Travail du sexe : l’analyse sans merci du Planning familial

Publié par jfl-seronet le 14.11.2013
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Politiquetravail du sexeprostitution

La future proposition de loi socialiste visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel — elle sera débattue en novembre — a suscité de nombreuses tribunes et des prises de position multiples. Il y a du très mauvais (le manifeste de Causeur) et du très bon… comme l’analyse proposée par le Planning familial. En voici quelques extraits.

En prévision des débats parlementaires, le Planning Familial a analysé la proposition de loi du PS. Il considère qu’il s’agit d’une "loi compassionnelle qui stigmatige les étrangères".

Dès juin 2011, le Conseil d'administration confédéral du Planning a pris position sur la prostitution, position confirmée par son Congrès d'octobre 2012. "Cette position n'a pas pris une ride !", explique le mouvement. Le Planning Familial avance qu’une "loi doit être conçue de façon à ne pas avoir d'effets contraires à ses objectifs, et dans le cas présent ne pas nuire aux personnes que la loi doit protéger". "Perdu !", estime-t-il. "Non seulement les mesures prises organisent la misère, mais la proposition de loi met en avant la prostitution de rue des étrangères, visible au sein des villes, au détriment d'une approche plurielle d'une réalité complexe, dans un contexte de rejet des étrangères et étrangers les stigmatisant un peu plus", avance le mouvement. "C'est (…) dangereux pour les personnes concernées et surtout, cela ne résout rien du problème car la proposition de loi est bien pauvre sur les garanties et les moyens que l'Etat engagera pour lutter efficacement contre les réseaux de traite et d'esclavage tant au niveau national qu'international pourtant l'objectif central et affiché comme tel ! Une loi compassionnelle".

Analyse de la proposition de loi visant à lutter contre le système prostitutionnel. Extraits.

"Le Planning Familial agit et lutte pour participer à la construction d’une société égalitaire, sans marchandisation et sans violence. Cet objectif ne doit pas nous conduire à agir, ici et maintenant, en aggravant la situation des personnes concernées par cette marchandisation, les inégalités et les violences. Le Planning, mouvement féministe, s’appuyant sur son analyse des rapports sociaux de sexe, replace la prostitution dans un continuum de la domination masculine et refuse de faire des personnes prostituées des personnes à part".

Si la prostitution a changé dans ses modalités et ses formes, avec l’arrivée d’un nombre important de femmes étrangères dans la prostitution de rue et avec l’usage généralisé d’Internet, son développement est largement lié aux inégalités économiques croissantes et au renforcement de la marchandisation dans nos sociétés… Dans ce contexte, pénaliser le client ne résoudra aucun des problèmes actuels, mais pénalisera d’abord les personnes se prostituant, en les renvoyant dans des espaces non protégés, ce qui aggravera leur isolement, leur clandestinité. Leur éloignement des structures les exposera ainsi à des risques majeurs en matière de santé par une exposition accrue aux IST et VIH, d’exclusion et de violences à leur encontre. L’effet direct de la loi sera donc de renforcer la précarité et la stigmatisation des personnes se prostituant (…) C’est pourquoi le Planning Familial, qui inscrit clairement son combat dans la lutte contre les inégalités et contre l'exploitation dans toutes ses dimensions, ne peut souscrire au volet pénal de la proposition de loi, qui risque de réduire à néant la mesure progressiste d’abrogation du délit de racolage passif réclamée depuis longtemps".

Pourquoi Le Planning Familial n’est-il pas convaincu des bienfaits supposés de cette Loi ?

"Selon la police, nous dit-on, la prostitution concernerait 90 % de femmes étrangères : les féministes savent de longue date combien, dans le domaine des violences, il est difficile d’obtenir les "bons chiffres", et que ceux-ci ne recouvrent pas la réalité du terrain.

Le rapport de l’IGAS [Inspection générale des affaires sociales], comme les éléments fournis par les associations sont très différents, avec un chiffre de 400 000 personnes concernées et des situations d’exercice de prostitution très diverses.

Mettre en avant ainsi la prostitution de rue des étrangères, visible au sein de nos villes, au détriment d’une approche plurielle d’une réalité complexe, dans le contexte politique actuel de rejet des étrangères et étrangers, est dangereux pour les personnes concernées. Conditionner tous les droits sociaux des personnes notamment en matière d’hébergement, de santé, de ressources, à la sortie de la prostitution et à la signature d’une convention tripartite avec l’administration et avec une association est inacceptable. Les étrangères se verront proposer un titre de séjour temporaire de 6 mois et l’ATA (aide temporaire d’attente). Outre que cette proposition fait des personnes qui se prostituent des "mineures assistées", comment imaginer que cette misère organisée permette à celles et ceux qui le souhaitent de sortir de la prostitution ? L’Etat français est-il prêt à mettre les moyens d’une véritable autonomie et d’un véritable choix pour les personnes concernées ? A-t-il dans sa besace 20 000, 400 000 emplois à proposer aux personnes qui voudraient quitter la prostitution : les derniers chiffres du chômage nous laissent peu d’espoir !"

Autre argument : "Enfin, le texte de loi proposé en dit peu sur les garanties et les moyens que l’Etat engagera pour lutter efficacement contre les réseaux de traite et d’esclavage au niveau national et international, alors que cet objectif devrait être central dans le texte de loi.

Pour promouvoir des changements en profondeur dans les rapports entre les femmes et les hommes, nous préférons les vertus de la sensibilisation et de l’éducation à celles de la répression", estime le Planning familial.