Vaccination HPV : enjeux VIH et réactions

Publié par jfl-seronet le 06.03.2023
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ThérapeutiqueHPVpapillomavirus

C’est le Président de la République, Emmanuel Macron, qui a annoncé, le 1er mars, le lancement d’une campagne de vaccination de tous-tes les élèves de cinquième contre les infections à papillomavirus (HPV), reléguant son ministre de la Santé et de la Prévention, François Braun, dans l’ombre. L’objectif de la mesure est que la France ait une meilleure couverture vaccinale. Explications et réactions.

La vaccination contre le HPV ne devient pas obligatoire, mais elle est fortement recommandée et surtout elle sera plus accessible. Elle sera proposée en milieu scolaire à tous-tes les collégiens et collégiennes, avec l’accord de leurs parents, et intégralement prise en charge par l’Assurance-maladie. L’objectif de la mesure est que la France ait une meilleure couverture vaccinale. En 2021, selon Santé publique France, 43,6 % des jeunes filles de 15 à 18 ans étaient vaccinées, c’est plus bas que l’objectif fixé par les autorités de santé françaises qui visent 60 % de couverture vaccinale des jeunes filles en 2023. L’annonce de cette mesure, attendue et demandée de longue date, a suscité de nombreuses réactions d’associations de santé.

Une couverture vaccinale insuffisante

Dans un communiqué (1er mars), Actions Traitements rappelle que les papillomavirus humains touchent « plus de 80 % de la population sexuellement active, quel que soit le genre des partenaires » et qu’ils « sont responsables, chaque année, de plusieurs milliers de cancers qui pourraient être évités ». « Les papillomavirus humains sont également un sujet d’inquiétude pour les personnes vivant avec le VIH, qui ont un risque plus élevé de développer des cancers directement liés à ces virus, comme le cancer du col de l’utérus, de l’anus, de l’oropharynx ou du pénis », souligne aussi l’association. Comme d’autres, elle fait le constat que la France est « très en retard en matière de couverture vaccinale contre les papillomavirus humains ». Ainsi en 2021, elle n’était que de 41 % (France métropolitaine et outre-mer), plaçant la France en 27e position parmi les pays européens, alors qu’en 2020 elle dépassait déjà les 50 % dans l’ensemble du continent, voire 75 % dans onze pays (dont l’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni) ». « Nous sommes loin d’atteindre une couverture vaccinale supérieure à 60 % en 2023, puis 80 % en 2030, objectif fixé par la Stratégie nationale de santé sexuelle et le Plan Cancer. Nous devrions nous inspirer des résultats obtenus, par exemple, en Australie, où le nombre de personnes infectées par les papillomavirus est passé de 22,7 % en 2005-2007 à 1,5 % en 2015 chez les jeunes femmes de 18-24 ans… grâce à la vaccination. Ce pays est en passe d’éliminer le cancer du col de l’utérus comme problème de santé publique, alors que nous comptons en France encore plus de 6 300 cancers et 1 000 décès imputés aux papillomavirus humains chaque année », détaille le communiqué.

Actions Traitements a certes salué l’annonce présidentielle, mais déplore « toutefois que l’annonce du Président de la République ne s’accompagne pas de la mise en place d’un plan d’action ambitieux pour faciliter le recours aux dépistages précoces et répétés des papillomavirus humains, dans le cadre d’un dispositif complet d’information sur la santé sexuelle… que ce soit en médecine générale, auprès de gynécologues ou de proctologues ». Et d’expliquer : « La crainte, pour les adultes qui ne sont plus en âge de se faire vacciner, reste très forte et légitime face aux condylomes et surtout aux cancers qu’ils ou elles risquent de développer faute d’avoir été vaccinés-es plus jeunes. Pourtant de nombreux spécialistes plaident en faveur de la vaccination des adultes au-delà des tranches d’âge recommandées. Aux États-Unis par exemple, l’âge de la vaccination a été repoussé à 45 ans, s’appuyant sur des études montrant l’intérêt d’une vaccination même tardive ».

