté et pensé. Efficacement construite, la tribune de Warning se montre moins convaincante (on vous laisse juge) lorsqu'elle évoque les répercussions sur le plan international d'une telle stratégie. Pour faire court, disons que l'association estime que cette stratégie "aventureuse" ne marchera pas par manque de moyens financiers et humains. C'est peut-être vrai, mais dommage que Warning oublie une carte importante du jeu : l'engouement pour cette stratégie s'explique par le fait qu'elle constitue un outil de lobbying majeur, une façon de culpabiliser et de responsabiliser les financeurs : cette épidémie peut s'arrêter, les drames cesser… si vous le voulez, si vous y mettez les moyens ! De surcroît, elle permet de faire passer le message que la lutte contre le sida n'est pas le tonneau des Danaïdes, un argument qui pèse dans le contexte actuel.
Adroite et invitant bien à la réflexion, cette tribune mérite une lecture attentive. C'est possible en se rendant sur le site de Warning.
Plus d'infos sur http://www.thewarning.info/

Illustration : Mzacha

Photo Vienne : Aides

Commentaires

Portrait de sonia

moi ces campagnes de traiter au plus vite me rappellent celles des missionnaires envoyés avec les bonnes soeurs pour évangéliser et vacciner toutes ces hordes de sauvages sous l'empire colonial...(maréchal nous voila.) au fin fond de la jungle africaine ! C'etait il y a un siècle, il y a un an, une éternité chabada En vrai, j'en ai un peu marre des annonces , des buzzs et autres luttes intestines qu'on nous infflige (faut pas déconner connais les). Du coup je suis un peu lasse, je me prélasse dans mon salon de 100 cent mètres carrés en fumant le cigare comme une pétasse hi hi hi mais ho ho ho Warning ne dit rien sur les non progresseurs ? cette population infime qui demeure indetectable sans traitement, leur place dans la problematique tasp treatment as prevention (ba oui fo apprendr l'anglais si on veut comprendre les études australiennes skypy le gentil kangourou ,-)

En bref, quelle est à l'heure actuelle la position envisagée par les hauts responsables du sida (prevention politique plaidoyer ars /ras rien à signaler ) face aux futures interrogations des porteurs sains du virus du sida? Qu'en est il du test proposé par certains qui consiste à détecter les seropositifs "auto immunisés?" ou du moins porteurs d'un de ces gènes ou protéines  et qui se protègent naturellement du sida ?(et dont on devrait pas envisager de mise sous traitement "normalement")