Une place des combattants-es du sida

Publié par Fred Lebreton le 06.12.2021
1 335 lectures
Notez l'article : 
0
 
Initiativecommémoration

Mercredi 1er décembre 2021, Journée mondiale de lutte contre le sida ; c’est à cette date symbolique que la mairie de Paris a décidé d’inaugurer la « Place des combattantes et combattants du sida » en hommage à toutes les personnes qui se sont battues et qui continuent de se battre contre le VIH/sida, depuis 40 ans. Une inauguration entre émotion, hommages et colère. Seronet était présent.

Nous sommes les combattantes et les combattants du sida

Une centaine de personne s’est rassemblée dans le Marais, au niveau du terre-plein séparant la rue de Rivoli et la rue Saint-Antoine (4e arrondissement) sous une pluie fine. Malgré les masques, bonnets, écharpes et parapluies, les personnes se reconnaissent et se saluent. Militants-es associatifs-ves et personnes concernées pour la plupart, ils-elles se croisent et se fréquentent depuis des années. Après un discours d’introduction d’Ariel Weil, maire de Paris centre, la parole est donnée à Hugues Charbonneau, militant de longue date de la lutte contre le sida (ancien vice-président d'Act Up-Paris et ancien directeur exécutif du Sidaction). Dans un discours puissant et émouvant, le militant rend un vibrant hommage aux combattants-es de la lutte contre le sida. « Combattre le sida, c’est combattre les préjugés, combattre les inepties des pouvoirs administratifs et politiques, combattre les jugements moraux, combattre les politiques répressives, combattre pour nos droits, combattre pour vivre. Nous sommes les combattantes et les combattants du sida (…). Je pense aux tout premiers malades isolés dans des chambres stériles au fond des services de maladies infectieuses. Je pense à la honte. Je pense à la peur. Je pense au désarroi des familles, à l’errance des survivants. Je pense à celles et ceux qui savaient qu’ils allaient mourir, à ceux abandonnés seuls. Je pense aux infirmières qui ont eu le courage de soigner, celles qui sont restées dans les services ». Hugues Charbonneau rappelle l’histoire des débuts du mouvement associatif VIH dans les années 80 : « Ce mouvement est un mouvement social dans toutes ses dimensions, des personnes qui n’étaient pas destinées à se croiser ou à se connaître, des séropos, des séronegs, des parents, des trans, des gays, des gouines, des hétéros, des scientifiques, des soignants, des usagers de drogues, des gens. C’était l’épidémie des pédés, des tox, des putes, des trans, des étrangers, des hémophiles, pas de gentils malades. Nos vies était jugées, nos amours à peine tolérés mais nous sommes devenus un mouvement (…). Nous avons inventé les patients experts, nous avons inventé la santé communautaire ».

La colère d’Act Up-Paris

Cette inauguration ne fait pas l’unanimité parmi les militants-es de la lutte contre le VIH/sida. Une partie des militants-es d’Act Up-Paris a appelé au boycott de cet événement notamment en réaction à l’affaire Bidard vs Bartoli. Marc-Antoine Bartoli, ancien président d’Act Up-Paris, a été mis en examen suite à une plainte pour diffamation déposée par Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris en charge de l’égalité Femmes-Hommes, de la jeunesse et de l'éducation populaire et élue communiste dans le 11e arrondissement. En juillet dernier, le militant précisait « cette plainte fait suite à des propos que j'ai tenus sur Twitter en février 2020 après la mort d'une travailleuse du sexe, Jessyca Sarmiento, au bois de Boulogne, afin de dénoncer le soutien politique de Bidard à la loi de pénalisation des clients et au mouvement du Nid ». Sur Twitter, Act Up-Paris a réagi à cette inauguration,: « Les plaques commémoratives ne nous soignent pas, ne nous protègent pas des contaminations/des discriminations, ne nous protègent pas des élus-es complices des politiques réactionnaires faisant le lit de l’épidémie. #HélèneBidard ». Pierre Dauphin, secrétaire général de Act Up-Paris dénonce de son côté « une démarche à la fois opportuniste et dérisoire de la part de la municipalité » dans une interview au journal Télérama.