Vacciner aujourd’hui contre les cancers de demain

« Élargissement de l’accès à la vaccination contre le HPV, toujours une bonne chose », a expliqué l’association Les Actupiennes dans un communiqué (lien : https://lesactupiennes.fr/elargissement-de-lacces-a-la-vaccination-contre-le-hpv-toujours-une-bonne-chose). « En tant qu’association de lutte contre le sida, nous appelons les autorités, depuis bien des années, à adopter la réponse la plus appropriée possible en matière de protection contre le papillomavirus humain (HPV). Après avoir obtenu en 2019 une recommandation vaccinale non genrée, là ou avant les garçons n’étaient pas ciblés, ce qui constituait un trou dans la raquette aberrant, nous saluons les annonces d’aujourd’hui (…) Cela facilite l’accès au vaccin ». « Sachez que nous serons présents-es pour pousser à une réelle application de ces mesures et voir s’il n’y aura pas de reculades face à une population malheureusement désinformées et réticente », explique le communiqué. « Nous rappelons qu’il y a besoin d’accompagner ces mesures du travail indispensable de prévention comprenant information, éducation et lieux ressources accessibles à tous-tes », défend l’association qui a édité une brochure d’information sur le sujet : Les LGBTI et Séropos face au HPV (lien : https://lesactupiennes.fr/brochure-les-lgbti-et-seropos-face-au-hpv). Et l’association de conclure : « Une meilleure couverture vaccinale de la population est louable pour tous-tes et particulièrement pour les LGBTI et séropos, minorités très exposées au HPV. Pour les séropos : le sur-risque de développer un cancer de l’anus est estimé à 29 fois celui de la population générale ; deux à six fois plus de risques de développer un cancer du col de l’utérus pour les femmes séropos, avec un diagnostic de cancer du col posé dix ans plus tôt que chez les femmes séronégatives ».

Les personnes séropositives davantage exposées

AIDES a réagi sur Twitter : « Ce 28 février,@EmmanuelMacron a annoncé la mise en place d'une campagne de vaccination gratuite & généralisée contre le HPV pour les élèves de 5ème, filles comme garçons, dès la rentrée prochaine. Une mesure nécessaire, alors que la France a l’une des plus faibles couvertures d'Europe (…). Aujourd’hui, le vaccin contre le HPV ne fait pas partie des onze vaccinations obligatoires en France. Il est toutefois fortement recommandé pour les adolescents-es entre 11 et 14 ans, filles comme garçons (depuis 2021 pour les garçons), avant les débuts d’une vie sexuelle active. Il est également possible de se faire vacciner contre le HPV en « rattrapage » jusqu'à 19 ans, voire jusqu’à 26 ans compris pour les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes ».

« Le vaccin est un levier indispensable pour prévenir les cancers attribués à une infection au HPV. En particulier pour nos publics cibles, les personnes séropositives, qui sont davantage exposées au risque de cancer anal ou du col de l’utérus causé par une infection au virus », explique l’association, qui rappelle qu’une « récente étude publiée dans la revue JAIDS vient d’ailleurs rappeler la prévalence des infections du canal anal par le HPV chez les HSH qui vivent avec le VIH, notamment chez les jeunes ou chez ceux qui ont eu une gonorrhée. Cette annonce d’une campagne généralisée en milieu scolaire est donc plus que louable. N’attendons pas pour l’accompagner d’autres mesures, notamment en termes de prévention, d’information et d’éducation sexuelle pour en assurer la pleine effectivité. Le rôle de la médecine de ville doit également être conforté, afin d’assurer l’effectivité des recommandations vaccinales ; 97 % des parents indiquent suivre les conseils de leur médecin. Dans ses SPOT (centres de santé), AIDES aussi vaccine les publics vulnérables ».

 

HPV : En savoir plus avec Actions Traitements
En tant qu’association qui informe, accompagne et défend les droits des personnes vivant avec le VIH ou des co-infections, Actions Traitements se saisit régulièrement des conséquences du HPV. L’association a notamment édité un dépliant d’information sur les vaccinations recommandées pour les personnes vivant avec le VIH (dont celle contre les papillomavirus humains). Elle a aussi réalisé une vidéo pédagogique suite à l’élargissement de la prise en charge de la vaccination aux garçons depuis le 1er janvier 2021.
Cette année, Actions Traitements a réalisé une nouvelle vidéo dans laquelle la Pre Christine Katlama (cheffe du service des maladies infectieuses de l’hôpital Pitié Salpêtrière à Paris) revient sur l’intérêt de la vaccination et rappelle que de nombreux-ses spécialistes la préconisent aux personnes ayant dépassé l’âge recommandé. De plus, l’association a co-fondé, avec neuf autres partenaires, le collectif « Demain sans HPV » afin de proposer des mesures concrètes pour développer la vaccination contre les papillomavirus humains et l’information sur ces virus. Dans un « contexte où le scepticisme à l’égard des vaccins s’est renforcé ces dernières années, où les professionnels-les de santé ne les recommandent pas autant que nécessaire », l’association réaffirme son « engagement en faveur de la généralisation de la vaccination contre les papillomavirus humains, tout en plaidant pour une information et un accès renforcé aux dépistages, notamment chez les personnes qui n’ont pas bénéficié de la vaccination ! »