U = U encourage le dépistage VIH

Publié par Fred-seronet le 28.12.2020
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U = U (I = I : Indétectable = Intransmissible) est un message de santé publique à marteler pour faire connaitre l’efficacité du Tasp (traitement comme prévention), encourager les personnes vivant avec le VIH à bien prendre leur traitement pour passer en charge virale indétectable et se rapprocher de l’objectif  95-95-95 retenu par l’Onusida (1). Une étude, réalisée en Afrique du Sud, révèle que la promotion du message U = U encourage également le recours au dépistage du VIH chez les hommes.

La peur de se faire dépister

L’étude publiée sur le site d’infos Aidsmap a été menée par une équipe de chercheurs-es dirigée par le Dr Philip Smith de l’Université du Cap (Afrique du Sud). Les chercheurs-es sont partis du constat que les hommes se testaient moins que les femmes en Afrique subsaharienne et ils-elles se sont demandé si la promotion du message U = U pouvait avoir un impact sur le dépistage du VIH. Au moment de l’étude, en mars 2020 : 89 % des hommes vivant avec le VIH en Afrique du sud connaissaient leur statut sérologique, 66 % d’entre eux étaient sous traitement et 79 % des hommes sous traitement avaient une charge virale indétectable. Les raisons de non recours au dépistage invoquées par les hommes étaient la peur d’un résultat positif et la stigmatisation autour du VIH.

Le Dr Smith et son équipe ont utilisé la méthode du « coup de coude », une approche qui est utilisée pour emmener les personnes à changer leurs comportements de façon douce en leur donnant les clés et la capacité de changer d’avis pour des raisons qu’elles jugent bénéfiques. Appliquée au VIH, cette méthode consiste à privilégier un message de santé positif et optimiste comme le slogan U = U, plutôt que d’insister sur des aspects de maladie et de vulnérabilité souvent associés au VIH. L’étude a été réalisée dans le quartier Klipfontein Mitchells Plain (KMP), considéré comme un quartier les plus défavorisés du Cap (Cape town) et avec une forte prévalence du VIH. La Fondation de lutte contre le VIH de Desmond Tutu propose un service de cliniques mobiles de dépistages du VIH dans plusieurs quartiers de la ville, y compris celui du KMP.

Créer un message simple autour de U = U

Les chercheurs-es ont, dans un premier temps, organisé des ateliers avec 50 hommes du quartier KMP. Le but de ces ateliers était de produire un message simple autour du slogan U = U qui pourrait être utilisé par des acteurs-rices communautaires pour encourager les hommes à se faire dépister. Les acteurs communautaires se sont positionnés près des cliniques mobiles pour parler avec les hommes du quartier et leur remettre des cartes d’invitations à se faire dépister. Une moitié des hommes invités à venir se faire dépister ont reçu une carte avec un message qui expliquait U = U et une autre moitié a reçu une carte avec un message plus classique qui ne mentionnait pas U = U. Pour comparer l’impact des deux messages sur le recours au dépistage, les chercheurs-es ont fixé des journées différentes pour distribuer les cartes U = U et les cartes standard. La carte standard avait le message suivant : « Salut, mon nom est… et je travaille au Centre Desmond Tutu. On propose un dépistage gratuit du VIH au Centre Tutu. Prends cette invitation avec toi pour faire un test ». La carte U = U avait le message suivant : « Salut, mon nom est… et je travaille au Centre Desmond Tutu. Est-ce que tu connais iMpilo [un mot qui veut dire santé dans le dialecte local et qui est un jeu de mot qui fait référence aux ARV, ndlr]. iMpilo est le nouveau traitement, un cachet que tu prends une fois par jour si tu es infecté par le VIH. Savais-tu que iMpilo permet de rester en bonne santé car il réduit la quantité de VIH dans ton corps, tellement réduit que tu ne peux pas le transmettre à tes partenaires ou ta famille ? C’est ce qu’on appelle U = U et ça te protège même si tu n’utilises pas de préservatif. Ta vie reste la même. Prends cette invitation avec toi pour faire un test ».