Hugues Charbonneau a conscience de ces critiques et profite de cette prise de parole publique pour affirmer son soutien aux travailleurs-ses du sexe : « Aux élus-es de Paris, je veux dire que nous continuerons d’exiger l’abolition des lois prohibitionnistes, que nous continuerons de combattre sans merci leurs partisans. Aucun pouvoir ne nous intimide. Personne ne nous fait taire ! Eh oui, nous sommes outranciers ! Eh oui, nous sommes parfois gênants, mais nous ne lâcherons pas ! Placer le respect de nos choix et de nos vies au cœur de vos politiques publiques est le seul geste qui puisse faire de vous des combattantes et combattants du sida. Autrement, vous ne serez que des passants devant cette plaque ». Des mots puissants.

Hommage aux associations

Après des prises de paroles de l’association Les Amis du Patchwork des Noms et Line Renaud, c’est Anne Hidalgo, maire de Paris et candidate PS à la présidentielle de 2022, qui clôture cette inauguration avec un discours qui rend hommage aux associations et notamment Act Up-Paris et AIDES : « Silence = Mort comme le rappellent les slogans d’Act Up-Paris que je veux saluer ici (…). En 1984, c’est la création à Paris de l’association AIDES par Daniel Defert, à la suite du décès de son compagnon Michel Foucault. Aujourd’hui, c’est une des principales associations de lutte contre le sida en Europe et son action rayonne dans le monde par le réseau international qu’elle a aussi su constituer ». La maire de Paris salue également le travail d’Arcat Sida, Vaincre Le Sida, la toute première association de lutte contre le sida française, Ensemble contre le sida (qui deviendra Sidaction), Actions Traitements, Sol En Si, Solidarité Sida, Basiliade, Afrique Avenir, Uraca, Ikambere, le Kiosque Info, les Petits Bonheurs, Acceptes-T, les Séropotes, Dessine-moi Un Mouton… et j’en oublie sans doute », ajoute Anne Hildago. « Le malade, nous dit Daniel Defert est un réformateur social », et c’est sans aucun doute les malades du sida, les personnes vivant avec le VIH et celles et ceux qui se sont engagés-es dans cette lutte à leurs côtés, qui ont façonné l’histoire médicale, mais aussi l’histoire sociale, sociétale, contemporaine de notre ville et de notre pays », a conclu la Maire de Paris avant de dévoiler la plaque au public.

Un lieu de mémoire à New York

Dans son discours, Ariel Weil, maire de Paris centre, a parlé de la « Place des combattantes et combattants du sida » comme d’un lieu « unique au monde. En réalité, la plupart des grandes villes dans le monde possèdent déjà une place commémorative en hommage aux personnes décédées des suites du VIH/sida. Certains pays se sont distingués avec des projets plus ambitieux même si, à ce jour, aucun pays n’a annoncé la création d’un musée consacré à la lutte contre le VIH/sida. Petite sélection, non exhaustive, des lieux qui valent le détour. Inauguré le 1er décembre 2016, le New York City Aids Memorial est un lieu de mémoire pour rendre hommage aux plus de 100 000 New yorkais-es qui sont décédés-es des suites sida. Le monument qui se situe à Greenwich Village est constitué d’une canopée en acier de 5,5 mètres qui couvre un lieu d’une superficie de 150 m2 qui sert de passerelle vers le parc public de l’ancien hôpital de Saint Vincent (épicentre de la prise en charge des malades du sida à New York pendant les années 80/90). Le lieu propose régulièrement des événements culturels et artistiques ainsi que des ventes aux enchères et des expositions.

Un parc à Montréal

Le parc de l'Espoir est un parc public commémoratif de l'arrondissement Ville-Marie de la Ville de Montréal (Canada), situé dans le cœur du village gay de Montréal, à l’angle des rues Panet et Sainte-Catherine Est. Créé à la suite des demandes de groupes militants gays, le parc fut officiellement inauguré en septembre 1994, puis réaménagé en 1997 en lieu dédié à la mémoire des personnes décédées des suites du VIH/sida au Québec. Il est devenu un lieu de rassemblement LGBT+, politique et culturel.

