VHC : l’épidémie se poursuit chez les gays séropositifs

Publié par Costa le 25.03.2009
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vhchépatite B
"Il n’y a aucune nouveauté. L’épidémie se propage dans le temps, à partir de la même souche virale que celle isolée entre 2001 et 2003 en région parisienne, les mêmes personnes servant probablement de réservoir." De retour de la Croi, Jade Ghosn, infectiologue à l'hôpital de Bicêtre, revient sur sa présentation consacrée à la poursuite de la transmission sexuelle du VHC chez certains gays séropositifs français.
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Réalisée d'après les données enregistrées chez des homosexuels séropositifs suivis dans une centaine de services médicaux, l'enquête menée en 2006-2007 a permis d'identifier 94 cas d'hépatite C aiguë, dont 32 ont pu être analysés. "Tous des hommes homosexuels infectés par le VIH, pour la plupart correctement suivis et traités, ne présentant aucun facteur de risque classique pour le VHC", explique Jade Ghosn. Des gays âgés en moyenne de 40,5 ans, séropositifs depuis une dizaine d'années, dont 62% avaient une charge virale indétectable et la moitié plus de 500 CD4.

Le VHC était généralement dépisté à l’occasion du suivi VIH standard et du bilan hépatique réalisé en raison de la toxicité des traitements, ayant révélé une élévation anormale des transaminases. Mais comme le souligne le praticien hospitalier, "cette augmentation des transaminases est généralement très fugace et les séropositifs étant désormais suivis tous les 6 mois lorsqu'ils vont bien, on peut très bien avoir un bilan hépatique normal et passer à côté". D'où l'importance, selon lui, de pratiquer un test de dépistage du VHC au moins une fois par an pour les homosexuels séropositifs sexuellement actifs.

Si une proportion non négligeable des 32 cas analysés déclare consommer des drogues récréatives (ecstasies, kétamine, amphétamines, etc.), ils sont cependant très peu à avoir utilisé des pailles dont le partage aurait pu expliquer leur contamination. "Ils ne présentent donc aucun facteur de risque connu, ce qui fait de la voie sexuelle le seul mode possible de transmission", poursuit le praticien hospitalier. Toutes les personnes concernées déclarent ainsi des pénétrations anales non protégées (sans gants ni préservatifs), parfois des pratiques plus hard comme le fist, le bondage ou les pratiques sado-maso. Des pratiques pouvant favoriser la transmission du VHC auxquelles Jade Ghosn ajoute "tout ce qui a pu léser la muqueuse rectale avant la pénétration (fist, gods…) ou provoquer des saignements, mais aussi l'herpès ou le chancre syphilitique qui constituent une véritable porte d’entrée pour le VHC même en l’absence de lésions apparentes". Onze personnes présentaient ainsi une infection sexuellement transmissible concomitante, syphilis (7 cas), chlamydiae (2), lymphogranulome vénérien (2).

Enfin, alors que le génotype 1a est actuellement le plus courant dans la plupart des pays développés, 16 personnes (soit 50% des cas étudiés) étaient porteuses du génotype 4d, relativement moins commun. 15 personnes présentaient en outre la même souche virale que celle découverte entre 2001 et 2003 parmi les homosexuels parisiens, suggérant l'existence d'un foyer endémique et la poursuite d'une transmission en chaîne depuis la région parisienne. Un génotype qui ne serait pas plus virulent, plus agressif ou plus transmissible sexuellement que les autres. Mais comme le précise encore Jade Ghosn, cette "particularité" française n'est pas sans conséquences : "le génotype 4 répondant moins bien au traitement, c'est un vrai problème, surtout en cas de coïnfection par le VIH, généralement associée à un mauvais pronostic."

L'équipe de Jade Ghosn a également mis en évidence les premiers cas de surinfection par 2 génotypes différents : un porteur d’une hépatite chronique de génotype X, surinfecté par un génotype Y à l’occasion d’un rapport sexuel. Des surinfections déjà connues chez des polytransfusés ou lors du partage de matériel d’injection pour la première fois décrites par voie sexuelle, qui posent au praticien de vraies questions sur l'impact des messages de prévention. "Déjà contaminées par voie sexuelle, ces personnes continuent à prendre des risques sans aucune prévention."

