TVA et capotes : une idée de com’

Publié par jfl-seronet le 16.12.2013
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Initiativepréservatifautotest du vih

Il ne fallait pas rater le coche du 1er décembre : la ministre de la Santé se doit d’y parler sida. Et aussi tenir compte du contexte actuel : le ras-le-bol fiscal, la haine des taxes… Idée de com’ donc pour Marisol Touraine que cette annonce dans une interview au "Journal du Dimanche" (1er décembre) que "la TVA sur les préservatifs va baisser". Une annonce très diversement appréciée.

"Le préservatif, c'est vraiment décisif ! A cet égard, le gouvernement veut donner un signal fort : leur prix va diminuer. Au lieu d’augmenter au 1er janvier comme cela était prévu, le taux de TVA qui leur est appliqué va baisser de 7 à 5,5%. Je souhaite que les fabricants jouent le jeu en répercutant cette diminution, l’économie se chiffrera à dix ou vingt centimes d’euros par boîte. Cela devrait à la fois inciter les jeunes et les moins jeunes à mieux se protéger et favoriser la contraception, une autre de mes priorités", explique la ministre de la Santé dans le "Journal du Dimanche".

La nouvelle fait des heureux

L'annonce de cette baisse de la TVA sur les préservatifs a été saluée par l'animateur de télévision Christophe Dechavanne, promoteur de l'opération "Sortez couverts" qui propose des préservatifs à 20 centimes d'euro pièce (alors que le prix moyen en pharmacie est de 56 centimes, selon l'INPES) et à 2 euros la boîte de 12. "Pour les plus démunis, et les plus jeunes, le principal obstacle, indépendamment du phénomène psychologique pour utiliser une capote, c'est son prix", assure-t-il à l'AFP. Le directeur de l'Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), Jean-François Delfraissy, a également salué (1er décembre) sur Europe 1 la décision gouvernementale, en soulignant que le préservatif était "la pierre angulaire de la prévention".

L’annonce hérisse des assos

"Ce n'est pas dix centimes de moins sur une boîte qui va changer grand-chose (...) En ce qui nous concerne, la plupart des préservatifs qu'on distribue sont gratuits", souligne Bruno Spire, président de AIDES. "Ce qu'il faut, c'est donner la possibilité aux personnes de sentir qu'elles peuvent être concernées par le risque, cela demande du travail de terrain et de rencontrer les gens et notamment les groupes les plus exposés, comme les gays, les usagers de drogues, les migrants... C'est ce qu'on fait à travers nos actions de dépistage qui ne sont pas suffisamment financées", a-t-il ajouté, pointant une baisse des subventions. Car il est là l’enjeu : assurer un financement pérenne à la hauteur des TROD (tests rapides d’orientation diagnostique). "Baisser la TVA sur les préservatifs c'est toujours bon à prendre, mais ce n'est que très partiel par rapport aux énormes efforts à faire", renchérit Laura Pora, responsable d'Act Up Paris. Interviewé sur "20 minutes" sur l’efficacité de cette baisse de la TVA pour lutter contre le sida, Bruno Spire s’est montré plus direct : "C’est purement un effet d’annonce. On ne va pas lutter contre le sida avec cette mesure seule. D’autant qu’il y a plein d’endroits où on peut avoir des préservatifs gratuits. C’est une goutte d’eau dans la mer, il reste à s’occuper de la mer. Le vrai combat, c’est de donner envie aux gens d’aller vers les soins et donc de permettre aux acteurs de terrain de faire un travail de proximité".

Les autotests du VIH confirmés pour 2014
Interrogée sur les autotests, Marisol Touraine a expliquéau "Journal du Dimanche" : "La France est le premier pays d’Europe à donner le feu vert. La procédure est bien engagée : une première entreprise désireuse de commercialiser un autotest s’est déjà fait connaître. Elle a demandé un marquage CE pour un dispositif fonctionnant grâce à de la salive, simple d’utilisation et qui vient compléter les outils de dépistage après les tests rapides réalisés par les professionnels de santé ou les militants associatifs. L’idée est d’atteindre ceux qui échappent au dépistage, même ciblé, les hommes ayant des relations avec d’autres hommes mais éloignés du milieu gay par exemple ou dans le déni de leurs comportements à risque. Mais hors de question de laisser les gens seuls face à un résultat positif. Un numéro d’urgence sera indiqué sur la notice, une procédure d’accompagnement mise en place en lien avec l’hôpital ou les associations", répond-elle.