Une autre politique des drogues : le rêve marseillais

Publié par Mathieu Brancourt le 27.04.2017
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Produitsdroguerie

Le 11 avril dernier, AIDES et d’autres acteurs de la cité phocéenne ont voulu battre la campagne présidentielle. Réunies dans un local transformé en Droguerie, les associations souhaitaient à la fois plaider pour une nouvelle politique des drogues, mais aussi dévoiler la palette d’interventions existantes en réduction des risques, malgré le contexte répressif. Seronet a participé à ce coup de projecteur sur un enjeu national, mis en avant à Marseille. Reportage.

Entre Jean-Luc Mélenchon le week-end précédent et François Fillon, attendu le même jour dans la ville, AIDES a aussi tenu son meeting de campagne présidentielle. Accompagnée de ses partenaires locaux, c’est sur la politique nationale sur les drogues et les addictions que l’association a convié des personnes usagères, des militant-e-s de la réduction des risques et des journalistes, afin de découvrir qu’un "autre monde est possible". Dans son espace installé boulevard Longchamp, les associations AIDES, ASUD, Bus 31/32, Le Tipi et le Collectif "Plus belle la nuit" ont proposé aux Marseillais une" immersion" dans sa Droguerie.

Etre force de propositions

Et la proposition est alléchante : "Un monde où l’usage de drogue est encadré, où la prévention et la santé priment sur la répression, où les consommateurs et consommatrices ne sont plus stigmatisés. Un monde dans lequel l’évidence scientifique et les besoins des usagers-ères ne sont plus sacrifiés sur l’autel de la morale et de l’idéologie", avance le communiqué. "Etre force de propositions, de solutions idéales sur la question des drogues, en l’occurrence d’un lieu où les usagers de substances psychoactives trouveraient tout ce dont ils ont besoin, pour être respectés, mais aussi avoir accès à tous les outils de prévention existants", abonde Stéphane Montigny, président de la région AIDES Paca, présent à la Droguerie.

Nez à nez avec un comptoir de vente

Une fois la porte d’entrée franchie, on tombe nez à nez avec un comptoir de vente des différentes substances psychoactives existantes. Quarante euros le gramme de MDMA, dix euros le cachet de LSD, quatre euros le cake de l’espace cuisiné d’après nos informations par Marie-Jeanne ou encore d’autres produits. On peut faire ses emplettes, comme dans n’importe quelle échoppe. Bien évidemment, ce sont des faux, mais l’illusion est réussie et permet d’aborder la première revendication : la légalisation de toutes les drogues, qui passe par l’abrogation de la loi de 70, qui interdit aujourd’hui la vente et la consommation de produits. Cela permettrait, en sus d’en contrôler et d’en assurer la qualité et la puissance, car les taux de pureté des produits circulants sur les marchés parallèles sont très variables. Un avantage supplémentaire au lieu d’une "simple" dépénalisation. Voici la condition cardinale d’une autre approche de la lutte contre les addictions, qui privilégierait, selon les associations, la santé publique et non la répression, cette dernière, par ailleurs coûteuse et inefficace.

Aider à mieux appréhender sa consommation

En continuant son chemin dans la Droguerie, on arrive à l’analyse de produits, qui permet aujourd’hui, à défaut de savoir ce que l’on achète quand on l’achète, de pouvoir vérifier si le produit acheté est réellement présent. Lise Loth est le pharmacien qui réalise ce test (environ 30 minutes). Elle est employée par le Bus 31/32 pour réaliser, à la demander des consommateurs et consommatrices, de l’analyse chromatographique (1) des substances, depuis août 2015. Elle est présente à la Droguerie pour montrer l’intérêt de la connaissance effective de son produit pour la personne usagère, que ce soit pour mieux consommer (pas de risque d’overdose), mais aussi mettre en place sa propre stratégie de prévention en fonction de la composition réelle du produit. "Pour moi, l’analyse de produits va permettre, au-delà du test, d’avoir un véritable bilan avec la personne usagère pour l’aider à mieux appréhender sa consommation". Un accompagnement qui peut aller vers le traitement de substitution, ou vers des lieux d’accueil ou communautaires, pour faire le point sur leur addiction. Ces deux aspects sont également des revendications du collectif d’associations.

