Travail du sexe : des droits pour jouir en paix !

Publié par Mathieu Brancourt le 15.04.2013
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Mode de vietravail du sexeprostitutionsexworkdélit de racolageabolition de la prostitution

Militant de la lutte contre le sida à AIDES, journaliste pour Remaides et Seronet, citoyen, Mathieu Brancourt suit les revendications des travailleuses et travailleurs du sexe, notamment celles relatives à l’accès aux soins. Il a, de fait, couvert de nombreuses manifestations pour Seronet dont celle du 18 mars. Il livre aujourd’hui son point de vue personnel sur le combat mené de longue date pour l’abrogation du racolage public. Voici sa tribune.

C'est un bien triste anniversaire. Le 18 mars dernier, la loi sur la sécurité intérieure (LSI) a "fêté" ses dix ans. Pour les travailleurs et travailleuses du sexe, ce texte est l'aboutissement d'une logique répressive et bien pensante, méprisant les droits les plus fondamentaux des personnes exerçant le travail du sexe. A cette occasion, AIDES, Médecins du Monde et le Planning familial ont réitéré leur demande de suppression de cet arsenal législatif inefficace dans la lutte contre les réseaux de traite de l'être humain et délétère pour la santé des personnes.

Comme pour la drogue, le tout répressif ne marche pas. Pire encore, cette guerre a fait, fait et fera encore beaucoup de victimes si elle n'est pas stoppée. Le délit de racolage passif, institué en 2003, demeure une prison légale dans laquelle les prostitué-es sont privé-es de leurs droits. Stigmatisé-es, précarisé-es et relégué-es comme simples criminel-les, les travailleur-ses du sexe sont ainsi davantage vulnérables à la violence de leur client ou de la police.

Mis à l'ombre des yeux pudibonds et des oreilles chastes, les prostitué-es sont invibilisé-es, réprimé-es dans leur liberté d'agir, de se défendre, de prendre soin de leur santé. Mis-es au banc de la société, éloigné-es des structures médicales et des organisations de prévention, ils et elles sont d'autant plus vulnérables au VIH/sida et aux infections sexuellement transmissibles Aujourd'hui, les travailleurs et travailleuses du sexe sont l'une des communautés les plus vulnérables à l'épidémie de sida en France.

En France, la question de la prostitution est l'un des rares sujets de consensus entre la droite et la gauche. Malheureusement ! La gauche a suscité l'espoir depuis l'abrogation du délit de racolage passif, mais la loi sur la sécurité intérieure, veut désormais pénaliser le client et, à terme, abolir "le plus vieux métier du monde". La logique abolitionniste, qui prend souvent les atours d'un féminisme moraliste voire moralisateur, voudrait trancher sans nuance entre la prostitution de réseaux, dénoncée par le Syndicat du travail sexuel (STRASS), et le libre exercice de prestations sexuelles.

Ces femmes et ces hommes, homos, bis ou hétéros, trans et cisgenres, méritent un véritable accès à leurs droits comme aux soins. Quand on sait qu'elles et ils sont astreints à payer des impôts sans pouvoir disposer, en retour, de leurs droits sociaux, on comprend que la situation est profondément hypocrite et injuste. Les dispositions légales et les initiatives politiciennes, liberticides et mortifères pour les travailleurs et travailleuses du sexe n'ont que trop duré. Elles relèvent autant d'une méconnaissance des réalités d’exercice des différentes prostitutions que d'une forme de putophobie d'Etat. Car abolir la prostitution, c'est vouloir abolir les putes ! Alors donnons leurs des droits et laissons-les jouir en paix !