Pratiques sexuelles non protégées, usage de drogues récréatives, mais aussi nombre élevé de partenaires sexuels et sexe en groupe: tels pourraient donc être les principaux facteurs de risque associés à l'épidémie de VHC chez les gays séropositifs, qu'ils soient français ou européens comme le montrera la publication dans Aids de la première étude de tous les cas recensés par le réseau européen de surveillance récemment mis en place. Des hommes "qui présentent tous le même profil et les mêmes prises de risques" conclut Jade Ghosn qui insiste sur la nécessité de "faire campagne pour le dépistage, de penser au VHC à la moindre anomalie, et de marteler les messages de prévention".

Au lendemain de l'alerte lancée à la Conférence internationale de Mexico face à l'augmentation des cas de transmission sexuelle d'hépatite C chez les homosexuels séropositifs d'une même clinique d'Amsterdam, d’autres présentations ont évoqué à Montréal les différents aspects de cette nouvelle épidémie aux Pays-Bas, à New York, et au Royaume-Uni.

Amsterdam
Présentée par l'équipe de Guido Van den Berk, la première étude s'intéressait spécifiquement aux 46 cas aigus d'hépatite C découverts entre 2003 et 2008 parmi les 1 380 gays séropositifs suivis dans un même hôpital d'Amsterdam. 2 cas en 2002, 14 entre janvier et août 2008. Une infection certes moins courante que dans l'étude présentée à Mexico (18% d’hépatites C, dont un tiers de contaminations récentes), mais qui augmente cependant de manière exponentielle. 55% des gays coinfectés avaient, en effet, contracté le VHC au cours des 5 dernières années. Les trois quarts d'entre eux étaient porteurs du génotype 1, et aucun n'avait déclaré d'autre facteur de risque connu comme l'injection de drogues ou une transmission en milieu médical.

New York
Décalée par rapport aux épidémies européennes, la transmission sexuelle du VHC parmi les homosexuels séropositifs américains touche désormais New York. L'équipe de Daniel Fierer, qui avait déjà montré une progression alarmante de fibrose hépatique chez les gays séropositifs récemment infectés par le VHC, a détaillé l’évolution de la maladie chez 31 d’entre eux. Des gays au profil très proche de celui des Français : âge moyen 41 ans, 527 CD4 en moyenne, les trois quarts sous ARV, dont 64% avec une charge virale indétectable.

13% se sont spontanément débarrassés de l'infection, et tous les autres se sont vu proposer un traitement Interféron pégylé+ribavirine. 12 des 21 personnes ayant débuté le traitement l’ont poursuivi jusqu’à son terme, et 8 d’entre eux présentaient toujours une réponse virologique soutenue 6 mois après l’arrêt du traitement. 85% des personnes ayant accepté de subir une biopsie présentaient, par ailleurs, une fibrose de stade 2, et 10% de stade 1.

Une étude qui montre un risque accru de transmission du VHC lors de rapports anaux réceptifs non protégés (avec ou sans éjaculation), de rapports oraux réceptifs non protégés avec éjaculation, avec l’utilisation de sex toys, celle de drogues ou de marijuana.

Royaume-Uni
Enfin, la dernière étude s’est attachée à comparer les différences de comportements enregistrées parmi 21 gays séropositifs new-yorkais et 60 britanniques, coïnfectés par le VHC.
Les Britanniques étaient plus jeunes (36 ans en moyenne), porteurs du VIH depuis moins longtemps (3,7 ans contre 8 ans à New York), et plus nombreux à avoir une charge virale indétectable.
Si les New-Yorkais étaient plus nombreux à avoir injecté des drogues (24% contre 3%) et à avoir partagé du matériel d'injection ou des pipes à crack, l’usage de kétamine, cocaïne, LSD et d’ecstasy était, à l’inverse, plus courant chez les Britanniques.

Dans les 12 mois précédant l’enquête, les New-Yorkais ont pratiqué moins de fist (actif ou passif) que les Britanniques, et utilisé plus souvent des préservatifs pour les rapports oraux (actifs ou passifs).
Crédit photo : Laughing Squid
 

Commentaires

Portrait de Kaaphar

salut, comme il n'est pas trop d'usage de commenter les articles, j'ai mis un p'tit post "commentaire" en forum là : http://www.seronet.info/billet_forum/hep-c-et-gays-amalgame-dangereux-10... en remontant un vieux truc solidairement kaaphar