Travail du sexe : Lyon fait pressions

Publié par jfl-seronet le 29.04.2013
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"La prostitution n’est pas illégale et pourtant… une répression massive s’abat sur les personnes prostituées lyonnaises". Ce paradoxe n’en est pas seulement un, c’est le titre d’un communiqué (10 avril) de l’association lyonnaise Cabiria, mais c’est aussi une dénonciation. Coup de gueule !

"La prostitution n’est pas illégale, elle relève d’une activité privée et seul le racolage est pénalisé", rappelle l’association. Bien évidemment et très logiquement, Cabiria juge que la proposition de loi visant à abroger le racolage public adoptée le 28 mars au Sénat est une "bonne nouvelle". Et l’association veut y voir "le signe d’une préoccupation des pouvoirs publics en faveur des personnes prostituées", mais localement il en va autrement puisque Cabiria dénonce une "répression massive" qui s’abat sur les travailleuses sexuelles à Lyon.

"Au niveau national, on se réjouit de l’avancée vers l’abrogation du délit de racolage. Les travailleurs et travailleuses du sexe vont-ils sortir d’un statut frappé d’illégitimité ? Vont-ils pouvoir accéder à leurs principales revendications qui sont pouvoir travailler en paix, qu’ils et elles puissent ainsi vivre et travailler dans de bonnes conditions et prendre le temps pour leur santé, leur famille et leur vie en général ; pouvoir accéder au droit commun (sécurité sociale, retraite, prise en charge de leurs plaintes suite à des agressions) sans subir de discriminations ?", demande l’association. Elle explique qu’à Lyon "une grande majorité des femmes exercent la prostitution dans les rues des quartiers de Gerland et de Perrache (…)  Depuis plus de 10 ans elles sont régulièrement déplacées de quartier en quartier par la ville qui use pour cela de multiples arrêtés municipaux interdisant le stationnement de leur camionnette. Un arrêté municipal a été déposé ensuite sur ce périmètre, alors où aller ? (…) C’est dans cette zone, absolument déserte la nuit, qu’elles se sont retrouvées très isolées lors d’opérations policières massives et répétées. Cela a commencé le mardi 19 mars autour de minuit. De nombreux policiers ont encerclé la zone, bouclé les rues et effectué un contrôle systématique de toutes les personnes présentes, hommes, femmes, salariés de l’association en tournée à ce moment là. L’ensemble des camionnettes a été embarqué à la fourrière. Tout cela se déroule sous le bruit assourdissant d’un hélicoptère survolant le quartier. Pour récupérer leur camionnette le lendemain les femmes doivent subir un fichage avec prise de photos et même de films, prise d’empruntes, et la plupart du temps prise de leur ADN".

"Les opérations policières se sont succédées au rythme de deux nuits par semaine. A chaque opération, les femmes perdent leur nuit de travail, doivent payer la fourrière et les PV et se demandent comment elles vont nourrir leur famille, payer leur loyer, leur essence, leurs assurances, etc. S’éloignent d’elles aussi les possibilités d’économiser pour réaliser leurs projets personnels ou de changements professionnels", indique Cabiria. "La journée, les mises en fourrière s’intensifient également. Par ailleurs depuis un mois dans le quartier de Perrache, quartier dans lequel les personnes travaillent à pied, elles sont sanctionnées sous le prétexte d’infractions pour racolage. Dans une France en pleine crise sociale et économique, les prostituées lyonnaises opposent une résistance au quotidien à la répression. Elles luttent pour garder leur emploi et souhaitent le respect de leur existence en tant que citoyennes légitimes et dignes".