VHC : experts et militants veulent que tout le monde soit traité

Publié par jfl-seronet le 12.02.2016
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Thérapeutiquehépatite CVHCAAD

Les nouveaux traitements contre le VHC (antiviraux à action directe) ne bénéficient aujourd’hui qu’à une minorité des quelque 180 millions de personnes vivant avec le VHC dans le monde. Le principal obstacle à une large diffusion de ces nouveaux traitements est, bien entendu, leur coût. C’est ce qu’ont rappelé différents experts des hépatites réunis les 11 et 12 janvier dernier à la 9ème conférence Paris hepatitis conference.

"La plupart des pays n’ont pas de système universel de santé", a rappelé le docteur Ana Carolina Cardoso, hépatologue au Brésil, citée par l’AFP. Dans ce pays, 2,2 millions de personnes vivent avec le VHC, près de la moitié d’entre elles présente déjà des fibroses sévères ou des cirrhoses. Or les prix négociés ne permettent de financer qu’environ 30 000 traitements par an !

Le rationnement existe aussi en France. Interrogé par l’AFP, le professeur Marc Bourlière (Hôpital Saint-Joseph, Marseille) explique : "Cette limitation pose problème, on est obligé de dire à certains patients qu’on ne peut pas les traiter alors même qu’ils pourraient en tirer un bénéfice en termes de qualité de vie. Là aussi, les chiffres parlent. Quelque 250 000 personnes vivent avec le VHC en France, dont la moitié à peu près l’ignore. Donc environ 125 000 personnes auraient besoin d’un traitement, or les critères restrictifs qui s’appliquent, interdisent de fait l’accès aux traitements à la majorité des personnes. En 2015 : 14 000 personnes ont été traitées. Interviewé par le site pharmaceutiques.com, le docteur Pascal Mélin, hépatologue et président de la fédération SOS Hépatites, voit dans les restrictions actuelles, "un recul de la médecine". "Imagine-t-on annoncer à une patiente, à qui l’on vient de diagnostiquer un cancer du sein : "Les traitements existent, mais nous attendrons que votre cancer soit plus grave pour vous soigner ?" C’est exactement ce qui se passe avec les patients atteints par le VHC", dénonce Pascal Mélin.

Dans un communiqué de presse (11 janvier), SOS hépatites explique : "Nous, malades, demandons à être associés aux décisions concernant les moyens à venir pour la lutte contre l’épidémie. Cette stratégie est notamment basée sur la prise en charge à l’annonce de la maladie des nouveaux traitements anti-VHC pour toutes les personnes infectées par le virus et nécessitant d’être traitées, quel que soit leur stade de fibrose, en accord avec toutes les recommandations d’experts. L’ouverture de ces prescriptions s’accompagne nécessairement d’une profonde renégociation du prix de ces nouveaux médicaments". "Il n’existe aucune victoire scientifique sans progrès sociale", rappelle Pascal Mélin.

Interrogé récemment sur le prix des médicaments anti-VHC, Pascal Mélin explique : "Nous voulons que s’engage une négociation sur le prix des traitements avec l’industrie pharmaceutique (…) Les prix actuels constituent, à nos yeux, une véritable perte de chance pour les malades. C’est inacceptable ! En outre, le nombre de malades sévères [stades de fibrose F3 et F4, ndlr] ayant accès au traitement est en baisse. Il est urgent de passer à l’étape suivante, une véritable stratégie à long terme de gestion de l’épidémie (…) Nous devons donc traiter tout le monde. D’autant que les études nous montrent aujourd’hui que pour les F0 et les F1, on obtient de très bons résultats après seulement huit semaines de traitement".