Un déconfinement... sous conditions !

Publié par jfl-seronet le 13.05.2020
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Initiativedéconfinement

Depuis le 11 mai, nous avons commencé un déconfinement progressif. À cette occasion, l'Assurance maladie a fait passer des infos pratiques. De leur côté des organisations non gouvernementales se mobilisent pour faire valoir « qu'à l'instar  de la lutte contre le sida, la population doit être associée étroitement aux décisions fermes et solides d'un discours politique empreint de sincérité, d’espoirs véritables contre la pandémie ». C'est l'objet d'une tribune, « Sortir du Covid-19 avec les citoyens-nes », publiée le 6 mai dans Libération.

La stratégie de l'Assurance maladie

Du côté de la Sécurité sociale, le message est simple, le déconfinement suppose de « continuer à agir pour limiter la circulation du virus ». Autrement dit de pouvoir, dans ce cadre, arrêter les chaînes de transmission du virus pour stopper l’épidémie. En plus de l’application des mesures barrières, la stratégie de déconfinement s’appuie sur le repérage précoce des symptômes, la réalisation de tests de dépistage et l’isolement des personnes malades ainsi que des personnes ayant été en contact avec ces personnes malades.

Consulter dès les premiers symptômes

Premier réflexe à avoir : surveiller l’apparition des premiers signes de la maladie Covid-19. Les signes les plus fréquents sont la toux et la fièvre (ou la sensation de fièvre), mais d’autres signes peuvent également être présents : perte brutale du goût ou de l’odorat, maux de tête, forte fatigue, courbatures, douleurs thoraciques, essoufflement, diarrhée... ou d’autres signes repérés par les personnes de l’entourage (confusion…). Si l’un ou plusieurs de ces symptômes apparaissent, il faut appeler son médecin sans délai ou, si l'on n'a pas de médecin traitant, le numéro (09 72 72 99 09) qui permet d’obtenir auprès de l’Assurance Maladie les coordonnées d’un médecin généraliste. En cas de difficultés respiratoires, il faut appeler immédiatement le 15.

Le médecin, interlocuteur incontournable des patients-es pour proposer un test et identifier les « personnes contacts ». Il indiquera le laboratoire pratiquant ce test réalisé par prélèvement nasal et pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie. Le médecin assurera la bonne prise en charge du patient : prescription de masques, mise en œuvre des mesures d’isolement (avec prescription d’un arrêt de travail le cas échéant), évaluation de la situation des personnes habitant dans le même foyer... Le médecin va également enregistrer le dossier de la personne dans une base spécifique appelée « Contact Covid ». Il y notera aussi, avec l’accord de la personne, les coordonnées des personnes de son entourage familial, amical, professionnel qui ont été en contact rapproché avec elle jusqu’à deux jours avant le début des signes de la maladie. Cette contribution de chaque personne à l’identification des cas potentiels est une étape fondamentale pour enrayer la diffusion du virus et réussir le déconfinement, explique la Sécurité sociale.

Personnes contacts

Sur la base des informations recueillies, les équipes de l’Assurance maladie chargées des enquêtes sanitaires appeleront rapidement les personnes contacts. Ces équipes sont composées de personnels médicaux et de personnels administratifs dédiés aux relations avec les assurés-es, et leurs membres sont soumis au secret médical ou au secret professionnel. Elles ont vocation à informer les personnes contacts de leur potentielle exposition au virus, à vérifier auprès d’elles les informations déjà recueillies par le médecin et à leur délivrer des recommandations sanitaires, notamment concernant le port de masque. Le nom de la personne malade à l’origine du contact ne leur sera communiqué qu’en cas d’accord explicite de cette dernière. Qu’elles présentent, ou non, des symptômes de la maladie, les personnes contacts seront invitées à s’isoler et se verront délivrer, si besoin, un arrêt de travail pour couvrir la période où elles doivent rester isolées. Les personnes contacts devront surveiller leur état de santé et respecter toute une série de mesures pour éviter de contaminer leurs proches au cas où elles seraient elles-mêmes déjà infectées par le coronavirus. On peut, en effet, être contagieux 48 heures avant le début des signes.

Les personnes contacts doivent immédiatement faire l’objet d’un test de dépistage qu’elles soient symptomatiques ou asymptomatiques et 7 jours après le dernier contact avec le cas confirmé pour les contacts non symptomatiques hors du foyer. Ce délai de 7 jours tient compte de la période moyenne d’incubation de la maladie. Le test pourra être fait sans ordonnance et il sera aussi pris en charge à 100 % par l’Assurance maladie.

