Vieillir avec le VIH : une enquête du Corevih Lyon Vallée du Rhône

Publié par jfl-seronet le 27.03.2014
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Le Corevih Lyon Vallée du Rhône a conduit une enquête sur le VIH en Ehpad (établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) et USLD (unité de soins longue durée). Son objectif ? "Faire un état des lieux de la problématique de l’accueil des patients porteurs du VIH dans ces établissements". Voici quelques unes des données de cette enquête récemment publiées par ce Corevih.

Les personnes vivant avec le VIH vieillissent et connaissent très majoritairement un allongement de l’espérance de vie. Un exemple, celui donné par les auteurs de cette enquête sur la situation régionale. "Dans la file active lyonnaise (près de 3 500 patients), 35 % a plus de 50 ans (12 % a plus de 60 ans)", écrivent-ils. Autre point de départ de cette enquête : les personnes vivant avec le VIH qui "en ont besoin ont des difficultés à trouver des places dans les établissements médico-sociaux (EMS)", une des hypothèses est que ces derniers "ne sont probablement pas préparés pour ce type de prise en charge". C’est cette double donne que le Corevih Lyon Vallée du Rhône a voulu étudier.

Les établissements à la question

L’enquête repose sur un questionnaire adressé aux établissements médico-sociaux par voie électronique. Il porte sur l’accueil des personnes vivant avec le VIH, les difficultés et freins à la prise en charge, la procédure mise en place concernant les accidents d’exposition au sang, celle concernant le risque de transmission par voie sexuelle, les besoins de formation, etc. Ce questionnaire a été adressé aux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) et aux unités de soins de longue durée (USLD) de quatre départements : Ain, Ardèche, Drôme, Rhône ; c’est le territoire du Corevih. L’enquête a été conduite en octobre 2013. 387 établissements avaient été recensés, 315 établissements ont reçu le questionnaire. 86 ont répondu, soit 27 % des établissements contactés. Ces établissements accueillent au total 7 898 résidents, essentiellement en Ehpad. 28 % des établissements étaient rattachés à un établissement de santé.

L’accueil des personnes vivant avec le VIH

"Sur 86 réponses, un seul établissement a déclaré accueillir deux patients positifs pour le VIH (1 %). Cinq établissements ont déclaré en avoir accueilli dans le passé (6 %). Parmi ces établissements, trois sont des Ehpad, deux sont rattachés à des établissements de santé. Onze établissements (13 %) ont déclaré avoir déjà eu des demandes d’admission pour cespatients" expliquent les auteurs. Lorsqu’on cherche à connaître quelle est la proportion d’établissements qui a été sollicitée pour l’accueil de résidents vivant avec le VIH, voilà ce que donnent les chiffres par département : Ain (24 %) ; Ardèche (10 %) ; Drôme (0 %) ; Rhône (14 %). Le VIH est-il un frein à l’accès dans les établissements médico-sociaux ? L’enquête du Corevih indique : "Quinze établissements (17 %) ont déclaré que la connaissance d’une infection à VIH serait un frein à une éventuelle admission". "Les différents freins avancés par les établissements sont (16 réponses) : le manque de connaissances, le manque de personnel médical ou surtout paramédical, la perception d’un risque, la nécessité de rassurer le personnel, les coût des traitements, le regard des familles et les difficultés d’intégration à la population "traditionnelle" de ces établissements. Le coût des traitements est considéré comme un obstacle à la prise en charge par 50 % des établissements, dont trois sur les cinq ayant déjà accueilli ce type de patients", indiquent les auteurs.

Des établissements pas préparés

Plus globalement, 47 établissements (55 %) pensent ne pas être préparés pour une telle prise en charge. "Parmi les établissements ne s’estimant pas préparés, 43 ont justifié leur réponse : nécessité de formation spécifique (28, soit 65 %), manque d’expérience, de moyens. Certains considèrent que ces patients ne relèveraient pas d’un accueil en Ehpad. D’autres soulignent la nécessité d’établir des collaborations avec des équipes spécialisées et de travailler aussi auprès des autres résidents", indique le rapport. Par ailleurs, concernant les procédures : 98 % des établissements ont une procédure écrite et actualisée de prise en charge des accidents d’exposition au sang. 57 établissements (66 %) pensent que la prévention des risques sexuels est un thème qui mériterait d’être développé en Ehpad ou en USLD. 54 établissements (63 %) seraient demandeurs de formation sur la thématique de la prise en charge des patients porteurs du VIH.

Quelle conclusion ?

Les résultats de cette enquête dans ce Corevih peuvent être comparés avec l’unique autre enquête du genre. Elle avait été menée en 2010 par le Corevih Ile-de-France nord avec un questionnaire très voisin qui a d’ailleurs inspiré le questionnaire lyonnais. Dans le Corevih francilien, 39 établissements (taux de réponse de 18 %) avaient répondu à un questionnaire postal. Dans l’enquête parisienne, 15 % des établissements accueillaient des patients séropositifs pour le VIH. Que ce soit en Ile-de-France et dans la vallée du Rhône, il y a une constante. "On voit bien que les établissements ne se sentent pas préparés à cette prise en charge : 55 % l’admettent (59 % pour l’enquête parisienne). Néanmoins, seuls 17 % déclarent que la connaissance d’une infection à VIH serait un frein à l’admission (36 % à Paris). Le coût des traitements est problématique (pour 50 %, 44 % à Paris) : un certain nombre d’établissements ont fait le choix d’une pharmacie à usage intérieur et le prix des médicaments est forfaitisé, ne permettant pas d’assumer des traitements coûteux, surtout au long cours. Les établissements ayant l’expérience d’accueil le confirment", indiquent les auteurs.

"Il paraît important de discuter des résultats de cette enquête avec les réseaux prenant en charge les patients porteurs du VIH d’une part, mais également dans les milieux gérontologiques. La problématique des coûts des traitements relève de décisions politiques (…) Cette étude apporte un éclairage sur la situation des établissements médico-sociaux vis-à-vis de l’accueil de patients séropositifs pour le VIH. Elle corrobore les données d’études menées dans d’autres régions. S’il ne s’agit pas encore d’une problématique aiguë, la démographie des files actives de patients montre que cela pourrait le devenir dans les prochaines années. Des actions de sensibilisation pourraient être menées auprès des directions et des médecins en charge de ces établissements, avec pour objectif de lever une partie des freins aux demandes d’admission", concluent les auteurs.

Les données sont extraites de "Enquête VIH en Ehpad et USLD Corevih Lyon vallée du Rône" par Gaujard S, Bouhour D, Porot C, Boibieux A, Coudeyras C, Saubin V, Cambau S, Mendes-Leite R.

Commentaires

Portrait de jean-rene

Cette enquête montre l'urgence qu'il y a à mettre en place des EHPAD réservées aux porteurs du VIH,

Idée qui avit été rejetée avec colère et mépris par les apparatchiks du VIH en Avril dernier, lors du séminaire consacré au vieillissement des porteurs du VIH.

Il serait peut-être temps de remiser l'idéologie au placard avant que des drames ne surviennent dans les toutes prochaines années.

Même si les décisions à prendre viennent s'opposer "à 30 années de lutte" (contre quoi, on se le demande d'ailleurs !).

Portrait de Thibaud

Il faut rafraichir la mémoire de Jean-René ;-)

Portrait de jean-rene

Rafraichis donc ma mémoire, cher Thibaud; ça me rajeunira.