Plus de dépistages avec le message U = U

En mars 2020, les acteurs-rices communautaires ont délivré 1 048 invitations en 12 jours. Environ, 544 avec le message standard et 504 avec le message U = U. Les chercheurs-ses ont observé une nette différence de recours au dépistage entre les deux groupes. Dans le groupe qui a reçu le message standard, 76 hommes (14 %) sont venus faire un dépistage et dans le groupe qui a reçu le message U = U, 125 hommes (25 %) ont fait le test. En conclusion : les chercheurs-es soulignent l’impact positif du message U = U dans le recours au dépistage quand le message est adapté au public visé et à ses spécificités locales, comme le langage. Les auteurs-es de l’étude précisent que cette dernière a été interrompue au bout de 12 jours et 1 048 participants à cause du confinement lié à la Covid-19. L’objectif initial était d’avoir 4 000 participants.

Source et références : Smith P et al. Undetectable=untransmittable (U=U) messaging increases uptake of HIV testing among men : Results from a pilot cluster randomized trial. medRxiv 2020.11.23.20236695 ; 24 November 2020 (open access)

(1) : À l’horizon 2025 : 95 % des personnes vivant avec le VIH connaissent leur statut sérologique ; 95 % de toutes les personnes vivant avec le VIH dépistées reçoivent un traitement antirétroviral durable ; 95 % des personnes recevant un traitement antirétroviral ont une charge virale durablement supprimée.

 

Commentaires

Portrait de mohican

Plutôt que de mettre cet article sur des sites ou les gens sont déjà au courant ne serait il pas plus productif de l'envoyer aux médias dans leur totalité, à l'ordre des médecins,à tous les organismes de santé,à nos politiques etc.....????

Portrait de mohican

Congrès national de la Société française de lutte contre le sida (SFLS) 09/10/2020

Aurélien Beaucamp (président de AIDES) est revenu sur l’importance du message I = I (Indétectable = Intransmissible) : « Le premier problème rencontré par les personnes vivant avec le VIH, c'est la discrimination parce que beaucoup de gens ignorent le message I = I ». Le président de AIDES précise qu’il y a des progrès dans les communautés très exposées au VIH, mais pas dans le grand public. Pire, « chez certains-es professionnels-les de santé, il y a encore un manque d'information qui peut mener à des refus de soins ».

Dans l’enquête « Patient Positive Perspective » (1), on apprend que l’information I = I transmis aux personnes vivant avec le VIH par leurs professionnels-les de santé varient beaucoup selon les pays, de 38 % en Corée du Sud à 87 % en Suisse avec une moyenne mondiale à 66,5 %, et en France, une moyenne nationale à 70,8 %. Pour le Dr Pascal Pugliese (président de la SLFS), c’est la responsabilité de chaque soignants-es de transmettre ce message : « Quand on a eu l'avis suisse en 2008 peu de gens y ont cru. En tant que professionnels-les, on ne pouvait pas diffuser ce message qui allait à l'encontre de tout ce qu'on avait dit jusque-là. Maintenant, je l'évoque dès la première consultation ». Il ajoute que les médias ont, eux aussi, un rôle à jouer dans la diffusion de ce message. « Les médias sont très réticents à faire passer le  message I = I. Certains médecins craignent d'être responsables d'une infection alors que les études sont très claires », explique-t-il. Pour Florence Thune (directrice générale de Sidaction), il faut aller un cran plus loin : « On n'est pas assez clair. Il faut dire qu'on peut avoir des relations sexuelles sans préservatif quand on a une charge virale indétectable ».

À l’occasion de cette table ronde, Sida Info Service en a profité pour diffuser un nouveau spot vidéo qui fait la promotion du message I = I. Ce spot, financé par le laboratoire ViiV Healthcare, est une initiative louable, mais on peut toutefois regretter que le message initial soit brouillé par un sous message qui apparaît en gros à la fin et qui indique, de façon inutile, que la personne séropositive doit avoir une charge virale indétectable « depuis au moins 6 mois », bénéficier « d’un suivi régulier » avec un petit astérisque en bas qui indique « soutien à la prise régulière des traitements, détection et traitement des éventuelles infections sexuellement transmissibles ». Beaucoup de précautions donc, ce qui est typique des vidéos financées par des laboratoires. On espère que les prochaines campagnes autour du Tasp et du slogan I = I pourront s’inspirer de campagnes anglo saxonnes comme « Can’t pass it on » (2) qui vont droit au but.

(2) Campagne anglaise sur I = I avec un message simple et clair : « Une personne sous traitement VIH efficace ne peut PAS transmettre le virus ».

 

I = I : un message à marteler et simplifier : Indétectable = intransmissible