En cas de test positif

La personne malade devra contacter son médecin traitant, même en l’absence de symptômes. Celui-ci analysera sa situation en fonction de ses antécédents médicaux et lui indiquera les précautions à prendre. Le malade devra poursuivre son isolement à son domicile pendant la durée des symptômes (en moyenne 14 jours). En général, la guérison intervient en quelques jours avec du repos. Si le malade a des difficultés à respirer, il appelle immédiatement le 15 (ou le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes).

En cas de test négatif

Même si le résultat du test est négatif, la personne n’est plus isolée mais, pendant une semaine, elle ne doit avoir aucun contact avec des personnes fragiles : personnes âgées de 65 ans et plus, porteuses d’une maladie chronique, avec obésité importante ou femme enceintes au troisième trimestre de grossesse. Elle sort du domicile en portant systématiquement un masque. Elle ne reprend pas le travail sauf en télétravail et ne prend pas les transports en commun. L’Assurance maladie pourra le cas échéant lui adresser un arrêt de travail pour couvrir la période où elle doit rester isoler. De manière générale, elle continue d’appliquer les gestes barrières : lavage fréquent des mains, utilisation de mouchoirs à usage unique, maintien d’une distance de plus d’un mètre avec les autres personnes.

Le système d’information de dépistage (Si-Dep)

En complément de Contact Covid, le nom de la stratégie de l'Assurance maladie, un autre outil est en cours de développement : le système d’information de dépistage (Si-Dep). Il réunira automatiquement l’ensemble des tests réalisés par plus de 600 laboratoires d’analyse publics et privés. Ainsi, lors d'un test de dépistage du Covid-19, les données seront systématiquement traitées dans Si-Dep. Les résultats du test seront envoyés à la personne testée et au prescripteur, soit par voie dématérialisée et sécurisée, soit par voie postale, directement par le laboratoire ou bien parSi-Dep. Si le résultat est positif, Si-Dep transmettra des informations complémentaires à la personne testée sur sa prise en charge et la conduite à tenir. Le dispositif Contact Covid prendra ensuite le relais. Si-Dep permettra : de s’assurer que l’ensemble des personnes testées positivement ont bien été identifiées et prises en charge dans Contact Covid ; de disposer d’informations statistiques (anonymes) pour assurer un suivi épidémiologique fiable, ajuster dès que nécessaire la stratégie locale de déploiement des tests et adapter le niveau de confinement ; d’homogénéiser et de systématiser le recueil de certaines données essentielles à des fins de recherche, pour mieux comprendre les mécanismes de propagation et d’immunité contre le virus. L’intégralité du dispositif est soumise à la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil). Les données enregistrées dans Si-Dep (coordonnées du patient, coordonnées du médecin prescripteur, caractéristiques du prélèvement et résultats de l'examen) seront conservées pendant une durée maximale d’un an. Les données nominatives seront partagées avec les professionnels-les en charge de la prise en charge des patients diagnostiqués positifs au Covid-19 et/ou de la recherche des cas contact : enquêteurs sanitaires de l'Assurance maladie soumis au secret médical, médecins concernés.

Une tribune citoyenne

« Depuis cinq mois le monde entier est en effervescence. Un nouveau virus jusqu’alors inconnu a sauté à la gorge de plus de sept milliards d’humains, sur tous les continents (…) Si certains pays semblent contrôler la progression du virus, plusieurs sont rapidement débordés. En Europe ce seront notamment l’Italie, la France et l’Espagne. À l’échelle de la planète, plus de 200 pays sont touchés, à des niveaux qui diffèrent en fonction de leur vitesse de réaction (…) Les pandémies sont une composante bien connue de l’histoire de l’humanité, et ce depuis son apparition sur Terre. Leur retentissement sur le comportement des êtres humains également. L’histoire récente nous a-t-elle permis de tirer quelques leçons ? », interrogent les signataires (1). Ils rappellent qu'il y « a près de quarante ans, une nouvelle maladie, le sida, surgissait, apportant son flot de contre-informations, de supputations, de rumeurs. Comme aujourd’hui, elles avaient aussi comme conséquence de stigmatiser, déstabiliser et vouer à la vindicte populaire certaines ou certains. En 1981, il n’y avait aucun spécialiste de cette maladie et on ignorait même quelle était la ou les causes de ces décès à répétition. Le VIH n’a été identifié qu’en 1983 à l’Institut Pasteur par la professeure Françoise Barré-Sinoussi, qui recevra pour cela le prix Nobel de médecine en 2008 ». Et les signataires d'ajouter : « Comment avons-nous pu éviter l’explosion de la société, la mise au ban de ceux qui étaient dès lors montrés du doigt (les homosexuels, les Haïtiens, les hémophiles, les héroïnomanes) ? Cela a pris du temps mais n’a été possible que par une action collective de l’ensemble des personnes concernées, mais aussi par plusieurs moyens qui semblent oubliés dans la crise qui nous occupe à présent ». La réussite d'alors se pose aujourd'hui dans les mêmes termes. « On aurait pu espérer que l’expérience nous serve. Apparemment ce n’est pas le cas ! », déplorent aujourd'hui les signataires de cette tribune. « On va tout réinventer. On sollicite des experts de la lutte contre le sida qui ne demandent qu’à participer à trouver des réponses à cette crise qui sera qualifiée comme «sans précédent dans l’histoire des épidémies». Mais on oublie de mobiliser celles et ceux qui doivent être à la base de la réponse collective. La société civile tout entière, puisque ce sont elles les personnes infectées ou affectées par ce virus ». Autrement dit, aujourd'hui, comme hier, on oublie de solliciter la société civile sur des stratégies, mesures et décisions qui la concernent au premier chef. C'est de ce sujet que traite, de façon détaillée, cette tribune qui réaffirme que comme « la lutte contre le sida l’a démontré, la santé publique ne peut se faire contre les populations, elle doit les associer étroitement aux décisions qui les concernent ».

