VHC et VHB : un étude rapporte de graves lacunes dans les stratégies de santé

Publié par jfl-seronet le 16.01.2017
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ThérapeutiqueVHBVHChépatites Bhépatite C

L'Elpa (European liver patients association - Association européenne de patients malades du foie) a présenté, fin décembre 2016, les conclusions du rapport Hep-Core 2016. Ce document porte sur l'état de la politique de santé et des pratiques en matière d'hépatites virales en Europe. Cette très ambitieuse étude européenne portant sur 27 pays pointe de nombreux problèmes en matière de dépistage, de prise en charge, d’accès aux nouveaux traitements. Voici quelques données.

Première info : 52 % des pays européens et du bassin méditerranéen étudiés ne disposent pas de stratégie nationale pour faire face aux hépatites virales B ou C. Et cela alors même qu’une résolution de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) enjoint chaque pays à en adopter une. Toujours selon ce même rapport : seuls trois pays proposent un accès aux antiviraux à action directe (AAD) pour le traitement du VHC sans aucunes restrictions. Certains pays ne proposent toujours pas les AAD : Finlande, Roumanie, Serbie ou Macédoine, par exemple.

Le rapport a été réalisé sous la direction du Pr. Jeffrey V. Lazarus, de l'université de Barcelone. Les résultats du rapport Hep-Core servent d'analyses sur les lacunes et les faiblesses des politiques de santé en matière d’hépatites virales. Par exemple, 17 pays ne disposent d'aucun registre national pour recenser les cas de VHB et 15 pays n'ont aucun registre national pour recenser les cas de VHC. De plus, dans 12 pays, il n'existe aucun site de test ou de dépistage du VHC en dehors des hôpitaux.

Avec le rapport Hep-Core, l'Elpa a cherché à suivre une approche unique. Les données ont été recueillies auprès de spécialistes locaux dans chaque pays. L'équipe de recherche a demandé à un groupe de personnes vivant avec le VHC ou le VHB de chacun des 27 pays membres de l'Elpa de répondre à une enquête comportant 39 items sur divers aspects touchant au VHB et au VHC : réponse nationale générale, sensibilisation et engagement publics, suivi de la maladie et collecte des données, prévention, test et diagnostic, examen clinique et accès au traitement. Une autre partie de l'enquête posait un ensemble de questions cherchant à mieux comprendre la prévention des hépatites dans chaque pays. Cette section se concentrait sur la disponibilité des systèmes de réduction des risques concernant le VHC. Il a été rapporté que des programmes d’échanges de seringues et d'aiguilles propres sont disponibles dans au moins une zone du pays dans 22 pays (81 %), que des traitements de substitution aux opiacés sont disponibles dans au moins une zone du pays dans 24 cas (89 %) et que des salles de consommation à moindre risque ne sont disponibles que dans 5 pays (19 %).

"Il est complètement inacceptable que les hépatites virales soient encore si mal traitées en Europe. Il existe d'excellentes possibilités de traitement et de prévention ainsi que des stratégies bien pensées et nous avons accès à de nombreuses initiatives internationales, en particulier par l'OMS", a expliqué Tatjana Reic, présidente de l'Elpa. "J'espère que cette étude va modifier le paysage de la surveillance des politiques sur l'hépatite virale au niveau régional et même mondial", a-t-elle indiqué, rappelant que 171 000 personnes meurent chaque année de causes liées aux hépatites virales (environ 2 % de tous les décès annuels). Cela représente plus de 400 morts du fait d’une hépatite virale chronique par jour. "La grande majorité de ces morts sont dues aux effets tardifs des infections chroniques au VHB et au VHC, causes respectivement de 56 000 et 112 500 décès en 2013", indique le communiqué de l’Elpa.

"La réduction à zéro de la prévalence de l'hépatite C dans les groupes à risque prédéfinis est possible dans les années à venir. Pour cela, nous avons besoin d'une surveillance rigoureuse du VHC dans tous les pays d'Europe, de programmes de dépistage efficaces, d'une plus grande proportion de traitements fondés sur des thérapies efficaces, et d'une collaboration étroite entre les parties prenantes", a souligné le professeur Massimo Colombo de l'Université de Milan et Président de la EASL International Liver Foundation. De son côté, le coordinateur du rapport, le professeur Lazarus, estime que "les découvertes du rapport Hep-Core 2016 sont une ressource qui peut soutenir les efforts de toutes les personnes travaillant à l'élimination du VHB et du VHC en tant que menace à la santé publique en Europe et au-delà de ses frontières, dans la lignée de la stratégie mondiale de l'OMS et du Plan d’action pour la riposte du secteur de la santé à l’hépatite virale dans la région européenne de l’OMS" récemment adopté. Nous avons maintenant une base sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour améliorer la prévention, le traitement et le soin de l'hépatite de manière systématique – et d'en suivre les progrès. L'hépatite virale, qui touche des millions de personnes en Europe, doit être combattue à grande échelle, ce qui nécessite à la fois des mesures à l'échelle de chaque pays et de manière concertée à l'échelle paneuropéenne".