Une colonne à Munich

Inauguré le 17 Juillet 2002, le monument est une colonne de quatre mètres de haut et de 80 centimètres de diamètre. Primé lors de la compétition lancée par la municipalité, le projet de Wolfgang Tillmans reproduit, à l’échelle, une colonne en céramique bleue de la station de métro voisine. Le monument est situé au sud-est de la ville, dans le quartier de Glockenbachviertel, appelé aussi le quartier rose (Rosa Viertel). Plus d’informations dans cet article de nos confrères-sœurs de Transversal.

Un ruban rouge géant à Durban

Impressionnante cette sculpture située dans le parc de Gugu Dlamini à Durban (Afrique du Sud) et qui représente un ruban rouge géant, symbole mondial de la lutte contre le VIH/sida. La sculpture a été inaugurée en juillet 2000 à l’occasion de la Conférence mondiale contre le VIH/sida, organisée cette année-là à Durban. Le parc a été renommé en 2000 au nom de Gugu Dlamini, une femme sud-africaine qui a été lapidée et poignardée à mort après avoir annoncé publiquement qu'elle était séropositive sur une radio en langue zoulou lors de la Journée mondiale de lutte contre le sida en 1998.

Un boulier géant à Amsterdam

C’est le 1er décembre 2016 qu’a été inauguré le monument Living by numbers à Amsterdam, Pays-Bas, dont le titre renvoie, entre autres, aux premières pages de À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie d’Hervé Guibert (1990). « Les dernières analyses, datées du 18 novembre, me donnent 368 T4, un homme en bonne santé en possède entre 500 et 2000. Les T4 sont cette partie des leucocytes que le virus du sida attaque en premier, affaiblissant progressivement les défenses immunitaires. ». Une sculpture créée pour nous rappeler que la lutte contre le sida n'est pas terminée. Chaque année au 1er décembre, un nouveau chiffre sera présenté sur ce boulier géant. Une œuvre créée par Jean-Michel Othoniel, artiste sculpteur français.

L’Artère, une œuvre méconnue

Située en plein cœur du parc de la Villette à Paris, l’Artère est une œuvre signée Fabrice Hyber, un plasticien français, à l'initiative de Sidaction. Sur 1001 m2, l’ensemble est composé de 16 000 carreaux de céramique, dessinés par l’artiste et réalisés à Monterrey au Mexique, qui sont le support de centaines de dessins originaux de l’artiste lié au corps et aux comportements. La forme globale de l’œuvre, inspirée du logotype de l’association Sidaction, symbolise un ruban rouge dénoué. Un « monument aux victimes » n’était pas exact, ce type de sculpture d’un académisme mortifère ne reflétait pas la vitalité de la lutte quotidienne. J’ai imaginé autre chose : un anti-monument, une œuvre à part entière qui propose des dizaines d’images à utiliser pour continuer et fédérer les luttes dans un des lieux publics les plus visités de Paris. En espérant que les dessins de ce jardin-chantier puissent disparaître par l’excès d’utilisation : je rêve que L’Artère épuise le virus », avait déclaré Fabrice Hyber. Inaugurée le 1er décembre 2006 par Jacques Chirac, ancien Président de la République, l’Artère reste assez méconnue du grand public à ce jour.

The AidsMemorial sur Instagram
Se servir des réseaux sociaux pour rendre hommage aux personnes emportées par le VIH/sida ? C’est ce que propose Aids Memorial sur son compte Instagram. Des histoires d’amour, de deuil et des souvenirs publiés chaque jour avec des photos personnelles envoyées par les proches des personnes disparues. Une façon digne et touchante de faire vivre la mémoire de ces combattants-es parfois oubliés-es. Créé en 2017 par Stuart, un Écossais qui préfère rester anonyme, Aids Memorial compte aujourd’hui plus de 203 000 abonnés-es et plus de 8 000 hommages.

 

Commentaires

Portrait de jl06

Encore un truc typiquement Parisiens .....ho ho les gens dans haut .....,on existe en bas (sud) , 

 

Dolly Parti Nice place du Pin , by Moya Patrick ,

 

Dolly Party Nice by Moya Patrick | Artiste contemporain, Comment peindre,  Art