Victrelis : le nouveau médicament anti-VHC interagit avec les antiprotéases du VIH

Publié par Renaud Persiaux le 21.02.2012
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La mise en garde de l’Agence européenne du médicament est tombée juste avant le week-end (le 16 février). Le bocéprevir, nouveau médicament anti-VHC commercialisé par Merck (MSD) sous le nom de Victrelis, interagit de façon importante avec certaines antiprotéases du VIH. L’agence conseille de ne pas arrêter le traitement, mais de prendre contact avec son médecin.

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Alors qu’on pouvait suspecter des interactions - les voies d’élimination par l’organisme (métabolisation) de ces médicaments étant en parties communes - ces données d’interactions arrivent très tardivement. Ce n’est pourtant pas faute de les demander, ce qu’ont fait les associations de façon répétée depuis de nombreuses années.

A une réunion d’activistes européens qui se tenait à Sitgès en juin 2011, à laquelle AIDES participait, un des enjeux était d’obtenir que les études d’interactions entre médicaments anti-VIH et anti-VHC (un tiers des personnes vivant avec le VIH vivent aussi avec le VHC) soient conduites plus précocement au cours du développement clinique des molécules. Pour l’heure, elles sont la dernière roue du carrosse.


La possibilité d’utiliser Victrelis (bocéprevir) avec les antiprotéases était un des arguments forts de prescription, par rapport à l'autre médicament anti-VHC commercialisé par Janssen, Incivo (télaprévir) pour laquelle seul Reyataz (atazanavir) était autorisé. Et ce sont les autorités européennes du médicament qui ont dû demander au laboratoire Merck de tester la co-administration avec les antiprotéases (boostées par ritonavir). Et pour cause : il n'y avait, en fait, aucune donnée spécifique. L’étude d’interaction dont les résultats ont été révélés le 6 février portait sur des "volontaires sains", comprendre des personnes infectées par aucun des deux virus. Qui arrivent plus d’un an après l’ouverture des autorisations temporaires d’utilisation aux personnes uniquement infectées par le VHC, et cinq mois après les autorisations de mise sur le marché.

Quels sont les résultats ?
Les antiprotéases étudiées (qui sont les plus couramment utilisées) sont toutes concernées :

- Victrelis + Kaletra (lopinavir/ritonavir) = baisse de la concentration de Victrelis dans l’organisme de 45%, baisse de la concentration de Kaletra de 43% ;
- Victrelis + Prezista (darunavir) boosté par Norvir = baisse de la concentration de Victrelis de 32%, baisse de la concentration de Prezista de 59% ;
- Victrelis + Reyataz (atazanavir) boosté par Norvir = pas de baisse de la concentration de Victrelis, baisse de la concentration de Reyataz de 49% ;

Les recommandations de l’Agence européenne du médicament
L’Agence européenne du médicament déconseille l’utilisation conjointe de Victrelis avec Kaletra ou Prezista/Norvir. Pour Reyataz/Norvir, l’utilisation reste possible sur la base d’une évaluation "au cas par cas", en cas de charge virale VIH indétectable, d’absence de souche du virus résistante, et avec un suivi clinique et biologique renforcé (consultations et bilans plus fréquents). Les personnes ne doivent pas arrêter leur traitement de leur propre chef, mais contacter leurs médecins.

Autorisation de mise sur le marché (AMM)

Les notices d’informations devront inclure la mention de ces interactions. Les autorisations de mise sur le marché européennes ne mentionnent pas la co-infection (VIH/VHC) : certains médecins ont commencé à les prescrire, tandis que d’autres y rechignent, du fait précisément des interactions. Lesquelles sont décevantes après des résultats d’efficacité, prometteurs mais préliminaires (6 mois), rendus publics par Merck le 20 octobre. Cette étude concernait des personnes co-infectées n’ayant jamais pris de traitement anti-VHC auparavant, et le laboratoire laissait espérer un doublement des chances de guérison de l’infection : de 34% avec la bithérapie (interféron+ribavirine) à 70% avec la trithérapie incluant Victrelis.

L’essai ANRS-BOCEPREVIH
En ce qui concerne les personnes ayant déjà tenté le traitement anti-VHC, l’industrie pharmaceutique faisant défaut en ce cas, c’est la recherche publique qui devrait permettre d'en savoir plus avec l’'essai BOCEPREVIH, menée par l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales. Un courrier a été envoyé par le directeur de l’Agence, le Pr Jean-Francois Delfraissy, demandant un contrôle mensuel de la charge virale VIH et un dosage des concentrations de Reyataz en cas d’échec. "Nous sommes en alerte et l'info a été diffusée aux centres investigateurs", explique à Seronet le Dr Isabelle Poizot-Martin, chef du service d’immuno-hématologie clinique de l’Hôpital Sainte Marguerite à Marseille et investigateur principal de l’'essai BOCEPREVIH. "Il reste à gérer les patients qui sont traités actuellement en dehors de l'essai car même si les cliniciens réalisent des dosages de concentration résiduelle d’atazanavir [Reyataz, ndlr], nous ne disposons d'aucune donnée pour valider des ajustements de posologie". Les cliniciens espèrent avoir plus d'informations à la CROI, grande conférence scientifique annuelle sur le VIH, qui se tient du 5 au 8 mars prochain à Seattle.

LE POINT SUR LES INTERACTIONS CONNUES :
- Côté nucléosides, Truvada ou Kivexa sont utilisables avec Victrelis et Incivo (télaprevir, autre antiprotéase du VHC).
- Victrelis ne peut pas être utilisé avec les non nucléosides Sustiva (aussi contenu dans Atripla), Viramune, Intelence, Edurant. Les antiprotéases Kaletra et Prezista ne sont pas utilisables ; Reyataz peut être utilisé sur la base d'une évaluation au cas par cas, en cas de charge virale indétectable, d'absence de résistances et avec un suivi biologique et clinique renforcé.  
- Avec Incivo, si l’on prend en même temps Sustiva, il est nécessaire de prendre trois comprimés à chaque prise au lieu de deux. Reyataz est la seule antiprotéase du VIH utilisable.
- Selon Merck, on n’attend pas d’interaction de Victrelis et d’Incivo avec l’anti-intégrase maison, Isentress (raltégravir). Des études visant à s’en assurer sont en cours.

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