Transmission : un discours qui pose problème

Publié par jfl-seronet le 09.07.2011
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transmission
Il n’est pas certain que le discours religieux sur le sida, récemment tenu par un responsable de l’Islam, Abdoul Aziz Kébé, à l’occasion d’un atelier sur le prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant au Sénégal soit à même d’apaiser les esprits, ni même de jouer en faveur d’un renforcement de la prévention… on peut craindre l’effet inverse.
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C’est "Sud Quotidien", un important journal sénégalais, qui nous apprend la nouvelle (1er juillet). Un de ses journalistes, Cheikh Tidiane Mbengue, a suivi les travaux de cet atelier, en présence de nombreux religieux, organisé fin juin à Dakar. Résumant les travaux, "Sud Quotidien" écrit  que "La transmission volontaire de toute maladie est un acte condamné par l'Islam". Jusque-là, c’est plutôt une approche classique tant religieuse que juridique. Comme l’explique le journal, le responsable religieux s’alarme de l'ampleur de la prévalence du VIH/sida dans les couples. Pour mieux faire passer son message d’alerte, il a prévenu que l'Islam "considère que celui qui transmet sciemment (…) commet un acte d'empoisonnement (…) L'empoisonnement est considéré comme un crime contre l'humanité". Là où cela se complique, c’est lorsque le journal explique que l'islamologue Abdoul Aziz Kébé affirme, concernant le VIH/sida, que "la contamination insidieuse d'un couple à son enfant est considérée comme un acte d'empoisonnement". Il développe, en effet, l’idée que "toute personne susceptible d'entrainer la propagation d'une maladie [par exemple, une mère à son enfant] commet un acte d'empoisonnement". Il en tire d’ailleurs la même conclusion : c’est, là-encore, "un crime contre l'humanité". Si on en croit les journaux, cette affirmation particulièrement problématique, n’a pas suscité de réactions particulières chez les participants. Elle pose portant souci.
De plus, elle n’est pas le meilleur moyen d’atteindre les objectifs de santé publique que le Sénégal se fixe : élimination de la transmission du VIH/sida de la mère à l'enfant d'ici 2015, réduction de la mortalité infantile, amélioration de la santé maternelle, etc.
De son côté, Abdoul Aziz Kébé estime que les religieux ont un grand rôle à jouer en vue de mieux sensibiliser les "fidèles" sur le VIH/sida. Il a ainsi fait appel aux imams pour qu'ils sensibilisent leurs "fidèles" pendant les sermons. Mieux, a-t-il ajouté, les mosquées doivent aussi servir d'espaces de conseils sanitaires. Avec ce message, on peine à croire que cela soit utile.