Vaccins : chacun pour soi !

Publié par jfl-seronet le 07.09.2021
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MondevaccinationCovid-19

Alors que des pays lancent des programmes conséquents pour une troisième dose de vaccin, l’OMS déplore un accès toujours inégalitaire à la vaccination entre le Sud et le Nord. Le décalage est désormais tel qu’il pourrait avoir des conséquences financières majeures sur les populations des pays où la vaccination reste trop faible, faute d’aide internationale. Explications.

On vaccine beaucoup… mais pas partout !

Plus de cinq milliards de doses de vaccins contre la Covid-19 ont été administrées dans le monde, selon un comptage réalisé mardi 24 août par l'AFP à partir de sources officielles. Avec 1,96 milliard d'injections, la Chine concentre toujours près de quatre doses sur dix administrées dans le monde. L'Inde (589 millions) et les États-Unis (363 millions) complètent le podium en valeur absolue, souligne l’agence de presse. Mais rapporté à la population, parmi les pays de plus d'un million d'habitants-es, les Émirats arabes unis sont les champions de la vaccination. Ils ont administré 179 doses pour 100 habitants-es et approchent les 75 % de population complètement vaccinée. Suivent dans le peloton de tête l'Uruguay (154 doses pour 100 habitants-es), Israël (149), le Qatar (148), Singapour (147), le Bahreïn (144), le Danemark (143), le Chili (140), le Canada (139), le Portugal et la Belgique (138 chacun), la Chine continentale (136), l'Espagne (134), l'Irlande (133) et le Royaume-Uni (132). La plupart de ces pays ont complètement vacciné, entre 65 % et 70 %, de leur population. Certains, comme les Émirats, Bahreïn, Israël, l'Uruguay et le Chili, ont même commencé à administrer des troisièmes doses, dans le but de prolonger l'immunisation des personnes complètement vaccinées. La France, qui administrera des troisièmes doses à partir de la mi-septembre, n'est pas très loin de la tête, avec 126 doses injectées pour 100 habitants-es et 62 % de sa population complètement vaccinée. Elle a largement dépassé les États-Unis (110 doses pour 100 habitants-es, 52 % complètement vaccinés).

Que se passe-t-il au sud ?

Si la plupart des pays pauvres ont désormais commencé à vacciner, principalement grâce au mécanisme Covax (OMS, alliance Gavi et coalition Cepi), la vaccination contre la Covid reste très inégalitaire. Les pays à « revenu élevé » (au sens de la Banque mondiale) ont administré en moyenne 111 doses pour 100 habitants-es, les pays à « faible revenu » seulement 2,4 doses pour 100 habitants-es. Ces derniers ont toutefois accéléré leurs campagnes au cours des dernières semaines, notamment avec des doses données par certains pays riches ; mais qui ne suffisent pas à répondre aux besoins. En moyenne dans le monde, 64 doses ont été injectées pour 100 habitants-es. Trois pays n'ont toujours pas commencé leur campagne : le Burundi, l'Erythrée et la Corée du Nord.

Nord/Sud : un énorme décalage

Le décalage d’accès à la vaccination entre pays du Nord et pays du Sud est vivement critiué par l’Organisation mondiale de la santé. Ainsi, l’OMS a déploré mard 24 août les « inégalités choquantes d'accès aux vaccins » contre la Covid-19.  « Dans le monde, 140 pays ont vacciné au moins dix pourcent de leur population, mais sur notre continent, seuls quatre pays ont pu atteindre cet objectif, en raison des inégalités choquantes d'accès aux vaccins », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'OMS. Selon lui, « la crise liée au vaccin illustre la faiblesse fondamentale aux racines de la pandémie : le manque de solidarité mondiale et de partage - partage d'informations et de données, d'échantillons biologiques, de ressources, de technologie et d'outils ». Afin de renforcer la solidarité mondiale, le directeur général de l'OMS a appelé les pays africains à soutenir « un traité international ou tout autre instrument légal permettant d'améliorer la coopération internationale » en matière de riposte à la pandémie. Ce traité pourrait être discuté en novembre lors d'une session spéciale de l'Assemblée mondiale de la Santé. « Le dispositif Covax a livré 40 millions de doses de vaccin aux pays africains, ce qui ne représente qu'une petite fraction des doses nécessaires pour protéger les populations du continent contre les risques de maladie grave et de décès liés à la Covid-19 », a également souligné Matshidiso Moeti, directrice régionale de l'OMS pour l'Afrique. « Nous regrettons profondément les retards et les difficultés à respecter les accords en raison d'imprévus survenus au cours de la pandémie. Nous avons tiré de nombreuses leçons », a-t-elle poursuivi.

Santé et impact économique

L’insistance de certaines structures internationales de santé à aller plus vite sur un accès universel à la vaccination s’explique très bien. En effet, selon des études prospectives, la lenteur du déploiement de la campagne de vaccination contre la Covid-19 au niveau mondial pourrait entraîner une perte de 2 300 milliards de dollars de PIB mondial sur les trois prochaines années. Ce chiffre a été donné par le centre de recherche The Economist Intelligence Unit (EIU) auteur d’une étude sur le sujet, « les pays qui auront vacciné moins de 60 % de leur population à l'horizon mi-2022 enregistreront au total des pertes de PIB de 2 300 milliards de dollars, sur la période 2022-2025 », soit une somme qui correspond à peu près au PIB annuel d'un pays comme la France. Les deux tiers de ces pertes seront subies par des pays émergents, ce qui va ralentir leur rattrapage économique avec les pays plus développés, alimenter la pauvreté et augmenter le risque de troubles sociaux dans ces zones, avertit l'EIU dans sa note, citée par l’AFP. Ainsi, sur la période 2022-2025, les pays d'Afrique sub-saharienne devraient perdre 2,9 % de PIB par rapport aux prévisions à cause de la lenteur de la campagne de vaccination, contre seulement 0,1 % de perte de PIB pour les pays d'Europe de l'Est. En volume, c'est la région Asie-Pacifique qui serait la plus pénalisée par la lente vaccination, avec 1 700 milliards de dollars de pertes de PIB, toujours sur la même période.  L'inégalité dans l'accès aux vaccins va également retarder la reprise économique des pays à revenus faibles, qui mettront bien plus de temps à retrouver leur niveau d'avant crise que les pays riches, prédit l'EIU.  Fin août, environ 60 % de la population des pays les plus riches avaient reçu au moins une dose de vaccin anti-Covid, contre seulement 1 % des habitants-es des pays pauvres, selon cette étude. Pour Agathe Demarais, directrice des prévisions mondiales de l'EIU et autrice de l'étude, il y a « peu de chance » que l'écart dans l'accès aux vaccins soit « comblé » car « malgré des communiqués de presse flatteurs, les dons des pays riches couvrent seulement une fraction des besoins ».  Le dispositif international Covax, destiné à garantir aux pays défavorisés un accès équitable aux vaccins, « a échoué », malgré ses « (modestes) attentes », a-t-elle ajouté.  L'étude de l'EIU a été menée sur environ 200 pays, en examinant les prévisions des calendriers de campagne de vaccination et celles sur l'évolution du PIB.

Commentaires

Portrait de la gady

leque des vaccins Covid convient  aux   séropositifs ? Svp merci .