Un lourd tribut sanitaire

Pour la journée, ces dernières sont incarnées par un stand d’accès à du matériel propre, de l’information sur les produits, ou des kits de prévention combinant préservatif et paille à snif, pour les contextes festifs. Juste derrière, un espace "chill out", où les personnes usagères peuvent se (re)poser après leur consommation, entourées de personnes capables de superviser leur descente ou de potentiels mauvais effets des produits. Comme cela peut aujourd’hui se faire dans des salles de consommation supervisée (SCMR). Deux ont déjà ouvertes à Paris et Strasbourg. Le projet marseillais, pourtant longtemps promis par l’actuel adjoint à la santé de la ville, est lui toujours au point mort. Pourtant, la vidéo d’interpellation conçues par AIDES sur la campagne REVEndiquons 2017 rappellent bien que le nombre de seringues usagées retrouvées dans les rues a baissé de 60 % en six mois (bilan de la SCMR à Paris). Et l’orientation, la prise en charge et la réduction des dommages liées à la consommation font déjà leurs preuves dans la capitale. En ce sens, cette Droguerie d’un jour à Marseille doit être le chemin vers des structures similaires et pérennes. Car même si le tissu associatif dans la réduction des risques est riche à Marseille, les personnes usagères payent encore un lourd tribut sanitaire de la conception répressive des politiques sur les drogues : les usagers-ères de drogues par injection sont aujourd’hui 10 % à vivre avec le VIH et 64 % avec l’hépatite C en France.

(1) : Chromatographie par couche mince (CCM), méthode chimique afin de déterminer quel(s) produit(s) compose(nt) l’échantillon.

Les REVEndications sur les drogues :
1 : L’abrogation de la loi de 1970 et la légalisation de l’ensemble des drogues, la mise en place d’une politique ambitieuse de santé publique, d’un plan de conversion de l’économie souterraine et d’un référentiel de qualité des produits ;
2 : Le développement des espaces de consommation à moindre risque, y compris dans les Caarud (Centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour les usagers de drogues) ;
3 : Un accès facilité aux produits de substitution (dont l’héroïne médicalisée et la buprénorphine injectable) ;
4 : La généralisation de l’accompagnement à l’injection pour réduire les risques de transmission du VIH et des hépatites ;
5 : L’accès partout et pour tous-tes aux programmes d’échanges de seringues (y compris en milieu carcéral, où la prévalence du VIH et de l’hépatite C est beaucoup plus élevée qu’en milieu ouvert) ;
6 : Un accès facilité à l’usage du cannabis thérapeutique ;
7 : Le développement d’outils de prise en charge globale des addictions, alternatifs au sevrage médicalisé (démarches communautaires, lieux refuge, soutien par les pairs) ;
8 : La levée des répressions sur les évènements festifs : arrêt des saisies de matériels, accès aux terrains publics inutilisés, soutien pour la mise en place d’actions de réduction des risques.

Commentaires

Portrait de cemekepirketou

Vouloir faire baisser les contaminations est louable, mais la consommation de drogue restera toujours un terrain dangereux qui fera faire n'importe quoi aux personnes sous son emprise. Et n'oubions pas que la drogue appartient à des groupes de pression mafieux qui ne laisserons jamais personne empiéter sur leur terrain, encourager la détresse humaine est bon pour leurs intérêts.

Ce qu'il faut est que les drogués puisse faire un travail sur eux-même pour s'en sortir du piège et redevenir ce qu'ils ont toujours été : des humains heureux et libres de toute addictions qui, quand ils auront des enfants, arrêterons de transmettre à l'infini cette malédiction mortifère.

Les actions de AIDES c'est comme Harypotter qui a une formule magique pour réparer ses lunettes cassées mais pas pour réparer ses yeux et retrouver une vue normale sans lunette.