Une campagne de prévention pour les gays retoquée par le ministère

Publié par Mathieu Brancourt le 19.10.2016
6 027 lectures
Notez l'article : 
5
 
0
Mode de viehomosexuel

Du rififi avant le 1er décembre. Mardi 18 octobre, le média LGBT Yagg a révélé que le ministère de la Santé avait bloqué la nouvelle campagne de prévention de Santé publique France (ex-Inpes). La raison ? Des visuels exclusivement gays à destination de l’espace public. Le ministère veut "recentrer" le message, alors qu’une campagne ciblée était attendue. Une telle situation n’est pas inédite et les passifs nombreux. Dénonçant une forme de censure, les associations et acteurs de la lutte contre le VIH ne décolèrent pas.

C’est le site yagg.com qui a levé le lièvre. Le média LGBT a révélé mardi 18 octobre dans la soirée que le ministère de la Santé avait retoqué, en l’état, la campagne préparée depuis quelques mois par Santé publique France, nouvelle entité officielle pour la prévention. C’est la partie concernant 100 000 visuels destinés aux abribus, et qui devait être rendue publique autour du 1er décembre, journée mondiale contre le sida, qui est désormais bloquée par le ministère de la Santé. François Bourdillon, directeur de Santé publique France, a répondu à Yagg que "les visuels hétérosexuels devaient maintenant être créés. Il faut s'adresser selon le vœu du ministère à l'ensemble de la communauté sexuelle, et pas seulement aux HSH", explique le journaliste et directeur de la publication de Yagg Christophe Martet dans son article. Le ministère de Marisol Touraine ne semble donc pas favorable à une campagne spécifique en direction des gays. Pourtant, une campagne ciblée auprès des HSH (hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes) faisait partie des préconisations du rapport d’experts sur le VIH (Morlat), afin de viser une communauté particulièrement exposée et concernée par le VIH.

Trop gay ?

Ce n’est pas la première fois qu’une telle pudibonderie se produit en matière de prévention concernant les homosexuels. Dans une tribune, Christophe Martet – par ailleurs militant LGBT et ancien président d’Act Up-Paris – revient sur les précédents de "censure" dans le domaine de la prévention. Il détaille l’historique des reculades officielles sur le sujet, peu importe le bord politique. "La droite n'a pas le monopole de la censure. Déjà en 1992, Pierre Bérégovoy, alors Premier ministre, avait annulé une campagne la veille de son lancement. Presque dix ans plus tard, c'est Lionel Jospin qui ordonne l'annulation d'une campagne comme le rappelle un communiqué d'Act Up-Paris. Dans une vidéo, on voyait défiler des scènes d’amour de films connus et non interdits aux moins de 18 ans. Trop osé, a jugé le gouvernement de l'époque", égraine Christophe Martet dans son texte. Plus récemment, c’est le bureau de vérification de la publicité qui avait recalé des affiches de prévention à destination des gays au motif que "la doctrine déontologique qui s’est imposée […] consiste à accepter des représentations publicitaires de personnages ouvertement homosexuels, à condition que les postures ne soient pas hyper-sexualisées et les propos non choquants pour le grand public", rapporte encore le directeur de yagg.com. Assez contestable quand on sait à quel point le sexe est intriqué dans la question du VIH/sida chez les homosexuels, déjà victimes du tabou et de l’homophobie concernant leurs pratiques. "Introduire à nouveau et à parité des visuels de couples d’hétéros, c’est diluer la spécificité de ce message, et c’est méconnaître le besoin de répondre au visage actuel de l’épidémie par des stratégies ciblées", ont dénoncé de concert Act-Up Paris et Act Up-Sud Ouest.

Les associations de lutte contre le VIH sont ulcérées et l’ont rapidement fait savoir. Dans une lettre ouverte publiée sur le site du journal Libération ce jour, elles ont joué la carte du "mauvais rêve" : "Nous, militants associatifs, chercheurs, cliniciens, personnes mobilisées dans la lutte contre le sida […] avons fait le cauchemar qu’il était impossible pour le gouvernement d’assumer d’afficher des couples homosexuels dans des abribus un lendemain de manif pour tous", commence ainsi la missive. Vent debout contre cette annonce, sur laquelle le ministère n’a toujours pas réagi, les signataires dénoncent l’absence de fondement total d’un tel choix : "Nous sommes bien d’accord qu’il serait impensable de segmenter le dispositif en remettant à plus tard le volet grand public d’une campagne destinée aux hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, n’est-ce pas ? […] Peut-être que les homosexuels masculins ne paient pas un assez lourd tribut à l’épidémie ?", tacle les organisations. Car plus qu’un mauvais calcul politique, cela serait un véritable déni de réalité, tant la dynamique de l’épidémie chez les homosexuels masculin reste inquiétante. Les gays restent 200 fois plus exposés au VIH, 20 % des gays à Paris sont statistiquement séropositifs et ils représentent près de 45 % des nouvelles infections en 2016.

Commentaires

Portrait de bernardescudier

Pourquoi le gouvernement ne prend pas en compte les malades gays ? Ou les malades en général, et les migrants alors que les taux de contamination s'accroissent chez les "homosexuels gay" comme dit Libération et chez les migrants ? 

Peut être que les associations et leurs dirigeants  ne sont plus assez constitués

de militants malades ?


Peut etre que des associations devraient cesser de prendre trop de subventions publiques pour "avoir du poids" face aux pouvoirs publics ?

Portrait de Sophie-seronet

Bonjour,

A la suite de la polémique, la ministre de la Santé Marisol Touraine est intervenue ce jeudi 20 au matin et a validé le volet grand public de la campagne de prévention à destination des gays. Le visuel en question ne change pas et sera affiché dans les grandes villes à partir de la mi-novembre. François Bourdillon a salué une "décision courageuse" de la part de la ministre, rapporte le site yagg.com.

Ouf !

Bonne journée. Sophie

Portrait de Sisang66

bernardescudier wrote:

alors que les taux de contamination s'accroissent chez les "homosexuels gay" comme dit Libération

A force d'entendre de plus en plus d' homosexuels séropositifs sous traitement quand celui ci est bien pris se disant non contaminant et une PreP comme prévention pas étonant que le barback est revenu à la mode.

On à tout de mème le droit de se poser des questions.

Content que la ministre de santé (MST) est revenue sur sa décision c'est Marc Dixneuf qui va pouvoir enfin dormir tranquil sans faire de mauvais rèves.