Une cérémonie toute... En longueur !

Publié par Rédacteur-seronet le 22.07.2012
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Conférencescérémonie d'ouvertureAIDS 2012

La cérémonie d’ouverture donne toujours un ton à la conférence. Celle de Washington n’a pas beaucoup plu à certains activistes. Christian Andréo, qui fait partie de la délégation de AIDES, nous donne sa vision.

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Ce fut long, ce fut très long et au final, difficile de retenir des faits vraiment marquants dans cette cérémonie d'ouverture. Nous avons, en effet, eu droit à une succession de bonnes intentions, avec une constante, l'auto célébration du rôle des Etats-Unis dans la lutte contre le sida...

Alors oui, certes il y a eu l'annonce par Michel Sidibé, le directeur exécutif de l’ONUSIDA, de la fin des restrictions de séjour pour les personnes vivant avec le VIH en Corée du Sud. Oui, Sharon Stone, aussi belle qu'émouvante, a décerné le premier "Elisabeth Taylor Award" aux deux frères qui dirigent le programme d'accès aux soins des détenus iraniens. Mais pour le reste, l'émotion et l'engagement politique furent singulièrement absents. De notre point de vue, le directeur de la banque mondiale, l’Américano-coréen Jim Yong Kim, peut bien venir donner de grandes leçons d'empathie face à toutes ces populations en souffrance, mais sans engagement chiffré, comment adhérer véritablement ?

Et le maire de Washington ? Comment célébrer les succès de la lutte contre le sida dans sa ville en omettant juste de préciser que celle-ci est en état d'épidémie généralisée...

A ce titre, même les clips diffusés sur la situation des différentes communautés exposées étaient éloquents : c'était tout de même un exploit de montrer ainsi, sans ciller, les progrès réalisés dans l'accès à la prévention et aux soins des personnes les plus défavorisées : sans abris, Latinos, Backs. Désormais, certains peuvent vivre grâce aux traitements : Wake up ! Nous sommes aux Etats-Unis, en 2012. Pas au fin fond de l'Afrique. Et pourtant, l'accès universel tant réclamé par tous les intervenants et conditions sine qua non de la fin de l'épidémie, sont loin d'être une réalité, particulièrement sur le sol américain, et même sous l’administration Obama.

De même, comment supporter sans broncher l'hommage rendu à l'action exemplaire du Président Bush en termes de financements de la lutte contre le sida à l'échelle internationale (sic) sans un mot sur l'échec cuisant des programmes : Abstinence, Be faithfull, Use Condoms. Pas un mot, excepté celui de cette femme africaine vivant avec le VIH et remerciant les Etats-Unis de lui fournir son traitement. Mais sur l'argent englouti par le programme PEPFAR (President's Emergency Plan for AIDS Relief) pour promouvoir l'abstinence, rien.


Le comble fut atteint quand une activiste du Zimbabwe fut invitée à prendre la parole et eut le courage de demander devant une audience terriblement silencieuse : "Alors que nous savons ce qu'il faut faire, pourquoi l'inaction des gouvernements ? Pourquoi toujours les mêmes blocages ? Pourquoi, conférence après conférence, les mêmes déclarations d'intention ?" Avoir 24 ans, vivre avec le virus du sida au Zimbabwe, intervenir lors de la cérémonie d'ouverture de la plus grande conférence internationale et être moins applaudie que le directeur de la banque mondiale... Un comble !

Mais soyons tout de même optimistes : s'il y a eu une constante dans les différents discours, même celui du révérend Charles Straight de Washington (sic !), c'est bien ce changement de paradigme dans la lutte contre le VIH/sida. Oui, pour toute la communauté engagée dans la lutte, la fin de l'épidémie est désormais un objectif atteignable. Ce qui explique en même temps que les différents obstacles, et ils sont nombreux, n'en soient que plus insupportables.

A lire aussi le point de vue de Michel Bourrelly, membre de la délégation, de AIDES.