(1) : Aurélien Beaucamp président de AIDES, Michel Bourrelly docteur en pharmacie, Dominique Costagliola directrice de recherche à l’Inserm, directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, Sorbonne Université, Inserm, membre de l’Académie des sciences, administratrice de AIDES, Jean Gaudart médecin de santé publique, professeur de biostatistiques, géo-épidémiologie, Aix-Marseille Université et AP-HM, Gabriel Girard sociologue, chargé de recherche à l'Inserm (Sesstim), Jean-Daniel Lelievre chef du service de maladies infectieuses et d’immunologie clinique CHU Henri-Mondor (Créteil), Emilie Mosnier médecin infectiologue, centre hospitalier de Cayenne (Guyanne), Marie Preau professeure de psychologie sociale et directrice du laboratoire Greps, Université Lyon-II, Stanislas Rebaudet médecin infectiologue à l’hôpital européen de Marseille, AP-HM, Aix-Marseille Université, Bruno Spire directeur de recherche à l’Inserm (Sesstim), président d’honneur de AIDES, Florence Thune directrice générale de Sidaction.

Commentaires

Portrait de Superpoussin

Je vais me permettre d'aller à l'encontre d'une des préconisations: ne pas consulter dès les premiers symptômes.

En effet si on est à l'écoute de son corps on risque de déceler les premiers symptômes tôt, trop tôt pour qu'un test pcr détecte le virus. Ainsi on repartira avec un test faussement négatif sans aucun accompagnement médical. En plus du désagrément de l'écouvillon on risquera en plus d'être perçu si on n'a pas de chance comme quelqu'un qui abuse d'un système de santé déjà débordé et on pourra être par la suite mal reçu/écouté quelques jours plus tard quand notre état se  sera dégradé.

Mon conseil: attendre d'aller suffisamment mal pour être sérieusement pris en charge et en attendant prendre les précautions pour ne contaminer personne d'autre.

Là je suis très probablement atteint du covid19 avec une toux violente qui a démarrée il y a un mois (+ perte de goût et d'odorat) et je ne suis pas encore parvenu à me faire prescrire des masques (médecin traitant parti à la retraite + désert médical), aussi si je veux protéger les gens que je cotoie je dois me démerder comme je peux pour accéder à cet article de base.

Portrait de ouhlala

Bon ben là il est peut-être temps de te rapprocher de ton infectiologue, non ?

Tu auras certainement de l'azithromycine, je connais un autre séropo contaminé que ça a beaucou aidé. N'attends pas trop quand même.

Portrait de Superpoussin

Je viens de voir un médecin dans un dispensaire (aucun autre moyen de voir un toubib) et je viens d'être prélevé pour un test sérologique.

Mon état s'améliorant (je retrouve peu à peu le goût et l'odorat, mes toux sont moins fréquentes et violentes) je ne suis plus trop inquiet pour moi, en revanche ce test permettra de savoir si oui ou non j'ai choppé ce virus dans une zone verte où il est soit-disant absent et où des bars clandestins ou pas sont laissés ouverts, une halle où les gens vont s'alimenter avec des commerçants sans masque qui s'amusent à hurler leurs postillons sur les clients masqués (c'est un jeu semble-t-il...)...

Ce test ce sera surtout pour savoir si je reviens d'une zone qui est infectée alors qu'officiellement elle ne l'est pas et pourtant j'ai du payer plein pot 30€, beaucoup moins pour mon intérêt que pour celui du public.

Quant aux masques je croyais naïvement que l'on m'en prescrirait plein et là je n'y ai eu droit que pour 2 semaines.